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  • Le DMP au service de la coordination des soins

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    TLM : Comment le DMP intervient-il dans  la coordination des soins ?
    Bruno Grossin : Le DMP est un outil de partage des informations médicales au travers de documents stables, donc signés, datés et typés selon la nature de la prise en charge. Il  constitue un support pour des processus de prise en charge coordonnée. J’en donnerai trois exemples. Dans le cadre de l’HAD, le DMP peut jouer un rôle clé dans la circulation de l’information : durant l’hospitalisation à domicile, le médecin traitant pourra trouver dans le DMP une synthèse du staff hebdomadaire conduit par le médecin coordinateur de l’HAD, et ainsi être informé de l’état de son patient à tout instant depuis son logiciel de cabinet ; à la fin de l’HAD, il trouvera les éléments nécessaires au suivi. Le DMP trouve également une utilité évidente dans l’éventualité d’une réhospitalisation en urgence en établissement conventionnel : l’équipe hospitalière trouvera une synthèse à jour de tout ce qui aura été fait en HAD. 
    Autre exemple, les réseaux de santé. Rappelons que certains d’entre eux ont historiquement mis en œuvre un dossier médical partagé en interne. Or les travaux menés avec l’Union nationale des Réseaux de santé nous conduisent à repréciser le positionnement de ces systèmes d’information : dans le cadre de la mise en place du DMP, il s’agit de faire en sorte que ces logiciels reportent les données utiles à la coordination des soins qu’ils partagent en leur sein vers le DMP. Ces informations deviennent alors accessibles à l’ensemble des professionnels de santé via leur logiciel métier, y compris l’équipe d’appui à la coordination du réseau disposant d’un logiciel repositionné sur des fonctionnalités indispensables au suivi de la coordination du parcours de soins. Dernier exemple, les maisons et centres de santé. Ici le DMP présente un intérêt à deux niveaux : il favorise le partage d’informations avec les autres professionnels de santé, y compris extérieurs à l’organisation et il soutient la mise en œuvre de protocoles pluri-professionnels, notamment ceux élaborés par la HAS, concernant les maladies chroniques,  comme le diabète ou l’HTA. A travers ces protocoles communs qu’il intègre, le DMP permettra à tout professionnel de santé impliqué dans la prise en charge et dûment autorisé par le patient de se référer à un même tableau de bord, dans le cadre d’une coordination à la fois interne et externe à l’organisation.
     
    TLM : Comment le DMP s’insère-t-il dans le dossier patient du médecin traitant ?
    Bruno Grossin : Le DMP est accessible à partir de l’ensemble des logiciels utilisés par les professionnels de santé : ce n’est pas un outil supplémentaire mais complémentaire à celui que le médecin utilise déjà. Le praticien continue à gérer le dossier médical comme à l’accoutumée mais son logiciel est adapté de façon à pouvoir donner accès au DMP en restituant les documents concernés, comme s’ils étaient stockés dans un espace spécifique. Les éditeurs de logiciels santé ont élaboré des fonctions DMP parfaitement intégrées à l’ergonomie du logiciel. Par exemple, dans le planning informatisé de la journée d’un praticien, une icône DMP signalera à ce dernier que tel patient possède un DMP et qu’il lui a donné l’autorisation d’y accéder ; il pourra ainsi d’un simple regard consulter la liste des informations nouvellement reçues via le DMP de ces patients, de manière similaire à la prise de connaissance sur une messagerie des nouveaux messages. Tous les médecins inscrits à l’Ordre recevront bientôt une carte de professionnel de santé (CPS). Munis de cette carte, d’un logiciel compatible, de la carte Vitale du patient et après consentement de ce dernier, tous pourront accéder au DMP via un portail.
     
    TLM : Sous quelle forme le patient doit-il donner son consentement pour la consultation de son DMP ?
    Bruno Grossin : Le recueil du consentement à la création d’un DMP est dématérialisé. Et une fois consigné, le consentement est opposable. L’accès au DMP est donc réservé aux professionnels de santé que le patient consulte régulièrement ou occasionnellement, qui ont besoin des informations utiles à sa prise en charge, et auxquels il a donné son autorisation. D’autre part, sauf opposition du patient (fonction accessible dans les paramètres du DMP), lorsqu’un professionnel de santé se trouve dans une situation d’urgence présentant un risque immédiat pour la santé d’un patient, et s’il n’a pas moyen d’obtenir son accord pour l’accès à son DMP, il peut y accéder dans l’intérêt du malade. Il disposera ainsi des éléments importants pour la prise en charge en urgence. A noter enfin que tout accès en urgence peut être notifié au patient si celui-ci le souhaite (par mail ou SMS).
     
    TLM : Dans la mesure où la consultation du DMP doit être autorisée par le patient, peut-il jouer à plein son rôle dans la coordination des soins ?
    Bruno Grossin : Même s’il ne peut être toujours consulté et n’offre pas de garantie d’exhaustivité, le DMP apporte toujours plus d’informations qu’un patient qui ne dirait rien ! Le médecin doit savoir qu’un ou plusieurs éléments d’information peuvent manquer au DMP, ce qui n’ôte rien à l’intérêt de ceux auxquels il a accès. Ce n’est que la manifestation de la volonté du patient, libre de ne pas tout dire à son médecin. 
    Propos recueillis
    par Bernard Maruani
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