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  • Peut-on soigner sans amour?

  •  " La mère d'un médecin est plus compatissante que la mère d'un Rinpoché [grand maître spirituel bouddhiste]. En effet, lorsque le médecin part soigner une personne gravement malade, sa mère s'inquiète beaucoup de la santé du patient de son fils, de l'heureux dénouement du traitement. Mais lorsque un Rinpoché part rendre visite à un disciple, sa mère s'inquiète beaucoup du confort de son fils, de sa nourriture, et même de l'argent qu'il recevra ! ". (Proverbe Tibétain)

    Peut on  soigner sans amour ?

    Les techniques médicales dont jouissent l’ensemble des pays dits riches, ne résument pas la médecine, elles ne sont qu’outils au service du soin. Le soin c’est l’art de la relation et de la communication. Prendre soin de, donner ses soins, « take care », voilà la principale vocation de la médecine. La médecine n’existe que parce que la douleur existe, que celle ci soit physique ou morale. Ces quelques considérations expliquent pourquoi toutes les médecines, dans leur contexte, se doivent d’être efficaces. Pour soigner il faut une intention sincère de soulager l’autre et cela ne peut se faire que dans l’amour et la compassion.

    Le regard, l’écoute, le toucher, valent toutes les thérapeutiques.

    L’échec de la médecine dite humanitaire, tel qu’on a pu le vivre lors du terrible Tsunami de 2004 en est la parfaite illustration : des tonnes de matériel hyper sophistiqué, des tonnes de médicaments, des médecins, ont été débarqués sur place, sans connaissance du mode de vie, des représentations de la souffrance et de la mort que vivaient les populations touchées. Une telle débauche de moyens pour généreuse qu’elle pouvait paraître, est purement scandaleuse. Ce dont avaient besoin ces humains qui souffraient c’était d’amour d’écoute, de compassion, d’accompagnement. L’aide matérielle, certes était nécessaire, mais uniquement pour remplacer ou tenter de le faire, ce qui avait été détruit. Des équipes entières pourtant pleines de bonne volonté sont restées inopérantes avec leur matériel, le soin qui aurait été efficace n’était possible faute de connaissance et de la langue et des contextes culturels. Dans ce type d’intervention médicalisée, ce sont souvent les ‘non techniciens’ qui font le meilleur travail, car la place à l’amour de l’autre et à la compassion y est implicitement plus grande.

    Bien entendu il est hors de question de fermer la porte aux avancées biomédicales. Cependant comment débuter et rendre opérationnelle une thérapeutique longue et complexe, sans se donner les moyens d’en expliquer les tenants et aboutissants au patient, sans y faire rentrer une dimension humaine, sans quête du sens et sans avoir cette envie première de soulagement de sa souffrance.

    Pourrait-on concevoir un interface entre sciences médicale et patient qui ne se ferait qu’à travers des écrans et des claviers d’ordinateur, cela serait-il acceptable ? quelle en serait l’efficacité ? De quoi se souviennent les patients confrontés à de dures épreuves, à l’accompagnement de proches dans la souffrance ? Non pas du médicament, de la technique opératoire, du protocole thérapeutique, mais de la relation d’amour et de compassion des soignants, que se soient les médecins ou les infirmières ou les aides soignantes

    Le soignant se doit d’entrer dans l’intimité du patient,  qui le reconnaît comme élément de confiance et qui est ainsi seul capable par son acceptation d’ouvrir  l’espace relationnel. Cette notion d’amour se doit donc d’être bilatérale pour fonctionner.

    En dehors du soin aigu, ou se développe une nécessaire compassion contextuelle et temporelle, la médecine générale est source de relations  durables, ou l’on parlera même de fidélité. Ce qui s’instaure va plus loin que la simple notion de soin et nous mène parfois jusqu’au plus intime, jusqu’à l’ultime moment de compassion et d’amour, nous faisant revêtir l’habit de ‘passeur’ pour les accompagner à la mort.

    Le calme et la sérénité nécessaire à la pratique de la médecine, indispensables à la prise de conscience raisonnée de la souffrance de l’autre, confèrent à celui qui la pratique une dimension de l’ordre du sacré et du spirituel.

    Cette dimension est particulièrement forte chez les Amchis dans leur pratique de la médecine Tibétaine.

    L’empathie qui en découle se retrouve ainsi non pas dans toutes les médecines, mais chez tous les médecins dignes de ce titre….

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