TLMFMC - Formation Médicale Continue - Développement Professionnel Continu
  • Dépister les risques professionnels

  • Numéro TLM 62
  • Spécialité :
  • Vie professionnelle
  • Date :
  • 15/01/2006
  • Dépister les risques professionnels
    I l n’est pas besoin d’être un spécialiste de la santé au travail pour imaginer que certaines circonstances professionnelles ont des effets néfastes sur la santé des travailleurs. Mais dans notre pratique de médecin généraliste ou spécialiste, est-ce que le travail de nos patients est pris en compte suffisamment dans notre réflexion sur l’origine d’une pathologie ou d’un problème de santé ? Si nous avons conçu et déposé un dossier de séminaire dans le cadre de la formation professionnelle conventionnelle il y a deux ans sur ce thème, c’est que ce sujet n’était pas souvent représenté dans les programmes de formation médicale continue et qu’il nous semblait important. Mais nous avions une interrogation : ce sujet allait-il intéresser les médecins praticiens ? Les cinq séminaires sur ce thème que nous avons réalisés ont montré l’intérêt des médecins généralistes pour se former sur le « risque professionnel ». Place du travail dans la santé pour les médecins Une définition pour commencer. Le « risque professionnel » est défini comme le risque encouru par un salarié durant son travail d’être victime d'un accident de service ou de contracter une maladie professionnelle. Mais quelle place les médecins attribuent-ils à « la profession du patient » dans le dossier médical ? Pour répondre à cette question, nous avons mené une recherche documentaire et nous n’avons trouvé qu’une seule étude ancienne publiée dans le British Medical Journal sur un audit de pratique sur les facteurs de risque (1). Dans cette étude qui évaluait les items consignés dans le dossier médical, la profession est en moyenne notée dans 42 % des cas, avec un écart type entre 21 % et 68 % sur les 2 000 dossiers analysés. Dans l’enquête (2) réalisée par l’Andem (Agence nationale pour le développement de l’évaluation médicale) en 1996 auprès de son réseau des médecins libéraux, on ne retrouve pas la profession dans les rubriques indispensables de la fiche administrative notées de 7 à 9 par 80 % des médecins audités. (Nom, prénom, date de naissance, adresse, téléphone étaient les rubriques le plus souvent notées). Même dans les dossiers médicaux de médecine du travail, un audit de pratique a mis en évidence que dans 68,9 % seulement des dossiers des salariés ayant été en contact avec l’amiante on a pu retrouver la trace écrite de l’exposition à ce produit (3). La santé au travail pour les patients Il existe un paradoxe dans le sondage Ipsos 2000, effectué entre le 1er et le 8 septembre 2000 auprès d’un échantillon représentatif de 1 042 personnes en activité âgées de 15 ans et plus, sur la sensibilité de l’opinion publique aux conditions de travail : les personnes interrogées de manière très générale sur la place qu’ils attribuent aux risques liés à l’activité professionnelle dans une hiérarchie de risques possibles, incluant le tabac, l’alcoolisme, les accidents de la route. Seulement 1 % des Français interrogés mettent en avant les risques sur le lieu de travail. Mais lorsque l’on les interroge plus directement sur leurs conditions de travail, nous retrouvons une réelle sensibilité à l’égard de ces problèmes. Et lorsqu’on les interroge sur les risques qui présentent le plus de danger, 57 % évoquent les accidents de la route, 26 % disent être directement concernés par le risque du tabagisme, 17 % parlent de la pollution, 11 % citent les accidents de travail. En revanche, quand les questions entrent plus profondément dans l’univers relationnel des personnes interrogées, la dangerosité des risques liés aux conditions de travail n’est plus ignorée. 41 % des Français actifs disent travailler dans des conditions difficiles. Quand on leur demande la nature des risques auxquels ils sont confrontés, 19 % citent en premier le stress ou le harcèlement, 15 % seulement les accidents de la circulation liés au travail, 12 % les risques liés au travail sur un ordinateur, 8 % les mauvaises postures au travail, et 8 % également les problèmes de vapeurs et d’émanations liées au travail. Comment évaluer l’impact du travail sur la santé ? On ne peut en effet se fier qu’aux statistiques des maladies professionnelles diffusées par la Caisse nationale d’assurance-maladie. Ces statistiques reflètent la pratique médico-administrative des caisses primaires d’assurance-maladie. Les atteintes à la santé résultant des conditions de travail sont ainsi sûrement sous-estimées. Cette méconnaissance risque de durer encore longtemps et cela pour diverses raisons : • la sous-déclaration des maladies professionnelles et maladies à caractère professionnel par les médecins ; • le recours à la sous-traitance, précarisation du travail qui rend très compliqué le suivi sanitaire de ces populations à partir du suivi en médecine du travail ; • la modification des conditions du travail et de ses pathologies : stress, chômage, cadence, souffrance au travail ou harcèlement, etc. ; • la difficulté du suivi post-professionnel des salariés après un changement de région ou d’emploi, ou après la retraite, et la méconnaissance des procédures de la part du médecin traitant. De nouveaux défis et de nouveaux champs d’action pour le médecin traitant Nous devons relever ces défis en intégrant dans notre pratique ces interrogations sur la profession de nos patients et en participant à des formations continues sur ce thème. Mais la première action pourrait être de vérifier la profession de nos patients et d’actualiser cette rubrique dans nos dossiers.
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