• Anne Debonne : Prévenir le risque infectieux en néonatalogie

Anne Debonne

Discipline : Dermatologie

Date : 08/10/2024


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Dans les services de néonatalogie, a fortiori ceux qui abritent des prématurés et des grands prématurés — par définition fragiles et vulnérables —, le respect des règles d’hygiène ne souffre aucune entorse. Anne Debonne, infirmière hygiéniste dans le service Prévention du risque infectieux à l’hôpital d’Argenteuil, détaille ces règles.

 

TLM : Comment fonctionne votre service, chargé de la prévention du risque infectieux à l’hôpital d’Argenteuil ?

Anne Debonne : Nous avons une activité transversale dans tout l’établissement. Cette activité concerne tous les services, y compris la réanimation adulte, pédiatrique et néonatale. Notre objectif est, pour chaque unité, de faire respecter les règles d’hygiène afin de réduire les infections liées aux soins.

Nous menons de nombreuses actions de formation pour les professionnels de santé. Nous réalisons des audits sur les pratiques au sein de l’hôpital. Nous travaillons à identifier, dans chaque service, des axes d’amélioration. Nous avons également une mission de surveillance des infections liées aux soins.

 

TLM : Vous êtes très impliquée dans la prévention des infections dans les services de réanimation néonatale et de néonatalogie ?

Anne Debonne : En réanimation néonatale, nous prenons en charge essentiellement des prématurés qui ont besoin de soins constants, parfois de ventilation. Des bébés très prématurés, parfois même nés à 25 semaines d’aménorrhée, c’est-à-dire très fragiles, y sont hospitalisés.

En néonatalogie, des bébés, en général nés à terme, ont besoin d’être surveillés pour différentes pathologies. Ils ont souvent besoin d’oxygène, de sonde gastrique, de cathéter. Dans ces services, il faut être particulièrement vigilant sur le plan infectieux avec ces enfants, très petits, très fragiles et donc très vulnérables. Ils sont plus à risque sur le plan infectieux. Ils nécessitent souvent des gestes invasifs, comme la pose de cathéters, mais ils sont aussi en contact avec le monde extérieur, essentiellement leurs parents qui passent beaucoup de temps avec eux, participent aux soins…Ces jeunes patients sont exposés à des risques environnementaux, qui nécessitent l’entretien des surfaces, des couveuses, et à des risques lors des soins inhérents à leur prématurité. La présence des parents dans la salle de soins impose une vigilance particulière, non nécessaire dans les autres services. Les parents doivent être formés aux règles d’hygiène, en particulier des mains, par les soignants.

 

TLM : Et le personnel infirmier dans ces services de néonatalogie, quelles règles doit-il respecter pour réduire le risque ?

Anne Debonne : La prévention des infections doit être intégrée dans chaque geste médical et paramédical. Bien sûr, la désinfection des mains est impérative.

Elle est systématique avant de toucher les enfants. Tout le matériel utilisé pour chaque bébé lui est dédié. Rien ne doit être partagé entre les chambres d’enfants, qu’il s’agisse du matériel médical ou des couches, des biberons, des crèmes de soins, etc. Il faut faire très attention avant de toucher tout ce qui environne les bébés.

 

TLM : Quelles sont les mesures prises lors de la réalisation d’actes invasifs pour réduire le risque d’infection nosocomiale chez les bébés hospitalisés ?

Anne Debonne : Les principaux gestes générateurs d’infection chez ces bébés fragiles sont essentiellement les poses de cathéters veineux, périphériques, parfois centraux, éventuellement au niveau de l’ombilic. Ce sont des procédures très délicates à réaliser. Elles sont pratiquées en milieu stérile, après une désinfection chirurgicale des mains avec du gel hydroalcoolique, selon des procédures bien définies, souvent longues, qu’il faut respecter pour diminuer le risque infectieux. Le médecin se lave d’abord les mains à l’eau et au savon doux, puis les désinfecte avant la réalisation de l’acte auquel il doit procéder.

 

TLM : Et comment aseptiser la peau du bébé là où les gestes invasifs vont être effectués ?

Anne Debonne : En néonatalogie et en réanimation néonatale, pour les bébés, nous utilisons uniquement de l’hypochlorite de sodium, comme antiseptique pour plusieurs raisons. C’est un antiseptique qui présente un large spectre, antibactérien, antiviral, antifongique. Chez les prématurés, la peau est très fragile et certains antiseptiques peuvent passer la barrière cutanée, avec des effets secondaires potentiellement graves. Ce n’est pas le cas de l’hypochlorite de sodium qui ne franchit pas la barrière cutanée.

Cet antiseptique est utilisé pour tous les actes invasifs chez ces bébés. En général on nettoie la peau du bébé doucement avec de l’eau et du savon. On rince, on sèche, puis on applique l’hypochlorite de sodium. Le respect des procédures d’asepsie réduit incontestablement le risque d’infection.

 

TLM : Avez-vous des données sur le risque infectieux en réanimation néonatale et en néonatalogie pour évaluer vos procédures ?

Anne Debonne : Cette année nous avons débuté une surveillance dans ces services, mais les données ne sont pas encore disponibles. Néanmoins le risque infectieux est très faible. Heureusement car ces infections peuvent être graves, voire mortelles. Si un cas d’infection grave survient dans un service, voire un décès lié à une infection iatrogène, une déclaration doit être faîte à l’Agence régionale de santé. Il s’agit d’infections évitables.

Si toutes les mesures — hygiène des mains, port de masque, antisepsie du site d’intervention , asepsie des manipulations — sont respectées et effectuées correctement, le risque devient résiduel, même s’il s’agit de grands prématurés extrêmement fragiles et qui subissent beaucoup d’actes invasifs.

 

TLM : Vous exercez aussi une surveillance des bactériémies associées aux soins. En quoi cela consiste-t-il ?

Anne Debonne : Cette surveillance des bactériémies associées aux soins nous permet de suivre l’évolution du risque infectieux nosocomial, année après année, dans l’établissement. Il nous permet aussi de nous comparer à d’autres établissements hospitaliers, grâce au réseau SPIADI (Surveillance et prévention des infections associées aux dispositifs invasifs). Dans le cadre de ce réseau, nous surveillons le nombre de bactériémies acquises à l’hôpital au cours des soins. Par exemple, si un bébé présente des signes d’infection, le bilan inclut notamment une hémoculture pour rechercher une bactériémie. Chaque infection acquise à l’hôpital est recensée et déclarée au sein du réseau, une procédure capitale pour nous permettre d’améliorer nos pratiques.

Propos recueillis

par le Dr Clara Berguig

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