Dr Anthony Marteau : Les nouvelles modalités diagnostiques de la gale
Discipline : Dermatologie
Date : 10/04/2025
La prise en charge de cette maladie contagieuse très répandue dans le monde repose sur des traitements oraux ou topiques efficaces, appliqués à l’ensemble des membres de la famille, insiste le Dr Anthony Marteau, du service de Parasitologie et Mycologie de l’hôpital Avicenne (Bobigny).
TLM : Comment fait-on aujourd’hui le diagnostic de gale ?
Dr Anthony Marteau : La gale est provoquée par un parasite, un acarien, Sarcoptes scabiei var hominis. Le diagnostic clinique est en général simple. Le patient se plaint de prurit diffus, prédominant le soir et la nuit. A l’examen, on retrouve plusieurs lésions cutanées de topographie très évocatrice de gale : au niveau des mains, notamment des espaces interdigitaux, des poignets, des coudes, de l’ombilic, des aisselles, des fesses, de la face interne des cuisses, des seins, et des organes génitaux. Des lésions peu spécifiques sont présentes : papules, vésicules, lésions de grattage, ainsi que des lésions spécifiques : des sillons scabieux dans lesquels les femelles pondent leurs œufs, des vésicules perlées qui contiennent l’acarien (le sarcopte) et des nodules scabieux, notamment au niveau des testicules pour les hommes. Certains médecins, notamment les dermatologues, peuvent poser le diagnostic sur la base des signes cliniques, surtout lorsque l’interrogatoire du patient met en évidence d’autres cas évocateurs dans la famille.
TLM : Quels examens complémentaires pour un diagnostic de certitude ?
Dr Anthony Marteau : Le dermatologue (ou le médecin généraliste), s’il dispose d’un dermatoscope — une loupe grossissante lumineuse —, peut observer en détail les sillons scabieux sous la peau. Le parasitologue peut gratter les sillons scabieux avec une curette pour récupérer le sarcopte, le mettre entre lame et lamelle et l’identifier au microscope. Il est possible de voir au microscope le sarcopte adulte, les œufs, mais aussi les scybales (déjections du sarcopte). Ces examens au dermatoscope et au microscope permettent de confirmer le diagnostic. La recherche de sarcopte est effectuée chez le dermatologue, dans les services de parasitologie équipés, ou dans des laboratoires spécialisés pour faire le diagnostic.
TLM : Existe-t-il des tests biologiques pour confirmer le diagnostic ?
Dr Anthony Marteau : Des techniques de PCR (Polymerase Chain Reaction) ont été mises au point pour rechercher le sarcopte à partir de son ADN. Le principe consiste à faire un prélèvement cutané et à effectuer une PCR sur l’échantillon extrait pour avoir un diagnostic de certitude. Ces tests ont une bonne sensibilité, mais cette sensibilité dépend de la localisation du prélèvement et de la faible ou forte suspicion de gale. Il n’y a pas de test sérologique pour le diagnostic de la gale, le sarcopte restant au niveau cutané. Le meilleur test de confirmation reste donc le grattage cutané suivi d’un examen microscopique.
TLM : Quels sont les modes de contamination de la gale ?
Dr Anthony Marteau : La gale se contracte le plus souvent lors de contacts cutanés directs prolongés, peau contre peau, notamment lors de rapports sexuels, mais pas seulement. Les enfants ou les personnes âgées en EHPAD, avec qui on peut avoir des contacts cutanés rapprochés, se transmettent plus facilement le parasite.
Il se transmet également par le biais de vêtements contaminés. Si on vit avec une personne qui a la gale, le sarcopte peut se retrouver sur les serviettes, le linge, la literie, les fauteuils. La période d’incubation se situe entre deux et six semaines, en moyenne trois semaines.
TLM : Qui est concerné par la gale en France et avec quelle fréquence ?
Dr Anthony Marteau : Il n’y a pas de déclaration obligatoire en France. C’est un parasite qui peut toucher les enfants, les nourrissons, les adultes et les personnes âgées ou immunodéprimées. Ces dernières sont susceptibles de faire des formes riches en sarcoptes, profuses et hyperkératosiques. Il y a régulièrement des épidémies de gale dans des maisons de retraite ou des EHPAD, car les personnes âgées peuvent avoir une diminution du prurit et les lésions passent inaperçues plus longtemps. Le sarcopte peut alors proliférer avant que le diagnostic ne soit posé.
De même, dans les écoles, par leurs contacts physiques les enfants peuvent être source d’épidémies. Le risque d’être contaminé dans un lieu public comme les transports en commun est peu probable, mais pas impossible. Sur des surfaces inertes hors du corps humain, le sarcopte ne peut vivre que quelques jours au maximum. Différentes données évaluent de 100 à 300 millions le nombre de cas annuels dans le monde, les pays en voie de développement étant plus impactés que les pays développés. Basée sur le nombre de produits contre la gale vendus, l’incidence a été estimée à trois cas de gale pour mille habitants en France.
TLM : Quel est le principe du traitement de la gale ?
Dr Anthony Marteau : Le traitement de la gale commune est sous forme orale ou sous forme locale/topique. Le traitement par voie orale repose sur l’ivermectine en comprimés (200 μg/kg) en une prise à J0 à distance d’un repas, à renouveler à J7-J10, alors que le traitement par voie topique repose soit sur le benzoate de benzyle en émulsion (10 %) en application cutanée à J0 et à J8-10, soit sur la perméthrine en crème (5 %) à J0 et à J8-10. Ces trois traitements sont quasiment équivalents en termes d’efficacité. Pour les gales particulières riches en sarcoptes, comme la gale hyperkératosique, les traitements oraux et locaux doivent être associés de manière répétée. Il est impératif, pour éviter les récidives, de convoquer et de traiter tous les membres de la famille ou des amis qui vivent sous le même toit, y compris ceux qui ne présentent pas de symptômes. Si toute la famille a été bien traitée, le risque de récidive est faible, à condition que des mesures de désinfection de l’environnement soient prises.
TLM : Quel est le protocole préconisé pour désinfecter l’environnement ?
Dr Anthony Marteau : L’ensemble du linge (draps, taies d’oreiller, serviettes de toilette…) doit être lavé en machine à 60°C minimum, ainsi que tout le linge de corps porté depuis les jours précédents la consultation. Le lavage à des températures inférieures à 60°C, notamment à 30°C ou 40°C, n’est pas efficace à 100 %.
Le sèche-linge est également conseillé. Tout ce qui n’est pas lavable en machine, comme les fauteuils, les chaises, les canapés, doit être déparasité grâce à des sprays antiparasitaires comprenant de la perméthrine.
TLM : Les récidives sont-elles fréquentes ?
Dr Anthony Marteau : Des récidives peuvent survenir occasionnellement quand les membres d’une même famille ou d’une même collectivité n’ont pas été traités en même temps et qu’il y a alors recontamination mutuelle. Elles surviennent aussi lorsque les traitements n’ont pas été pris ou correctement administrés.
Mais, généralement, si la compliance est bonne, les médicaments sont très efficaces. Dans notre service, lorsque nous découvrons un cas, nous convoquons toute la famille pour que tous soient traités simultanément, pour prévenir le risque de récidive. Enfin, un prurit peut persister pendant trois à quatre semaines après le traitement, le temps que le renouvellement cutané élimine les sarcoptes, mais il n’est pas synonyme d’échec thérapeutique.
Propos recueillis
par le Dr Martine Raynal ■





