• Dr Brigitte Letombe : Comprendre et traiter les troubles climatériques à la ménopause

Brigitte Letombe

Discipline : Gynécologie, Santé de la Femme

Date : 13/01/2026


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Variables d’une femme à l’autre, au moins un de ces troubles — bouffées de chaleur, troubles du sommeil, de l’humeur, douleurs articulaires, troubles génito-urinaires — touche la très grande majorité des femmes ménopausées, altérant fortement la qualité de vie. Le Dr Brigitte Letombe, gynécologue à Paris, passe en revue les traitements préconisés selon les cas.

 

TLM : Les femmes sont-elles prises en charge correctement pour les troubles climatériques de la ménopause ?

Dr Brigitte Letombe : En tant que gynécologue exerçant à Paris, je note qu’il y a une énorme demande de prise en charge des troubles de la ménopause. Et, malgré cela, nous sommes très en retard dans la prise en compte des femmes ménopausées. Dans le monde entier, cette prise en charge a évolué ces dernières années, sauf en France. Après l’étude américaine « Women Health Initiative » (WHI) publiée en 2002 et faisant état d’une augmentation des accidents cardiovasculaires et d’une augmentation du risque de cancer du sein avec les traitements substitutifs par voie orale utilisés aux Etats-Unis, il y a eu une grande frilosité vis-à-vis de ces traitements partout dans le monde. Et les médecins français continuent à ne prescrire que très peu de traitements hormonaux à la ménopause, alors que cet essai reposait sur des hormones non prescrites en France, chez des femmes américaines à risque du fait de leur âge, et de leurs facteurs de risque (tabac, obésité, troubles métaboliques).

 

TLM : Les troubles climatériques sont-ils très fréquents à la ménopause ?

Dr Brigitte Letombe : Ces troubles sont vraiment variables d’une femme à l’autre. Une étude publiée en 2020 portant sur des femmes récemment ménopausées montrent que 87 % d’entre elles disent avoir au moins un symptôme, bouffées de chaleur, troubles du sommeil, de l’humeur, douleurs articulaires, troubles génito-urinaires, 50 % se plaignent d’une altération de la qualité de vie, et pour 20 % d’entre elles cette altération se situe entre 8 et 10 sur une échelle de 10. Il y a des facteurs familiaux : si la mère a souffert de troubles climatériques, sa fille aura plus de risque d’en souffrir à son tour. Un autre travail a montré que lorsque les bouffées de chaleur commençaient tôt, dès le début de la ménopause, avec une forte intensité, elles pouvaient durer plus longtemps. La durée moyenne des bouffées de chaleur est de sept ans et demi, mais cela peut aller jusqu’à 15 voire 20 ans.

 

TLM : Comment décrire ces bouffées de chaleur ?

Dr Brigitte Letombe : Les femmes ressentent brutalement une sensation de montée de température corporelle, avec la nécessité de se déshabiller, associée à des sueurs et des rougeurs sur le visage et le corps, des palpitations avec sensation de malaise. Le tout dure deux à trois minutes. Et c’est la fréquence de ces troubles vasomoteurs qui les rend épuisants : certaines femmes en souffrent 15 fois par jour. Celles qui en ont beaucoup dorment mal, sont obligées parfois de se doucher la nuit, sont épuisées dans la journée, avec une altération de la qualité de la vie, voire une dépression. Peuvent survenir en périménopause des troubles dépressifs, en lien avec les modifications hormonales qui peuvent être pris en charge avec un traitement hormonal. Si celui-ci est efficace, nul besoin de se précipiter sur un antidépresseur. Si ces troubles dépressifs se manifestent à distance d’une ménopause installée, ils ne sont pas liés à la ménopause et doivent être traités comme des troubles dépressifs.

 

TLM : A quel âge s’installent ces troubles de la ménopause ?

Dr Brigitte Letombe : L’âge de la ménopause se situe en moyenne entre 48 et 53 ans, avec des variations entre les femmes, et là encore souvent avec un âge similaire entre mères et filles. Les troubles climatériques peuvent débuter deux à trois ans avant une ménopause installée, en rapport avec l’hypo-œstrogénie. Celle-ci s’accompagne également d’une augmentation de l’insulino-résistance avec des difficultés pour réguler la glycémie et une prise de poids.

 

TLM : Comment prendre en charge ces troubles climatériques ?

Dr Brigitte Letombe : Tout dépend de ce que la femme souhaite. Par exemple, si elle se plaint uniquement de sécheresse vulvovaginale, il est possible de lui prescrire des traitements locaux à base d’œstrogènes. Ces traitements locaux sont efficaces, bien tolérés et n’augmentent pas le risque de cancer du sein. Malheureusement, même ces traitements hormonaux locaux souffrent de la frilosité des médecins à les prescrire.

 

TLM : Et que faire lorsque la patiente se plaint essentiellement de bouffées de chaleur invalidantes ?

Dr Brigitte Letombe : Plusieurs options sont possibles. Si la femme le souhaite, après s’être assuré de l’absence de contre-indications, un traitement hormonal substitutif peut être proposé. Il est très efficace sur les bouffées de chaleur, mais les réticences des médecins et des femmes restent fortes. En préménopause une étude récente vient de montrer que la progestérone dosée à 300 mg, le soir, pouvait être efficace contre les troubles vasomoteurs. Des thérapies non médicamenteuses peuvent aussi être proposées, phytothérapie (à base de phyto-œstrogènes), yoga, hypnose, thérapie comportementale. Elles peuvent être parfois efficaces, pour certaines femmes, mais c’est loin d’être toujours le cas

 

TLM : Que faire en cas de contre-indication aux traitements hormonaux ou de refus de ces traitements substitutifs pour les patientes qui souffrent surtout de symptomatologie vasomotrice importante ?

Dr Brigitte Letombe : Le fézolinétant est un nouveau médicament non hormonal mis sur le marché en avril 2025 pour les femmes souffrant de bouffées de chaleur de la ménopause et qui ne peuvent ou ne veulent recevoir de traitement substitutif. C’est le premier antagoniste des récepteurs de la neurokinine 3. Il agit en se liant et en bloquant les activités du récepteur NK3, qui joue un rôle dans la régulation centrale de la température corporelle. C’est une nouvelle classe thérapeutique intéressante. Les essais cliniques ont montré que ce médicament est deux fois plus efficace qu’un placebo. Il faut le prendre une fois par jour par voie orale. Certaines précautions doivent être cependant prises, avec un bilan hépatique avant la prescription, puis tous les mois pendant trois mois. C’est un médicament intéressant pour certaines femmes souffrant de bouffées de chaleur handicapantes, sans qu’il s’agisse, bien entendu, d’un traitement hormonal substitutif. Enfin, certains médicaments de la famille des antidépresseurs ou des antiépileptiques présentent également une certaine efficacité contre ces troubles vasomoteurs, mais là hors AMM.

Propos recueillis

par le Dr Clémence Weill

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