Dr Bruno Vermesse :Prévention des infections invasives et des pneumonies chez le sujet âgé
Discipline : Infectiologie
Date : 13/01/2026
Les infections à pneumocoques peuvent se révéler très dangereuses, notamment chez les sujets de plus de 65 ans.
Le vaccin est le moyen de s’en prévenir.
Or il existe ici un véritable paradoxe : à peine 10 % des personnes concernées bénéficient effectivement de cette prévention. Entretien avec le Dr Bruno Vermesse, médecin généraliste à La Madeleine (Nord).
TLM : Quelle est l’épidémiologie des infections à pneumocoques ?
Dr Bruno Vermesse : Au début de la vie, les infections à pneumocoques peuvent être dangereuses, du fait de l’immaturité du système immunitaire. Chez l’enfant, ces infections peuvent se manifester par des méningites, également des otites ou des bronchopneumonies. Il reste que les infections à pneumocoques touchent particulièrement les personnes âgées de plus de 65 ans. Après un certain âge, l’immunosénescence liée au vieillissement augmente le risque d’infections invasives à pneumocoques qui se traduisent le plus souvent par des pneumonies, des bronchopneumonies, parfois des sinusites ou des méningites.
Le pneumocoque est la première cause d’infections invasives — bactériémies et méningites — d’origine bactérienne. Il constitue la première cause d’infection bactérienne en France et tout particulièrement d’infection pulmonaire communautaire de l’adulte. Les infections à pneumocoques sont présentes toute l’année avec des pics d’infections en hiver et traduisent souvent une association de malfaiteurs virus avec surinfections bactériennes. Le taux de mortalité lié à ces hospitalisations est de l’ordre de 10 à 30 %, selon les études. Les pneumocoques sont responsables de près de 12 000 hospitalisations chaque année. Le fardeau des infections à pneumocoque est estimé à 1 milliard d’euros de dépenses sur trois années.
TLM : Comment prévenir ces infections à pneumocoques chez l’adulte ?
Dr Bruno Vermesse : Chez l’adulte nous disposons d’une solution simple pour prévenir ces infections à pneumocoques : la vaccination. Il existe à ce jour plus de 100 sérotypes différents de pneumocoques, mais seulement 40 sont isolés dans les infections invasives. Les vaccins contre le pneumocoque sont dirigés contre plusieurs sérotypes. Il y a eu des vaccins protégeant contre 7, puis 10, puis 13 sérotypes. Aujourd’hui sont disponibles pour l’adulte deux vaccins recommandés, un vaccin pneumococcique conjugué 20 (VPC 20) protégeant contre 20 sérotypes mis sur le marché en 2024 et un vaccin pneumococcique conjugué (VPC21) qui protège contre 21 sérotypes et vient d’être mis à disposition en ce début du mois de décembre 2025.
TLM : Quel est l’apport de ce nouveau vaccin pneumococcique conjugué contre 21 sérotypes ?
Dr Bruno Vermesse : Le VPC 21 a été développé spécifiquement sur l’épidémiologie de la population adulte. Il inclut des sérotypes fréquemment détectés chez les adultes. Le VPC 21 n’est pas un VPC 20 auquel on rajoute 1 sérotype. Les deux vaccins ont 11 sérotypes communs et le VPC 21 est doté de 10 sérotypes spécifiques. Le VPC 21 offre une large couverture sérotypique — 86% — par rapport au VPC 20 — 62% — en couvrant des infections invasives à pneumocoques rapportées en France en 2023 chez les adultes de 65 ans et plus. Toute l’évolution de la vaccination contre le pneumocoque vise à adapter le vaccin à la situation épidémiologique et aux sérotypes circulants pour améliorer la prévention.
TLM : Quelles sont les recommandations officielles des autorités de santé concernant la vaccination contre le pneumocoque ?
Dr Bruno Vermesse : La Haute Autorité de santé (HAS) recommande de vacciner tous les adultes de plus de 65 ans indépendamment de leur facteur de risque ou toute personne de plus de 18 ans présentant une immunodépression ou une pathologie chronique, notamment diabète, insuffisance cardiaque, insuffisance respiratoire, obésité. Elle recommande, dans ce cadre, d’utiliser en parité soit le VPC 21 soit le VPC 20.
Pour le moment, on se base sur des données épidémiologiques qui ne sont pas le reflet de l’efficacité du vaccin. Il n’existe actuellement aucune étude évaluant l’efficacité de ces deux VPC. Néanmoins le vaccin pneumococcique conjugué à 21 valences (VPC 21) pourrait protéger de manière plus complète contre les sérotypes plus fréquemment retrouvés chez l’homme.
Ces vaccins sont globalement bien tolérés : la plupart des événements indésirables systémiques comme au site d’injection sont de courte durée (≤ 3 jours) et d’intensité légère (douleur au site d’injection, fatigue, céphalées, myalgies et arthralgies).
TLM : Quelle est l’efficacité de cette vaccination ?
Dr Bruno Vermesse : Pour en juger il faudra attendre les données d’efficacité en vie réelle et les données d’épidémiologie. Toutefois, après l’implémentation de VPC 13 en pédiatrie, les infections invasives à pneumocoques ont nettement diminué chez l’adulte ≥ 65 ans. Cependant, le fardeau résiduel chez l’adulte est important, d’où le besoin de protéger l’adulte de façon directe. Il est important de suivre ces recommandations et d’augmenter la couverture vaccinale de nos populations adultes vulnérables. En 2018, seuls 4,5 % des adultes à risque étaient correctement vaccinés ; en 2020, seule 1 personne à risque sur 10. La progression est lente... Le seul message qu’il faut faire passer, c’est « vaccinez-vous, si vous voulez vous protéger » !
Quant à la nécessité de rappels, elle reste à être évaluée surtout pour certaines populations à risque. Aujourd’hui, une seule dose est préconisée quelle que soit la saison.
TLM : Face à ces chiffres surprenants, comment encourager la vaccination contre le pneumocoque ?
Dr Bruno Vermesse : Les infections à pneumocoques sont un vrai problème de santé publique contre lequel nous disposons d’une solution efficace. La vaccination permet d’obtenir une vraie protection contre les infections. Il est important de faire en sorte que la recommandation en ce domaine soit appliquée.
TLM : A quel moment faut-il effectuer la vaccination contre le pneumocoque chez l’adulte ?
Dr Bruno Vermesse : Elle peut être faite à tout moment dans l’année. Dans sa recommandation la HAS estime que le vaccin VPC 21 peut être administré en même temps que le vaccin contre la grippe, mais alors les injections doivent être pratiquées sur deux sites d’injection différents. En outre, si les vaccins contre le pneumocoque et la grippe ne sont pas administrés au même moment, la HAS rappelle qu’il n’y a pas de délai à respecter entre les deux vaccinations.
Propos recueillis
par le Dr Clémence Weill ■





