• Dr Charlotte Fite : Comprendre la maladie de Verneuil pour savoir la traiter

Charlotte Fite

Discipline : Dermatologie

Date : 08/07/2024


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La maladie de Verneuil, aussi nommée hidradénite ou hidrosadénite suppurée, est une maladie dermatologique inflammatoire et chronique qui évolue par poussées successives. Mal enseignée au cours des études de médecine, elle souffre d’une errance diagnostique qui retarde la prise en charge, regrette le Dr Charlotte Fite, dermatologue à l’Hôpital Saint-Joseph (Paris).

 

TLM : Qu’est-ce que la maladie de Verneuil ?

Dr Charlotte Fite : C’est une maladie cutanée, inflammatoire, souvent chronique, qui évolue par poussées et se caractérise par l’apparition de nodules et d’abcès douloureux au niveau des follicules pileux, évoluant vers la suppuration, la fistulisation et la constitution de cicatrices fibreuses. La présentation clinique des lésions cutanées initiales peut faire suspecter une origine infectieuse (bactérienne) mais la maladie de Verneuil ne provoque pas de fièvre ; le cas échéant, on doit suspecter une surinfection ou d’autres maladies infectieuses.

 

TLM : S’agit-il d’une maladie rare ?

Dr Charlotte Fite : Non, c’est même une maladie assez fréquente puisqu’elle touche jusqu’à 1 % de la population française. Les premiers symptômes apparaissent à l’âge de 22 ans en moyenne, mais ils peuvent débuter dès l’adolescence. Les femmes sont trois fois plus touchées que les hommes, ce qui suggère l’hypothèse d’un rôle hormonal ; cette hypothèse est soutenue par une aggravation fréquente de la pathologie à la puberté et lors des cycles menstruels, et par une amélioration avec la contraception orale et à la ménopause. Mais ce n’est pas systématique.

 

TLM : Quelle est la physiopathologie de la maladie de Verneuil ?

Dr Charlotte Fite : Au stade initial, la peau va s’épaissir au niveau des follicules pileux, entraînant l’incarnation de ces derniers. Ceux-ci sont alors perçus comme des corps étrangers par l’organisme, qui déclenche une réaction inflammatoire. Parallèlement, les bactéries commensales présentes au niveau de la lésion adoptent un comportement dysbiotique, provoquant une suppuration chronique et une inflammation chronique à bas bruit.

 

TLM : A-t-on identifié des facteurs de risque ?

Dr Charlotte Fite : On sait qu’il existe une composante génétique qui favorise le développement de cette maladie. Mais celle-ci est souvent révélée et aggravée par plusieurs facteurs bien connus : le surpoids que l’on retrouve chez la moitié des patients, l’obésité observée chez un tiers des malades, et le tabagisme chez 80 % d’entre eux.

 

TLM : S’agit-il d’une maladie grave ?

Dr Charlotte Fite : Tout dépend de son stade. La classification de Hurley en distingue trois : le stade I qui se caractérise par un nodule unique ou par plusieurs nodules séparés par des espaces de peau saine, sans fistules ni processus cicatriciel fibreux ; le stade II qui se caractérise par l’existence de plusieurs nodules réunis par au moins un tunnel sous-cutané ; et le stade III, caractérisé par une atteinte diffuse ou par des lésions reliées entre elles par plusieurs tunnels. Mais la gravité de cette pathologie est aussi et surtout liée à son retentissement sur la qualité de vie des patients, qui peut être très important.

 

TLM : Comment évolue la maladie ?

Dr Charlotte Fite : L’évolution est imprévisible et très variable d’une personne à l’autre. La maladie peut rester au stade quiescent, fibreux et asymptomatique ou évoluer vers une forme chronique et récidivante. Les poussées inflammatoires sont source d’asthénie, les lésions sont alors parfois très douloureuses et, selon leur localisation, peuvznt entraîner une gène à la marche (inguinal, périnéale), à la position assise (fesse, pli interfessier), à la mobilisation du bras (axillaire). 80 % des patients restent au stade 1 de la maladie avec une ou deux poussées par an.

 

TLM : Quelle est la procédure diagnostique ?

Dr Charlotte Fite : Via un examen clinique à la recherche de trois critères associés : l’existence de nodules ou d’abcès profonds, sensibles, douloureux, éventuellement collectés ; leur localisation typique (aisselles, plis inguinaux, région périanale et/ou périnéale, seins et plis sous-mammaires, pli interfessier, pubis) ; leur présence depuis plus de six mois traduisant la chronicité et/ou la récurrence. Sans prise en charge, ces lésions peuvent évoluer vers la fistulisation, la formation de cicatrices fibreuses. Aucun examen complémentaire n’est nécessaire, mais si le patient est examiné en dehors d’une poussée, il est judicieux de vérifier si des photographies cliniques de la poussée sont disponibles.

 

TLM : En quoi consiste la prise en charge des patients ?

Dr Charlotte Fite : Elle dépend de la présentation clinique de la maladie et de la sévérité des lésions. Elle repose à la fois sur des conseils d’hygiène de vie et des approches médico-chirurgicales visant à soulager la douleur, atténuer voire faire disparaître les abcès et les suppurations, réduire la sévérité et la fréquence des poussées et, plus globalement, à améliorer la qualité de vie. Indispensables dans le contrôle de la maladie et la prévention des récidives, les mesures d’hygiène de vie comprennent l’arrêt du tabac chez les patients fumeurs, l’amélioration de la qualité nutritionnelle des aliments, la perte de poids si nécessaire et la pratique d’une activité physique régulière. Le traitement médical s’appuie sur des antalgiques (paracétamol codéiné, néfopam, voire palier 3), une antibiothérapie per os, parfois des biothérapies (anti-TNF-alpha, anti-IL17), et des pansements siliconés. Les poussées étant imprévisibles, les patients sont reconnaissants d’avoir au minimum une ordonnance anticipée de pansement et d’antalgiques pour une durée de 12 mois. Le traitement chirurgical dépend du stade lésionnel des nodules : on proposera une incision-drainage sans méchage en cas de collection aiguë algique pour soulager rapidement (mais temporairement) un patient, et une exérèse large suivie d’une cicatrisation dirigée dans les formes sévères, chroniques ou résistantes au traitement médical. Il est, par ailleurs, indispensable de traiter les comorbidités qui auront été diagnostiquées : syndrome métabolique, maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI), syndrome des ovaires polykystiques chez les femmes ou encore spondylarthrite ankylosante. On recommande, enfin, de proposer un soutien psychologique, souvent nécessaire.

 

TLM : Quel est la place des médecins généralistes dans la prise en charge ?

Dr Charlotte Fite : Ils jouent un rôle majeur dans le diagnostic de la maladie et ses comorbidités, comme dans l’accompagnement des patients atteints d’un stade I ou II, notamment en matière de prévention des facteurs aggravants. Je leur conseille de les orienter vers les sites Internet des autorités de santé (www.mangerbouger.fr, www.tabac-info-service.fr), et, pour ceux qui ont besoin de plus d’informations sur leur maladie, vers celui de la Société Française de Dermatologie (www.dermato-info.fr). Les professionnels de santé peuvent, de leur côté, trouver les dernières recommandations qui datent de 2019 sur le portail du site qui leur est dédié (www.sfdermato.org). Les patients atteints de stade I et II ont une prise charge quasi exclusivement en ville, en chirurgie ambulatoire. Les patients atteints d’un stade III peuvent être orientés dans des centres ou hôpitaux avec un service de dermatologie et de chirurgie (plastique ou proctologique, selon la localisation).

Propos recueillis

par Amélie Pelletier

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