Dr Daniel Annequin : Les stratégies pour soulager la douleur de l’enfant
Discipline : Pédiatrie
Date : 08/01/2025
La douleur chez l’enfant, qu’elle soit aiguë ou chronique, reste un enjeu majeur de la pédiatrie. Heureusement, les professionnels de santé disposent aujourd’hui d’outils et de stratégies variés pour adapter leur prise en charge. Le Dr Daniel Annequin, psychiatre (ancien anesthésiste pédiatrique), revient sur ces méthodes et insiste sur l’importance de l’écoute et de la formation.
TLM : Quels sont les types de douleur les plus fréquents qui touchent les enfants ?
Dr Daniel Annequin : Deux grands types : les douleurs aiguës (excès de nociception), celles provoquées par les soins, piqûres, sutures, ponctions lombaires…, la traumatologie (fractures, brûlures…), la chirurgie ; et les douleurs chroniques liées à une pathologie (tumeur), une atteinte du système nerveux (neuropathies), mais aussi les douleurs sans support organique où la composante psychogène est prépondérante.
TLM : Quelles douleurs chroniques affectent le plus les enfants ?
Dr Daniel Annequin : Les céphalées sont une cause relativement fréquente de douleur chronique chez les jeunes. De nombreuses études montrent qu’entre 5% et 10 % des enfants sont d’authentiques migraineux, et parmi eux 20% vont présenter un handicap scolaire et social. Cette pathologie reste encore sous diagnostiquée chez l’enfant et l’adolescent. Certaines maladies chroniques évolutives comme la drépanocytose, les maladies malignes peuvent être très douloureuses et générer de nombreuses hospitalisations.
TLM : La douleur est-elle perçue de la même manière à tous les âges ?
Dr Daniel Annequin : Un nourrisson perçoit beaucoup plus intensément et durablement la douleur car les mécanismes physiologiques permettant de filtrer l’intensité de la douleur sont immatures. Ces données sont à l’inverse des fausses croyances des années soixante-dix qui voulaient croire que le jeune enfant ne ressentait pas la douleur.
TLM : Comment mesurer l’intensité de la douleur chez un enfant non verbal ?
Dr Daniel Annequin : L’observation des réactions comportementales à la douleur des jeunes enfants qui maîtrisent pas ou mal le langage permet grâce à des scores spécifiques de quantifier l’intensité de la douleur. Les mimiques faciales jouent un rôle clé : froncement des sourcils, plissement des yeux ou tension de la bouche. L’agitation (ou au contraire, une immobilité inhabituelle), le tonus musculaire augmenté, les pleurs, ainsi que les irrégularités respiratoires sont des indices précieux.
Enfin, la consolabilité par les parents ou les soignants, sa capacité à jouer et s’intéresser à son environnement sont des informations essentielles.
TLM : Comment soulager la douleur chez un jeune patient ?
Dr Daniel Annequin : Aujourd’hui, nous disposons d’une large panoplie de moyens pour soulager leurs douleurs. L’application d’une crème anesthésiante environ une heure avant une piqûre. L’inhalation, pendant au moins trois minutes, du MEOPA (mélange d’oxygène et de protoxyde d’azote) est un outil simple et efficace pour réaliser une suture. Pour les douleurs plus intenses, il ne faut pas hésiter à recourir à toute la gamme des antalgiques, du paracétamol aux morphiniques. En France, les effets indésirables de l’ibuprofène sont surdimensionnés, alors que cet AINS est le mieux toléré chez les enfants ; il est beaucoup plus prescrit dans les pays anglo-saxons qui craignent, en premier lieu, la toxicité hépatique du paracétamol. Il ne faut pas hésiter à y recourir lorsque le paracétamol n’est pas efficace, à raison de 10 mg/kilo (à partir de trois mois). Si la douleur n’est pas soulagée, on peut donner des opiacés de palier 2 (tramadol); dont la prescription nécessite désormais une ordonnance sécurisée. Le sirop de morphine peut également être prescrit (en cas de brûlures, stomatite herpétique…). Les moyens non médicamenteux peuvent aussi être très efficaces pour les plus petits, ainsi les solutions sucrées (glucose 30%) s’avèrent souvent très utiles ; l’hypnoanalgésie, la distraction, ont également démontré leur utilité.
Pour cela, il faut savoir entrer en relation avec l’enfant, l’apprivoiser : on ne se précipite pas, on lui explique la raison de sa douleur et les gestes qu’on va faire pour la soulager ; on le distrait, on le laisse dans les bras de ses parents…
Ce n’est pas toujours facile et cela nécessite du temps. La formation des soignants en la matière est essentielle.
Propos recueillis
par Mathilde Raphaël ■
A noter, deux sites pour toutes les informations sur la douleur de l’enfant :
www.pediadol.org / www.sparadrap.org
Pédiadol est un groupe francophone d’experts composé de médecins (pédiatres, anesthésistes, néonatologistes, psychiatre), d’infirmières et de puéricultrices, et de psychologues impliqués dans l’amélioration de la prise en charge de la douleur de l’enfant.
Sparadrap, créé par des parents et des professionnels de santé, agit depuis 30 ans, « pour aider les enfants à avoir moins peur et moins mal pendant les soins et à l’hôpital.
Signalons la tenue, du 25 au 27 mars 2025, des 31 es Journées Pédiadol - La Douleur de l’enfant, avec le soutien de la Fondation APICIL, sur les réponses à apporter à la douleur de l’enfant. Journée plénière et ateliers.
Informations et inscriptions sur : pediadol2025.teamresa.net