• Dr David Gaucher : Myopie : Agir tôt pour prévenir les formes pathologiques

David Gaucher

Discipline : Ophtalmologie

Date : 08/07/2024


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La prévalence de la myopie ne cesse d’augmenter dans le monde, et en France plus d’un enfant sur cinq est myope.

Outre les difficultés qu’elle induit dans la vie quotidienne, la myopie risque de dégénérer vers des formes pathologiques.

D’où la nécessité d’un diagnostic et d’un traitement précoces. Les explications du Dr David Gaucher, ophtalmologue aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg.

 

TLM : La myopie constitue-t-elle, selon vous, une problématique de santé publique ?

Dr David Gaucher : Tout à fait. La prévalence de la myopie ne cesse d’augmenter. Dans certains pays d’Asie, 90 % de la population est myope ! En France, la part de myopes a doublé en vingt ans et devrait encore doubler d’ici 20 ans. Si rien n’est mis en œuvre, un Français sur deux sera myope en 2050 ! C’est une véritable épidémie sans virus ! Par ailleurs, les myopies semblent s’aggraver plus rapidement que précédemment. Environ 10 % des myopies ont des formes pathologiques, pourvoyeuses d’un grand nombre de complications potentiellement handicapantes, certaines curables (glaucome, cataracte, décollement de rétine, rétinoschisis, néovaisseaux myopiques), d’autres actuellement non curables (atrophie choriorétinienne). Si rien n’est fait, c’est la vision même qui est menacée. La myopie est aujourd’hui la troisième cause de cécité. Un rapport de la Société française d’ophtalmologie, que j’ai corédigé avec le Pr Nicolas Leveziel, détaille d’ailleurs la prise en charge des myopies pathologiques.

 

TLM : Quelles sont, alors, les recommandations ?

Dr David Gaucher : Consultez ! Dès qu’un enfant peine à lire, se rapproche de sa feuille pour écrire, rencontre des difficultés à recopier ce qui est écrit au tableau, il convient de prendre rendez-vous chez un ophtalmologue. L’accès à cette spécialité est direct, ce qui facilite le parcours du patient. Les médecins généralistes ont aussi un rôle à jouer en incitant les parents à emmener leur enfant chez un spécialiste. Nous pouvons examiner de façon pertinente les enfants dès qu’ils commencent à parler, soit vers deux ou trois ans. Les enfants à risque peuvent, dans certains cas, être diagnostiqués plus tôt. Une prise en charge précoce améliore la vie quotidienne de l’enfant, facilite les apprentissages et évite une aggravation de la pathologie. À partir de -3 dioptries, chaque dioptrie gagnée réduit les risques d’une baisse cécitante, comme le prouve l’étude de référence Bullimore.

 

TLM : Comment se déroule le diagnostic ?

Dr David Gaucher : L’ophtalmologue mesure automatiquement la réfraction de l’œil à partir d’un réfracteur automatique. En cas de myopie rapidement évolutive ou associée à un astigmatisme important, un examen complémentaire par instillation de gouttes (cyclopentolate ou atropine) ou une topographie cornéenne peuvent être demandés, permettant de bloquer les accommodations.

 

TLM : Une fois le diagnostic posé, quels traitements prescrit-on ?

Dr David Gaucher : Pendant longtemps, les ophtalmologues étaient un peu démunis, puisque leur seule prescription était le port de lunettes. Ces vingt dernières années, la recherche et l’innovation ont complètement bouleversé la prise en charge de la myopie. Nous disposons à la fois d’approches optiques et pharmacologiques efficaces pour corriger la myopie de l’enfant. Il existe plusieurs grandes familles de traitements, qui peuvent être combinées entre elles. Le défocus hypermétropique se traduit par la focalisation des rayons lumineux, en arrière de la rétine, sur sa périphérie. Ce phénomène normal, surtout pendant l’accommodation, notamment durant la lecture, serait un des facteurs de progression de la myopie. L’utilisation de verres freinateurs, commercialisés depuis 2020 seulement, contribue à diminuer ce défocus hypermétropique. Autre solution, les lentilles d’orthokératologie qui se portent la nuit déforment l’œil, permettant de ne pas porter de correction pendant la journée. La dernière option est le collyre d’atropine microdosé à 0,05 %, avec l’administration d’une goutte par jour, un traitement qui n’est accessible que dans les grands centres d’ophtalmologie et qui doit se poursuivre pendant plusieurs années. En empêchant le phénomène d’accommodation, l’atropine freine la progression de la myopie.

 

TLM : Au regard de la diversité des traitements, comment savoir lequel sera le plus efficace ?

Dr David Gaucher : Toutes ces innovations thérapeutiques sont efficaces. Leur variété permet de mettre en place un traitement personnalisé, adapté à l’âge et au profil du patient. Si les adolescents et les jeunes adultes apprécient généralement les lentilles, en revanche celles-ci ne sont pas adaptées aux jeunes enfants, car elles nécessitent de la manipulation et le respect de règles d’hygiène. Les lentilles rigides portées la nuit nécessitent un temps d’adaptation, mais elles permettent de ne rien porter en journée. Le traitement à l’atropine, qui requiert de mettre quotidiennement des gouttes dans l’œil, est jugé simple par certains, contraignant par d’autres. Ce qui compte, c’est de définir une solution personnalisée, sachant que certains traitements peuvent être combinés, comme les lunettes et le collyre.

 

TLM : Quels espoirs pour l’avenir ?

Dr David Gaucher : La myopie ne doit pas être traitée avec fatalisme. C’est une pathologie qui se soigne de mieux en mieux. Permettre aux jeunes d’avoir une bonne vue, c’est aussi contribuer à un parcours scolaire ou une pratique sportive plus efficaces. L’hygiène de vie est aussi essentielle. L’efficacité de la pratique d’activités de plein air et de la limitation de la lecture dans le ralentissement de la myopie est aujourd’hui démontré. Il est recommandé que les enfants passent au moins deux heures par jour en extérieur, recommandations déjà mises en œuvre en Asie, dans le cadre des politiques scolaires.

Propos recueillis

par Solène Penhoat

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