• Dr Delphine Lamireau : Le don de lait maternel, un geste généreux et vital…

Delphine Lamireau

Discipline : Pédiatrie

Date : 10/04/2024


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Encore largement méconnu, le don de lait maternel — au même titre que le don de sang — est un acte solidaire et bénévole de la plus haute importance car il peut sauver des vies. Les explications du Dr Delphine Lamireau, pédiatre, consultante en Lactation et responsable des lactariums Pellegrin et Raymond Fourcade Bordeaux/Marmande, intégré depuis 2012 au CHU de Bordeaux.

 

TLM : En quoi consiste le don de lait maternel et combien de litres sont collectés chaque année en France ?

Dr Delphine Lamireau : Il s’agit avant tout d’un geste généreux et altruiste. Chaque maman allaitante peut donner, de manière anonyme, son lait à un lactarium qui le distribuera ensuite aux nouveau-nés hospitalisés qui en ont le plus besoin. Il est important de savoir qu’une lactation normale suffit amplement à nourrir son enfant. Il existe 35 lactariums en France, de taille plus ou moins importante, avec chacun ses modalités de fonctionnement propres. La collecte globale avoisine les 70 000 litres de lait par an sur l’ensemble du territoire. Le premier lactarium a été créé à Paris en 1947, suivi de près par celui du Dr Raymond Fourcade à Marmande en 1955.

 

TLM : Quelles sont les conditions pour être donneuse ?

Dr Delphine Lamireau : En principe, toutes les femmes allaitantes le peuvent. Mais pour des raisons sanitaires et afin de s’assurer de la qualité du lait maternel distribué, un dossier médical est constitué pour chaque femme donneuse. Un entretien détaillé est mené avec la mère allaitante et un questionnaire médical envoyé au médecin traitant ou à une sage-femme. Cela permet de s’assurer de l’absence de contre-indications comme le tabagisme, des antécédents de transfusions, la prise de certains médicaments toxiques, etc. Enfin, un dépistage sérologique est pratiqué lors du premier don à partir d’une prise de sang et renouvelé tous les trois mois pour contrôle du HIV, de l’hépatite B, de l’hépatite C et du HTLV.

 

TLM : Concrètement, comment ça se passe ?

Dr Delphine Lamireau : Les lactariums peuvent avoir des modalités de recueil différentes. Mais, généralement, les collectrices se rendent au domicile des mères allaitantes avec tout le matériel nécessaire (biberons, ordonnance pour la location d’un tire-lait si la donneuse n’en a pas…). Lors de la première visite, les conditions de recueil et de conservation du lait sont expliquées en détail. Les collectrices sont également disponibles pour répondre à toute question que les femmes pourraient se poser. Finalement, la seule obligation pour donner son lait est de posséder un congélateur ! En effet, le lait est récupéré une fois qu’il a été congelé. Certains lactariums exigent une quantité de lait précise et limitent le don à une période post-natale de quelques mois. Ici, au lactarium de Marmande, nous recueillons pour un minimum de 400 ml, sans limite de temps.

 

TLM : A qui le lait collecté est-il destiné ?

Dr Delphine Lamireau : Dans 99 % des cas, le lait maternel collecté est à destination des nouveau-nés prématurés quand le lait de la mère est indisponible. Les bébés de moins de 32 semaines et pesant moins d’1,5 kilo ne peuvent pas recevoir autre chose que du lait maternel en raison notamment de l’immaturité de leur système digestif. Par ailleurs, lorsque la quantité de lait collecté le permet, il pourra aussi être distribué aux bébés hypotrophes, c’est-à-dire nés à terme mais avec un tout petit poids, ou ceux présentant des pathologies cardiaques ou digestives, par exemple. Au-delà du volet nutritif, le lait maternel contribue à la mise en place du microbiote du nourrisson, permet le développement du tube digestif et la défense de l’organisme contre les infections. Il contribue ainsi à prévenir certaines complications spécifiques et potentiellement graves liées à la prématurité (entérocolite ulcéronécrosante, rétinopathie…).

 

TLM : Quelles sont les étapes classiques du traitement du lait maternel collecté ?

Dr Delphine Lamireau : Le lait maternel arrive congelé au lactarium et va ensuite être pasteurisé par la méthode de Holder (à 62,5°C pendant 30 minutes). Cette pasteurisation permet d’éliminer un maximum de micro-organismes (virus et bactéries) afin d’obtenir un lait stérile qui sera de nouveau congelé durant 8 mois, pour finalement être distribué dans les services de néonatologie. Plus grand lactarium de France, le lactarium Raymond Fourcade à Marmande couvre ainsi les besoins de plus de 90 établissements clients. Par ailleurs, nous sommes les seuls au monde à pratiquer une lyophilisation du lait maternel à grande échelle. Nous réservons aujourd’hui ce lait lyophilisé aux DOM-TOM uniquement. Cette technique facilite aussi bien les conditions de transport que les conditions de conservation (18 mois à température ambiante).

 

TLM : Le lactarium est-il investi d’autres missions ?

Dr Delphine Lamireau : Le terme « lactarium » me paraît désuet et peut parfois prêter à confusion. « Centre d’allaitement » serait plus adéquat à mon sens pour que les femmes sachent que nous nous intéressons à toutes les questions qui gravitent autour de l’allaitement maternel ! En effet, consultation d’allaitement, questionnements sur la relation médicament-allaitement, soutien et accompagnement parental font partie de notre pratique quotidienne.

 

TLM : Quel rôle pour le médecin généraliste ?

Dr Delphine Lamireau : Les médecins ne sont pas assez formés sur la question de l’allaitement dans son ensemble. Le cursus général ne le prévoit pas. En qualité de pédiatre, j’ai dû suivre une formation supplémentaire pour être consultante en lactation. Et il est vrai que les consultations d’allaitement sont des consultations longues, d’environ 45 minutes pour pouvoir véritablement rentrer dans les détails. Ce délai n’est pas envisageable en médecine générale. En revanche, le médecin généraliste doit être sensibilisé au sujet et connaître le don de lait pour pouvoir en parler à ces patientes.

Propos recueillis

par Anya Leyrahoux

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