• Dr Edouard Sève : Les anti-H1 par voie nasale dans le traitement de la rhinite allergique

Edouard Sève

Discipline : Allergologie

Date : 08/07/2024


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« Il est important de reconnaître la rhinite allergique, la traiter et ne pas sous-estimer son retentissement sur la vie quotidienne des patients », souligne le Dr Edouard Sève, allergologue à Fontainebleau et au Centre hospitalier du Sud Seine-et-Marne.

 

TLM : Quels sont les symptômes évocateurs d’une rhinite allergique (RA) ?

Dr Edouard Sève : Les symptômes de la RA sont une rhinorrhée claire, des éternuements, une obstruction nasale et un prurit nasal. Ils sont souvent associés à des symptômes de conjonctivite et d’un prurit oropharyngé.

 

TLM : Comment poser le diagnostic ?

Dr Edouard Sève : L’interrogatoire prime. Il faut rechercher ces signes ainsi que le facteur déclenchant en fonction de la chronicité, du lieu… Le caractère récidivant est un indicateur. Par exemple, pour les acariens, la RA se déclenche plutôt le matin alors que pour les pollens c’est plutôt le soir. La deuxième étape, ce sont les tests cutanés utilisant des gouttes d’extraits (acariens, pollens…). La réaction se manifeste dans les 15 minutes et confirme le diagnostic d’allergie à un allergène. En cas de doute, une prise de sang recherche les anticorps igE contre celui-ci.

 

TLM : Quels sont les risques de complications de la RA ? Pourquoi faut-il traiter rapidement ?

Dr Edouard Sève : C’est important pour deux raisons. L’une est une complication médicale. L’inflammation de la RA peut descendre sur les voies aériennes inférieures et se transformer en asthme avec tous les risques associés. L’autre est un retentissement sur la vie quotidienne. La RA fatigue et provoque des céphalées, des troubles du sommeil. L’activité professionnelle s’en trouve impactée. Les allergies sont la première cause de perte de productivité dans le monde. Pour les étudiants allergiques au pollen, il a été prouvé qu’ils perdent des points lors des examens se déroulant en juin. Chez les petits enfants, avoir le nez bouché modifie la croissance de la mandibule. Cela a des conséquences sur le positionnement de leur langue et sur le développement de leurs dents. Les orthodontistes nous adressent ces patients car ils ne veulent pas poser d’appareils avant que la RA n’ait été améliorée.

 

TLM : Quelle est la prise en charge de la RA ?

Dr Edouard Sève : Une fois l’étiologie identifiée, la première étape est l’éviction du facteur déclenchant. La deuxième consiste à soulager les manifestations avec un traitement symptomatique : un anti-H1 par voie orale (comprimés ou sirop) ou par voie nasale en première intention et/ou un spray de corticoïdes par voie nasale, un collyre en cas de conjonctivite et un traitement de l’asthme le cas échéant. Enfin, la troisième consiste à démarrer un processus de désensibilisation avec une immunothérapie pour traiter la cause sur le long terme. Ce traitement s’étale sur trois ans.

 

TLM : Dans quels cas prescrire les anti-H1 par voie nasale ?

Dr Edouard Sève : C’est une très bonne question, et c’est justement délicat car toutes les recommandations ne concordent pas. Selon la classification ARIA, les RA doivent être distinguées en RA légères d’un côté et modérées à sévères de l’autre. Le choix du traitement symptomatique dépend de l’intensité de la RA et des signes associés. Dans le cas des RA légères ou lorsqu’existent des symptômes oropharyngés associés ou des signes de conjonctivite associés, les anti-H1 sont choisis en première intention alors que dans le cas des RA modérées à sévères, les corticoïdes par voie nasale sont privilégiés. Les anti-H1 sont prescrits en deuxième intention lorsque les corticoïdes par voie nasale sont contre-indiqués. Par exemple, le glaucome constitue souvent une contre-indication absolue pour les ophtalmologues mais relative selon les ORL. Les anti-H1 par voie nasale ont un effet supérieur pour assécher le nez lorsque la rhinorrhée est importante, alors que les corticoïdes par voie nasale sont plus efficaces sur l’obstruction et les éternuements. Ce ne sont pas les mêmes cibles et pas tout à fait les mêmes effets. L’autre intérêt des anti-H1 par voie nasale est qu’ils n’ont pas l’effet potentiellement sédatif que présentent certains anti-H1 par voie orale. En revanche, un effet secondaire local rapporté par les patients est l’assèchement du nez… mais c’est aussi l’objectif.Enfin, si le contrôle des symptômes avec un spray n’est pas satisfaisant, celui-ci peut être changé pour un autre spray (deux produits existent ; ils possèdent la même molécule, l’azélastine, mais un dosage différent) ou pour une association par voie nasale (anti-H1+ corticoïdes).

 

TLM : À quels profils de patients s’adressent les anti-H1 par voie nasale ?

Dr Edouard Sève : Ils sont autorisés chez l’enfant dès six ans, chez la femme enceinte également, et chez l’adulte sans limite d’âge. Ce traitement symptomatique peut être pris ponctuellement ou au long cours.

 

TLM : Quels sont les conseils d’utilisation à transmettre aux patients ?

Dr Edouard Sève : Comme pour tous les sprays par voie nasale, il est important d’effectuer une éducation du patient à leur bonne manipulation. En effet, la plupart ne l’utilisent pas correctement, ce qui rend le traitement moins efficace. Le patient doit pencher sa tête en arrière et le flacon doit être positionné à 90 degrés par rapport aux fosses nasales. Il est conseillé d’utiliser sa main contre-latérale par rapport à la narine car cela limite les épistaxis. Pour que l’action du spray soit encore plus efficace, le nez doit être auparavant vidé en procédant à des DRP (désobstructions rhino-pharyngées) avec du sérum physiologique ou de l’eau de mer.

 

TLM : Et pour aller plus loin ?

Dr Edouard Sève : Avec le groupe de travail « Biologie de l’allergie » de la Société française d’allergologie, nous avons créé un arbre décisionnel concernant la RA. Il est consultable sur le site www.pulselife.com. Nous y avons justement indiqué la place des anti-H1 par voie nasale. Le site est gratuit et accessible à tous les médecins. Il référence toutes les recommandations et propose des arbres décisionnels en médecine générale dans toutes les spécialités. La RA concerne de 15 à 20 % de la population. Il est important de la reconnaître, la traiter et ne pas sous-estimer son retentissement sur la vie quotidienne des patients.

Propos recueillis

par Alexandra Cudsi

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