Dr Edouard Sève : Rhinite : Les traitements qui soulagent
Discipline : ORL, Stomatologie
Date : 10/04/2025
La rhinite provoque systématiquement une obstruction nasale et une rhinorrhée, dont l’impact sur la qualité de vie peut être important. Des traitements efficaces permettent de soulager les patients, encore faut-il avoir identifié la cause… Le Dr Edouard Sève, allergologue à Fontainebleau, revient sur les différentes formes de rhinite et les modalités de leur prise en charge.
TLM : Quelles peuvent être les différentes causes d’une rhinite et d’une rhinopharyngite ?
Dr Edouard Sève : Environ la moitié des rhinites et des rhinopharyngites sont dues à des infections, d’origine virale la plupart du temps, et à des allergènes (pollens, poils d’animaux, acariens…). Mais il existe des rhinites non allergiques non infectieuses dont les plus courantes sont les rhinites inflammatoires a éosinophiles, sans cause évidente. Les rhinites vasomotrices, causées par des variations de température, ou irritatives (comme la fumée de tabac), et les rhinites gravidiques, dues à une hypersensibilité hormonale pendant la grossesse, sont plus rares.
TLM : Quels sont les principaux symptômes de la rhinite ? Et ceux de la rhinopharyngite ?
Dr Edouard Sève : L’inflammation des fosses nasales entraîne une obstruction nasale et une rhinorrhée. Le liquide est généralement clair et fluide, bien qu’il puisse parfois être légèrement foncé et plus épais sans pour autant indiquer une complication.
D’autres symptômes, tels que des démangeaisons, des éternuements et une conjonctivite, sont fréquemment associés dans les cas de rhinite allergique ou irritative. En cas de rhinopharyngite, l’inflammation des fosses nasales s’accompagne de celle du pharynx et se manifeste par une sensation de gorge irritée, une gêne lors de la déglutition et une voix enrouée.
TLM : Quelles sont les complications possibles ?
Dr Edouard Sève : En perturbant le sommeil, les symptômes persistants peuvent provoquer une fatigue générale et affecter les capacités cognitives des patients.
La pression au niveau des sinus, en raison de la congestion, peut également entraîner des maux de tête.
TLM : Comment établir le diagnostic et déterminer la cause d’une rhinite ?
Dr Edouard Sève : Un entretien minutieux avec le patient peut suffire à identifier les situations qui déclenchent ses symptômes. Les rhinites printanières doivent évoquer une allergie saisonnière aux pollens de graminée ou de bouleau, selon les régions, tandis qu’une allergie perannuelle, avec parfois une recrudescence automnale, doit évoquer une allergie aux acariens ou aux moisissures. Certaines professions, comme agent d’entretien ou coiffeur, exposent à des produits chimiques connus pour leur pouvoir irritant et allergisant, il faut donc y penser.
TLM : Comment évaluer la sévérité ?
Dr Edouard Sève : La sévérité d’une rhinite allergique est évaluée par son impact sur la qualité de vie. Elle est légère si elle n’affecte pas le sommeil, les activités sociales, scolaires, les loisirs ou le travail. Elle devient modérée ou sévère si le patient dort mal, si ses activités sont perturbées, ou s’il ne peut pas travailler.
TLM : Quelles sont les recommandations en termes de prise en charge ?
Dr Edouard Sève : Concernant les rhinites infectieuses, il n’y a pas de recommandations spécifiques puisqu’elles guérissent spontanément avec un traitement local. On conseille au patient de se laver le nez deux à trois fois par jour avec une solution d’eau de mer ou physiologique pour éliminer les sécrétions et les virus en cause. Si le nez est très bouché, il pourra utiliser une solution hypertonique (concentrée en chlorure de sodium) ou soufrée et la faire suivre d’une inhalation.
Pour les formes légères de rhinite allergique et de rhinite inflammatoire non allergique, les corticoïdes nasaux peu dosés sont recommandés en première intention (deux pulvérisations dans chaque narine par jour). Ils sont efficaces contre le prurit, l’écoulement et l’obstruction nasale. Pour la rhinite allergique, les antihistaminiques anti-H1 peuvent également être proposés en première intention ; pris oralement ou sous forme de spray nasal, ils soulagent la rhinite et la conjonctivite sans provoquer de somnolence. Ils peuvent être pris à la place de la corticothérapie nasale. Des collyres antihistaminiques sont souvent prescrits pour soulager les symptômes oculaires liés à la conjonctivite associée. Après quatre à six semaines de traitement, on évalue la tolérance, l’observance et l’efficacité. En cas d’echec, l’avis d’un specialiste, ORL ou allergologue, est nécessaire pour confirmer le diagnostic, majorer le traitement, éduquer le patient et mettre en œuvre des tests allergologiques (tests cutanés ou dosage des IgE). Généralement, un traitement d’entretien est nécessaire. Bien tolérés par les patients, ces traitements ne provoquent ni dépendance ni effets secondaires à long terme. Des combinaisons fixes de corticoïdes et antihistaminiques locaux peuvent être utilisés en seconde intention, si besoin.
TLM : Et pour les formes modérées à sévères ?
Dr Edouard Sève : En cas de rhinite allergique non contrôlée par le traitement de première intention, une immunothérapie allergénique peut être prescrite.
Disponible en gouttes ou comprimés sublinguaux, ce traitement quotidien dure trois ans et s’adresse aux patients motivés et observants. Près de 90 % des patients constatent une amélioration significative ou la disparition des symptômes.
TLM : Les femmes enceintes peuvent-elles bénéficier de ces traitements ?
Dr Edouard Sève : Les sprays nasaux et les antihistaminiques ne les exposent ni elles ni leur bébé à un quelconque risque. En cas de doute, il suffit de consulter le site du Centre de référence sur les agents tératogènes (lecrat.fr) : développé par des équipes médicales de l’hôpital Trousseau à Paris, il indique les risques d’une exposition maternelle (médicaments, radiations, dépendances…) en cours de grossesse ou d’allaitement, et propose le choix de la thérapeutique la plus adaptée.
TLM : Peut-on prévenir une rhinite ?
Dr Edouard Sève : C’est difficile mais on peut limiter les risques en procédant à des lavages de nez avec une solution à base d’eau de mer ou de sérum physiologique et en évitant de s’exposer aux allergènes en cas de rhinite allergique. Si elle est provoquée par la manipulation de produits dans le cadre professionnel, le patient devra faire appel au médecin du travail pour voir avec lui si des aménagements sont possibles, comme le port d’un masque, des changements de produits, voire un changement de poste.
Propos recueillis
par Jeanne Labrune ■





