• Dr Emmanuel Maheu : Arthrose de la main : Les recommandations 2026

Emmanuel Maheu

Discipline : Rhumato, Orthopédie, Rééduc

Date : 13/01/2026


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L’arthrose de la main est une maladie fréquente, potentiellement très invalidante.

Fin 2025, des recommandations françaises portées par la Société française de rhumatologie et la Société française de médecine physique et de réadaptation ont précisé les modalités de prise en charge.

Entretien avec le Dr Emmanuel Maheu, rhumatologue, membre du groupe d’experts ayant participé à leur élaboration.

 

TLM : Quelle est la définition de l’arthrose de la main sur le plan médical ?

Dr Emmanuel Maheu : L’arthrose de la main est une atteinte articulaire qui peut concerner une ou plusieurs des 32 articulations de la main. Elle peut toucher la base du pouce, les articulations métacarpophalangiennes, ainsi que les interphalangiennes proximales et distales, situées à l’extrémité des doigts. Il s’agit d’une maladie qui n’atteint pas uniquement le cartilage, mais l’ensemble de l’articulation, en modifiant son fonctionnement. Elle est responsable de douleurs, de raideur articulaire et de déformations, parfois très mal vécues.

 

TLM : Quelle est la fréquence de l’arthrose de la main et quels sont les profils les plus concernés ?

Dr Emmanuel Maheu : L’arthrose de la main est extrêmement fréquente. Elle touche environ 75 à 80 % des femmes. Après 65 ans, plus de 60 à 70 % de la population présente une arthrose des mains. C’est donc une pathologie très répandue, avec un retentissement fonctionnel souvent important. Il existe une forte composante familiale. L’arthrose n’est pas une maladie génétique au sens strict, mais son héritabilité est élevée, en particulier pour l’arthrose digitale.

 

TLM : Quels sont les grands enseignements des recommandations françaises ?

Dr Emmanuel Maheu : Ces recommandations constituent une adaptation française de recommandations européennes existantes.

Elles rappellent surtout que l’arthrose de la main est une véritable maladie, qui doit être prise en charge, et non considérée comme une fatalité liée à l’âge. Elles insistent sur une prise en charge individualisée, multimodale, associant traitements non médicamenteux et médicamenteux, en tenant compte du profil et des attentes du patient. Les objectifs sont de réduire la douleur et de préserver la fonction des mains. Il s’agit de maintenir la force de préhension, la capacité à manipuler des objets et l’autonomie dans les gestes du quotidien. En l’absence de traitement curatif, la prise en charge repose sur des traitements symptomatiques, adaptés aux priorités du patient.

 

TLM : Quelle place occupent les traitements non médicamenteux ?

Dr Emmanuel Maheu : Ils constituent le socle de la prise en charge. L’éducation thérapeutique est essentielle pour expliquer la maladie, son évolution et les moyens d’agir au quotidien. Les exercices réguliers entretiennent la mobilité, la force et la précision des gestes. Les orthèses ont une place importante, notamment dans l’arthrose de la base du pouce, permettant de réduire la douleur et d’améliorer la fonction, en particulier lorsqu’elles sont portées la nuit. Pour les doigts longs, leur effet est essentiellement antalgique, sans prévention démontrée des déformations. L’ergonomie et les aides techniques permettent de limiter les contraintes sur les petites articulations. La chaleur locale ou les cures thermales peuvent soulager la douleur. En revanche, les techniques sans preuve d’efficacité ne sont pas recommandées.

 

TLM : Qui doit assurer l’éducation thérapeutique des patients ?

Dr Emmanuel Maheu : L’ensemble des professionnels de santé impliqués. Médecins généralistes, rhumatologues, médecins de médecine physique et de réadaptation, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, pharmaciens et infirmiers ont tous un rôle à jouer. La cohérence des messages est essentielle.

 

TLM : Quelle est la place des traitements médicamenteux ?

Dr Emmanuel Maheu : Le paracétamol peut être proposé en première intention, avec une efficacité modeste. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens en application locale sont utiles en cas de douleurs localisées. Les formes orales peuvent être utilisées lors de poussées inflammatoires, à la dose minimale efficace et pour une durée courte, avec prudence chez les sujets âgés. Les corticoïdes par voie orale peuvent être envisagés sur une courte période en cas de poussée inflammatoire polyarticulaire. Les infiltrations de corticoïdes peuvent être proposées dans certaines arthroses interphalangiennes inflammatoires, mais elles ne doivent pas être systématiques. Les opioïdes n’ont pas leur place dans cette indication. Les infiltrations ne doivent ni être rejetées systématiquement ni considérées comme une solution miracle. Elles peuvent être utiles dans certaines situations bien ciblées, notamment lors de poussées inflammatoires douloureuses touchant les articulations interphalangiennes des doigts.

 

TLM : Quelle place les recommandations accordent-elles aux traitements symptomatiques d’action lente de l’arthrose ?

Dr Emmanuel Maheu : Les traitements symptomatiques d’action lente de l’arthrose, ou SYSADOA, regroupent plusieurs molécules. Dans l’arthrose de la main, seule la chondroïtine sulfate (Chondrosulf) dispose aujourd’hui d’un niveau de preuve suffisant. Un essai clinique randomisé de bonne qualité a montré qu’une chondroïtine sulfate de qualité pharmaceutique, à la dose de 800 mg par jour, permettait de réduire la douleur et d’améliorer la fonction par rapport à un placebo. Il s’agit d’un traitement symptomatique, sans effet démontré sur la structure articulaire. Les recommandations insistent sur l’utilisation de préparations de statut pharmaceutique, la qualité des compléments alimentaires étant très variable.

 

TLM : Quel message clef et quelles recommandations adressez-vous aux médecins généralistes ?

Dr Emmanuel Maheu : L’arthrose de la main est une maladie chronique souvent très invalidante. Une prise en charge active, personnalisée et associant l’ensemble des leviers disponibles, permet de soulager la douleur, de préserver la fonction et d’améliorer la qualité de vie, même en l’absence de traitement curatif.

Propos recueillis

par Solène Penhoat

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