Dr Ester Artells : Un tire-lait et une téterelle adéquats gages d’un allaitement optimal
Discipline : Pédiatrie
Date : 08/01/2025
Il y a une dimension intuitive dans l’allaitement. Il faut accompagner les mamans pour qu’elles apprennent à allaiter sans activer leur néocortex ! recommande le Dr Ester Artells, généticienne, consultante et formatrice en allaitement (Haricot en Provence, Marseille). Et surtout veiller à bien choisir tire-lait et téterelle adaptée.
TLM : Quelle est la fréquence de l’allaitement en France ?
Dr Ester Artells : La France est connue pour être un des pays au monde les moins engagés en termes d’allaitement. Il y a eu, néanmoins, des progrès récents : selon l’étude Epifane de 2021, le taux d’initiation de l’allaitement maternel à la maternité est passé de 74 % en 2012 à 77 % en 2021. La durée médiane de l’allaitement a aussi favorablement évolué, passant de 15 à 20 semaines pendant la même période. À l’âge de six mois, moins d’un quart des nouveau-nés étaient encore allaités en 2012, alors qu’un tiers l’étaient en 2021. Cependant, une grande majorité des femmes, à la fin du congé de maternité arrêtent d’allaiter. Beaucoup pensent qu’il n’est pas possible de continuer l’allaitement en travaillant.
En fait, les femmes sont mal informées.
Les professionnels de santé, qu’il s’agisse des médecins, des sages-femmes ou des infirmières, n’ont pas reçu eux-mêmes une formation suffisante sur ces sujets pour bien les informer. Ils véhiculent parfois eux-mêmes des idées erronées sur la question, comme l’obligation d’allaiter forcément toutes les trois heures ou encore faire durer la tétée de chaque sein pendant 10 minutes… Pour être bien formés sur l’allaitement, les professionnels de santé, aujourd’hui, doivent initier une démarche de formation personnelle.
TLM : Comment faut-il préparer les futures mamans à l’allaitement ?
Dr Ester Artells : D’abord, il faut répondre à leur anxiété et leur dire que l’allaitement n’est pas douloureux. Si elles éprouvent de la douleur, c’est peut-être qu’une crevasse s’est formée, mais le plus souvent c’est parce que quelque chose ne va pas dans la technique d’allaitement. A la maternité, il faut donner aux femmes des informations pratiques sur l’allaitement.
Très souvent, d’ailleurs, la maman trouve elle-même la position la plus confortable pour elle et le bébé, juste en s’écoutant et en observant son bébé. Il y a une dimension intuitive dans l’allaitement. Il faut ainsi parfois accompagner les mamans pour qu’elles arrêtent d’appliquer un protocole et des règles, elles doivent allaiter sans activer leur néocortex !
TLM : Quelle est la place du tire-lait dans la stratégie d’allaitement ?
Dr Ester Artells : Le tire-lait permet d’obtenir le lait maternel lorsque l’allaitement n’est pas possible pour diverses raisons, soit médicales, soit par choix. Le tire-lait peut ainsi être indispensable dans certaines circonstances, lors d’une séparation entre la mère et l’enfant, par exemple en néonatalogie si le nouveau-né est hospitalisé pour prématurité. Ou encore si la maman présente un problème de santé nécessitant qu’elle soit séparée de son bébé.
Certaines femmes, qui souhaitent maintenir un allaitement exclusif après le retour au travail, utilisent aussi le tire-lait. Parfois aussi la maman utilise le tire-lait par impossibilité de mettre temporairement le bébé au sein en raison d’une crevasse, une blessure du mamelon liée à une mauvaise position de l’allaitement. Le mamelon dans la bouche du bébé s’allonge un tout petit peu pour arriver dans la gorge du bébé ; or en cas de mauvaise position, les mouvements de la langue du bébé ne permettent pas que le mamelon s’allonge. Celui-ci frotte alors contre le palais de la bouche de l’enfant et se blesse.
TLM : Comment choisir un tire-lait et la téterelle adaptée ?
Dr Ester Artells : Avec l’évolution des technologies, l’offre de tire-lait s’est beaucoup élargie et permet de répondre aux différents besoins des femmes. Plusieurs critères simples permettent de faire le bon choix. En priorité, il faut privilégier un appareil agréable à utiliser. Il faut aussi s’assurer que la forme des téterelles est ergonomique et que leur taille est adaptée a la morphologie de la mère.
Enfin, il faut examiner le prix de vente du tire-lait pour choisir entre achat et location. La téterelle est la partie du tire-lait placée sur le mamelon et qui a une forme d’entonnoir. Elle doit avoir une forme adaptée à chaque femme.
Certaines marques de tire-lait, mais pas toutes, proposent des tailles de téterelles différentes. Quand elles sont trop grandes, une partie de la glande mammaire rentre dans la téterelle, avec un risque de douleurs, de lésions, de complications. De surcroît, quand le tire-lait n’est pas adapté, on obtient moins de lait. Quand il est bien adapté, on a plus de lait en moins de temps, sans la moindre douleur. Pour les femmes qui travaillent, il existe même des nouveaux tire-lait qui se glissent dans le soutien-gorge et qu’elles peuvent utiliser même lorsqu’elles sont au travail.
TLM : Comment les femmes savent-elles quelle taille de téterelles elles doivent utiliser ?
Dr Ester Artells : Il existe une large gamme de téterelles, allant de 12 à plus de 30 millimètres. Là encore certaines marques proposent des réglettes pour trouver la bonne taille. En fait, il faut mesurer le diamètre du mamelon, de manière assez précise, à l’endroit précis où la peau change de texture. Théoriquement, les fournisseurs de tire-lait devraient prodiguer des conseils aux femmes sur ce sujet. Il reste qu’ils ne le font pas tous et pas toujours très bien.
TLM : Quelle est la durée optimale de l’allaitement ?
Dr Ester Artells : Allaiter présente toujours un bénéfice, quelle que soit la durée.
Quelques jours permettent déjà au bébé de bénéficier du colostrum qui prépare son tube digestif à recevoir l’alimentation. Mais plus on allaite longtemps, plus les bénéfices seront importants pour le bébé. Il a été démontré que l’allaitement réduit le risque d’obésité et de diabète à l’âge adulte, il réduit le risque infectieux et améliore le fonctionnement du système immunitaire. Et pour la maman, il a été prouvé que l’allaitement est un facteur de prévention du cancer du sein. Enfin, l’allaitement n’abîme pas les seins sur le plan esthétique. Ce sont les modifications de volume des seins pendant la grossesse qui peuvent éventuellement altérer les fibres élastiques des seins et provoquer une ptose plus ou moins importante selon les femmes.
Propos recueillis
par le Dr Clémence Weill ■