• Dr Frédéric Dhermain : Les TTFields dans la prise en charge du glioblastome

Frédéric Dhermain

Discipline : Oncologie, Dépistage

Date : 08/01/2025


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« Trident », une étude pivot prospective randomisée, testant l’association précoce des TTFields avec la radiothérapie et le témozolomide, évalue la pertinence de les mettre en place plus précocement que dans le protocole actuel. Focus sur ces avancées par le Dr Frédéric Dhermain, radiothérapeute-oncologue à Gustave Roussy.

 

TLM : Quelle est l’innovation des TTFields dans le traitement du glioblastome ?

Dr Frédéric Dhermain : Le traitement standard du gliobastome n’avait pas évolué depuis plus de 15 ans. Il reposait sur une chirurgie la plus large possible sans séquelles, puis des séances de radiothérapie associées au témozolomide (un agent anticancéreux), en concomitant puis en adjuvant. Le dispositif d’Optune avec TTFields, qui est proposé pour les patients porteurs de glioblastomes en première ligne de traitement, constitue désormais une avancée notable. Exclusivement dans le glioblastome, la prise en charge consiste à administrer le traitement standard international, associant une radiochimiothérapie concomitante tous les jours pendant trois à six semaines et du témozolomide (agent alkylant). Un mois après la radiochimiothérapie, sous réserve d’une non-progression documentée, les TTFields sont mis en place, en concomitant au témozolomide adjuvant, délivré par cycle de cinq jours tous les 28 jours. C’est dans cette indication que le dispositif a été autorisé et remboursé en France depuis avril 2023. En pratique, sur la base d’une large étude internationale, prospective et randomisée, ce dispositif a démontré un avantage en survie globale d’un peu plus de quatre mois supplémentaires. Ce gain s’ajoute à celui qui avait été généré par le témozolomide (un peu moins de trois mois). Sur ces 15 dernières années, les patients ont donc gagné en survie globale six à sept mois supplémentaires, soit au total des survies médianes proches de deux ans au lieu d’un an à un an et demi avant ces traitements.

 

TLM : Les patients atteints d’un gliobastome ont-ils tous accès aux TTFields ?

Dr Frédéric Dhermain : La communauté neurologique est en train de l’adopter mais ce traitement n’est pas accessible encore partout. Or ce dispositif est remboursé et pris en charge et les médecins généralistes peuvent adresser leur patient à un centre référent pour qu’ils puissent en bénéficier.

 

TLM : Comment le dispositif TTFields est-il mis en place ?

Dr Frédéric Dhermain : Pour nous, la règle est d’en parler aux patients dès la partie radiochimiothérapique, donc au cours de la première partie du traitement, qui dure quatre à six semaines. Nous présentons le traitement et délivrons un livret d’information adapté sur la façon dont le dispositif doit être porté, 18 heures sur 24, sur un crâne rasé. Rappelons que l’âge moyen du glioblastome c’est 65 ans. Il faut donc convaincre les patients, hommes comme femmes, qui ont encore leurs cheveux et qui y tiennent.

De larges « patchs » sont placés de chaque côté du crâne, sur les côtés, devant et derrière, et orientés en fonction de la localisation de la tumeur.

Les patients portent le dispositif à domicile et n’ont pas besoin d’aller à l’hôpital. Pour autant, les TTFields ne sont absolument pas gérés par le patient tout seul. A partir du moment où le traitement a été validé en termes d’indication (en raison de son remboursement par la Sécurité sociale), les équipes d’Optune, dûment informées, sont joignables via une hotline pour suivre les patients au cas où les électrodes se détacheraient, pour les changer régulièrement et/ou si des problèmes de réaction cutanée, d’intolérance aux patchs se présenteraient.

 

TLM : Qu’apporte l’étude Trident, maintenant close, dans le traitement du glioblastome ?

Dr Frédéric Dhermain : Nous en attendons les résultats intérimaires. Cette étude pivot randomisée et ouverte sur Optune® (TTFields, 200 khz), proposée d’emblée en association avec la radiothérapie et le témozolomide concomitant, évalue la pertinence de mettre en place des TTFields plus précocement, en première intention, dès la phase de radiochimiothérapie concomitante. Les TTFields sont souvent conservés par les patients, même en première progression. En produisant un courant de basse intensité, le dispositif perturbe le processus de division des cellules au cours de la mitose sur l’ensemble du cerveau. Il a aussi été proposé, dans le cadre d’études contrôlées, dans le traitement des métastases cérébrales du cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC), avec des résultats préliminaires prometteurs en termes de contrôle intracrânien. La question reste de savoir quelle est la contribution ajoutée des TTFields sur ces métastases, par rapport aux avancées liées aux traitements systémiques (immunothérapies et thérapies ciblées) dans ces types de cancers. Au-delà de ce dispositif particulièrement innovant, Il est aussi essentiel de maintenir la recherche sur les thérapies ciblées, sur les immunothérapies, les thérapies cellulaires (CAR-T cells) et leurs combinaisons dans le glioblastome, tant les marges de progrès sont encore considérables.

 

TLM : Quels sont les effets indésirables de ce traitement ?

Dr Frédéric Dhermain : Des milliers de patients ont été traités en Europe et dans le monde.

Hormis quelques problèmes cutanés réversibles, aucune autre toxicité n’a été rapportée. Actuellement, l’indication est portée de façon sélective, avec des critères d’éligibilité. La prise en charge complète n’est validée que par l’oncologue médical, à une condition : un mois après la radiochimiothérapie concomitante, le patient ne doit pas présenter cliniquement et radiologiquement une aggravation à l’issue d’un contrôle, auquel cas il ne rentrera pas dans le cadre du remboursement. Ce qui exclut environ 10 % des malades. Dans la pratique, certains patients éligibles sont très satisfaits du dispositif et ne s’en séparent pas, même après une première rechute.

 

TLM : Quel suivi pour les généralistes dont les patients suivent ces traitements, entre deux rendez-vous à l’hôpital ?

Dr Frédéric Dhermain : Le suivi des TTFields est assuré par les équipes d’Optune. Pour le suivi du témozolomide, il faut s’assurer d’une prise de sang régulière, une toxicité hématologique, en particulier sur les plaquettes peut se produire (dans moins de 15 % des cas). Ce médicament oral a très peu d’effets secondaires et une excellente biodisponibilité dans le sang et dans le cerveau. Pendant la première partie, il doit être pris tous les jours pendant quatre à six semaines et concomitamment aux rayons, environ une heure avant chaque séance, week-ends inclus. Le témozolomide est dispensé par la pharmacie hospitalière, et pris une heure avant chaque séance de radiothérapie au domicile du patient. C’est un radio-sensibilisant qui n’a pas de toxicité croisée avec la radiothérapie.

Propos recueillis

par Christine Colmont

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