• Dr Gilles Besnainou : Pourquoi il faut prendre au sérieux les bouchons de cérumen

Gilles Besnainou

Discipline : ORL, Stomatologie

Date : 13/01/2026


  • 731_photoParole_142PE_76_Besnainou.jpg

Fréquents mais sans gravité, les bouchons de cérumen peuvent altérer l’audition. Il faut donc les prévenir et les prendre en charge.

Dans les cas extrêmes, la consultation d’un spécialiste est nécessaire pour les extraire en toute sécurité.

Les conseils du Dr Gilles Besnainou, ORL à Paris.

 

TLM : Quels sont les mécanismes physiopathologiques conduisant à la formation de bouchons de cérumen ?

Dr Gilles Besnainou : La peau du conduit auditif, situé dans l’oreille externe, renferme des glandes graisseuses appelées « cérumineuses ». Elles contiennent un mélange de petits débris de peaux mortes et de sécrétions de graisses, issues de ces glandes : c’est le cérumen, une matière grasse jaunâtre d’aspect cireux. D’où son surnom de « cire d’oreille ». C’est ce qu’on retire lorsque l’on se nettoie les oreilles. Il sert surtout à lubrifier le conduit auditif et à le protéger des agressions extérieures : poussières, eau, microbes, corps étrangers. Normalement, le cérumen s’évacue de l’intérieur vers l’extérieur par un mouvement physiologique. Mais il arrive, à tout âge, qu’il s’accumule dans le conduit auditif et forme un bouchon. Avec pour conséquence une sensation de corps étranger et une gêne auditive car le bouchon, collé au tympan, empêche d’entendre correctement. La perte d’audition, si elle est importante, peut s’accompagner d’acouphènes, voire de vertiges. Dans certains cas, une consultation en urgence chez l’ORL est nécessaire pour vite éliminer le bouchon.

Une fois retiré, il n’entraîne généralement aucune complication.

 

TLM : Existe-t-il des facteurs favorisants et donc des patients à risques qui doivent être surveillés en médecine de ville ?

Dr Gilles Besnainou : D’abord les personnes qui portent des prothèses auditives, celles qui mettent des bouchons d’oreilles la nuit pour s’isoler du bruit, et celles qui utilisent avec une grande fréquence des écouteurs intra-auriculaires pour écouter de la musique ou téléphoner. Ensuite sont à risque des individus qui ont la peau très sèche (eczéma, psoriasis) ou très grasse, ou qui travaillent en milieu poussiéreux, ou qui sont adeptes de baignades fréquentes. Et ceux qui ont un conduit auditif étroit ou tortueux. Sans oublier le nettoyage répété à l’aide d’un coton-tige, qui repousse le cérumen au fond du conduit et en stimule la production… Des cicatrices dans le conduit auditif, suite à une chirurgie pour otites chroniques, peuvent aussi augmenter le risque. Chez les personnes âgées, le cérumen est plus sec et a tendance à s’évacuer plus difficilement, d’où une augmentation du risque au fil du temps.

 

TLM : Quelles mesures d’hygiène auriculaire préventive recommandez-vous aujourd’hui aux patients pour limiter la survenue de bouchons, et à quelle place situez-vous les solutions émollientes disponibles ?

Dr Gilles Besnainou : Un individu qui a déjà souffert d’un bouchon de cérumen est à risque de voir cette situation se renouveler. En préventif, on peut lui conseiller en traitement de fond, une fois par semaine, l’instillation de gouttes auriculaires céruménolytiques, comme celles de la gamme CERU. Ces produits font fondre un peu le cérumen et préviennent la formation du bouchon. En curatif, il faut les utiliser dès qu’on commence à sentir l’oreille bouchée, afin de ramollir, voire de dissoudre le bouchon s’il est peu important. On peut aussi utiliser le sérum physiologique ou un spray d’eau de mer additionné à du bicarbonate, en curatif comme en préventif.

 

TLM : En cas de bouchon constitué, quels critères guident votre choix entre un traitement céruménolytique, un lavage auriculaire ou une extraction mécanique en cabinet ?

Dr Gilles Besnainou : Dans tous les cas, il faut le faire disparaître. Un bouchon de cérumen peut entraîner, s’il n’est pas retiré, une infection ou une inflammation et provoquer, à terme, une otite externe ou un abcès. Le choix du traitement dépend de la gêne auditive : si elle est importante, et qu’elle s’accompagne de douleurs, il ne faut pas attendre et consulter pour une extraction au cabinet. Si elle n’est pas importante, on peut initier un traitement céruménolytique, ou un lavage auriculaire au sérum physiologique et se donner deux à trois jours pour en mesurer l’efficacité.

 

TLM : Quels conseils pratiques donner aux médecins généralistes pour sécuriser l’utilisation des produits céruménolytiques ?

Dr Gilles Besnainou : Il faut d’abord examiner le tympan et s’assurer qu’il n’y pas de perforation ou autre pathologie comme une otite chronique. Ces produits doivent être prescrits en préventif aux patients qui ont l’habitude de faire des bouchons. Et en curatif pour les autres à raison de quatre gouttes/jour pendant six jours. Ils sont très bien tolérés et ne nécessitent pas de précautions particulières. Chez certaines populations comme les personnes âgées, les porteurs d’aides auditives ou les patients ayant des antécédents d’otites ou de chirurgie ORL, il faut profiter de chaque consultation pour vérifier l’éventuelle présence d’un bouchon : regarder à l’intérieur du conduit auditif et, s’il y a un bouchon en formation, il faut initier le traitement préventif. L’objectif, c’est de ne pas laisser s’installer un bouchon, même si ces patients consultent pour un autre motif.

 

TLM : Quels bénéfices concrets observez-vous dans la pratique en termes de confort, de prévention des récidives et de tolérance lorsque les patients utilisent correctement les solutions céruménolytiques ?

Dr Gilles Besnainou : Ces produits sont très bien tolérés, mais pour bien les utiliser il faut idéalement l’aide d’une tierce personne pour instiller les gouttes : cette dernière doit tirer sur le pavillon de l’oreille pour ouvrir le conduit auditif et faciliter leur pénétration. Le patient doit aussi rester allongé quelques minutes. Ces produits sont efficaces en termes de réduction du bouchon, et de retour à une audition normale. Ils permettent de diminuer les récidives surtout en les utilisant de façon préventive. Mais ces traitements sont recommandés pour un bouchon peu gênant.

Quand ce dernier s’avère important et que la gêne auditive est majeure, il faut consulter l’ORL pour l’extraire. Il ne faut surtout pas le retirer soi-même en cédant à des idées saugrenues comme utiliser une pince à épiler, une épingle à cheveux, un coton-tige, etc… Le danger, c’est la perforation du tympan !

Propos recueillis

par Brigitte Fanny Cohen

  • Scoop.it