Dr Hervé Bard : Le plasma riche en plaquettes pour soulager la gonarthrose
Discipline : Rhumato, Orthopédie, Rééduc
Date : 08/07/2024
Si aucun traitement ne permet de guérir l’arthrose du genou, les injections de PRP (plasma riche en plaquettes) viennent renforcer l’arsenal thérapeutique déjà disponible permettant d’en ralentir la progression. « Mais c’est bien dans sa globalité que la prise en charge de la gonarthrose est efficace », prévient le Dr Hervé Bard, rhumatologue à Paris.
TLM : Quels sont les facteurs favorisants de la gonarthrose ?
Dr Hervé Bard : La gonarthrose est l’atteinte périphérique la plus fréquente après l’arthrose de la colonne vertébrale. La forme symptomatique, qui ne représente finalement qu’une faible proportion de patients, peut considérablement réduire leur qualité de vie en limitant notamment leur mobilité articulaire. Elle est multifactorielle et peut être favorisée, entre autres, par l’âge, la qualité du cartilage, le mode de vie, la présence de comorbidités ou encore une activité sportive excessive et inadaptée. Certains facteurs génétiques sont également prédisposants à l’arthrose du genou. Depuis au moins un siècle, on assiste à une augmentation importante et régulière de l’incidence de la gonarthrose qui va de pair avec une obésité croissante et un phénomène accru de sédentarité dans nos sociétés.
TLM : Quelle en est la symptomatologie ?
Dr Hervé Bard : Les premiers symptômes de la gonarthrose sont des douleurs mécaniques (gonalgies) qui vont apparaître à la marche ou à la pratique des escaliers en fonction de la localisation de l’arthrose. En effet, le genou comporte trois compartiments que sont le compartiment fémorotibial interne, le compartiment fémorotibial externe et le compartiment fémoropatellaire. L’arthrose fémoropatellaire va surtout constituer une gêne lors de stations assises prolongées, de descentes d’escalier tandis que l’arthrose fémorotibiale impactera plus volontiers la marche avec des douleurs qui n’apparaitront qu’au bout d’un certain temps. Par ailleurs, un épanchement de synovie peut parfois accompagner une arthrose débutante.
TLM : Quel est le traitement actuel de la gonarthrose ?
Dr Hervé Bard : Le traitement va dépendre des données cliniques et radiographiques, du contexte du patient et de son âge. La prise en charge doit être la plus personnalisée possible au vu des différents phénotypes existants. Elle s’appuie à la fois sur des traitements non pharmacologiques (perte de poids, kinésithérapie, orthèses, physiothérapie, conseils sur l’activité physique pour réduire au maximum les contraintes mécaniques, etc. ) et des traitements pharmacologiques qui ciblent principalement la gestion de la douleur (paracétamol ou anti-inflammatoire). Si les AINS sont très efficaces dans cette indication, ils doivent cependant être utilisés sur une courte durée afin d’éviter les complications, surtout chez les sujets âgés qui présentent régulièrement des fonctions rénales altérées et un tube digestif plus fragile. Enfin, il existe des traitements locaux qui visent aussi à réduire la prise de médicaments.
TLM : Quels sont ces traitements locaux ?
Dr Hervé Bard : Les corticoïdes sont utiles pendant la phase inflammatoire, lors de poussées congestives avec épanchement et douleurs permanentes. Ils agissent assez vite mais leur effet est à court terme, entre deux et trois mois maximum. Les infiltrations de corticoïdes ne doivent pas être effectuées de manière trop répétée ni prolongée au risque de provoquer un effet délétère sur le cartilage. Il s’agit donc d’un traitement ponctuel. Il y a ensuite les infiltrations d’acide hyaluronique qui sont utilisées depuis plus de 30 ans et qui constituent un traitement sans danger lorsqu’il est utilisé à bon escient et injecté proprement. Cela étant dit, l’acide hyaluronique offre un effet modéré et n’est valable que sur une arthrose peu douloureuse avec peu d’épanchement. Enfin, en pathologie ostéoarticulaire, les injections de PRP étaient initialement pratiquées par des radiologues, des chirurgiens orthopédistes et de rares rhumatologues, jusqu’à ce que quelques équipes hospitalières s’y intéressent, donnant plus de crédit à ce traitement. Cela a conduit quelques-uns d’entre nous à constituer un groupe de recherche pour essayer d’apporter une démarche plus scientifique et plus rigoureuse et confirmer ou infirmer l’intérêt des injections de PRP dans l’arthrose et les tendinopathies. C’est ainsi qu’est né le GRIP (Groupe de recherche sur les injections de plaquettes) en 2018, devenu le GRIIP deux ans plus tard du fait de son internationalisation (Groupe de recherche international sur les injections de plaquettes). Et c’est bien parce que ce traitement a démontré des vertus anti-inflammatoires, antalgiques, régénérantes mais aussi lubrifiantes, qu’il est aujourd’hui utilisé plus largement.
TLM : Mais alors, quelle place pour le PRP dans la stratégie thérapeutique ?
Dr Hervé Bard : Les dernières recommandations du traitement pharmacologique de la gonarthrose par la Société française de rhumatologie présentées fin 2018 ont inclus les injections intra-articulaires de PRP dans l’arsenal des traitements pharmacologiques, sans toutefois en préciser la place. En pratique, le PRP n’est pas le traitement de la phase congestive ou de première intention, mais se situe, comme l’acide hyaluronique, en traitement de deuxième intention avec une action retardée et prolongée. L’effet se manifeste principalement à partir du troisième mois, jusqu’à 12 mois, avec une légère supériorité sur l’acide hyaluronique à long terme. Il présente également l’intérêt de retarder la chirurgie prothétique qui coûte cher et qui essuie encore quelques échecs de temps en temps.
TLM : Tous les patients sont-ils éligibles au traitement par PRP ?
Dr Hervé Bard : Le PRP est un traitement autologue bien toléré, avec une balance bénéfice-risque très favorable et très peu de contre-indications. Toutefois, il ne doit pas être injecté dans certains cas comme pour les patients avec un cancer évolutif ou ceux avec une hémopathie en cours de traitement par exemple. A l’occasion de notre prochain congrès, qui se tiendra en janvier 2025, nous publierons justement des recommandations sur les contre-indications d’injections de PRP dans la gonarthrose.
TLM : Des effets secondaires ont-ils été rapportés ?
Dr Hervé Bard : Dès lors que les conditions d’asepsie ont été rigoureusement respectées, les complications infectieuses demeurent exceptionnelles. En revanche, une réaction inflammatoire peut survenir les premiers jours suivant l’infiltration mais aucun AINS ne doit être prescrit une semaine avant et une semaine après l’injection pour laisser le plasma agir. Fort heureusement ce type de manifestation n’est que passagère et largement tolérable pour le patient.
Propos recueillis
par Marie Ruelleux ■