Dr Hervé Maillard : Plaies aiguës : Les propriétés cicatrisantes de l’acide hyaluronique
Discipline : Dermatologie
Date : 08/07/2024
Brûlures, plaies traumatiques, dermabrasion dans le cadre d’une greffe… : l’origine et les caractéristiques des plaies aiguës sont multiples. Une prise en charge personnalisée doit être mise en œuvre pour favoriser guérison et cicatrisation. Les explications du Dr Hervé Maillard, dermatologue au Centre hospitalier du Mans.
TLM : Comment définit-on une plaie aiguë ?
Dr Hervé Maillard : C’est une question simple… dont la réponse est complexe. Il existe une multitude de plaies aiguës : traumatiques, chirurgicales, brûlures, radiodermites… Finalement, la plaie aiguë se définit plutôt en opposition avec la plaie chronique, celle qui ne cicatrice pas au-delà de six semaines.
TLM : Quelles sont les recommandations pour la prise en charge d’une plaie aiguë ?
Dr Hervé Maillard : Justement, les recommandations des sociétés savantes de dermatologie ou de la HAS concernent essentiellement les plaies chroniques. Pour celles-ci, la cause doit être recherchée, qu’elle soit tumorale, infectieuse ou vasculaire et traitée. Les plaies aiguës, elles, sont souvent d’origine traumatique, qu’il s’agisse d’une coupure, d’une blessure avec un objet contondant ou d’une brûlure. La prise en charge d’une plaie aiguë doit s’articuler autour de deux grands axes : éviter l’infection et favoriser la cicatrisation.
TLM : De quels traitements disposent les médecins pour éviter l’infection et favoriser la cicatrisation ?
Dr Hervé Maillard : Tout dépend du type de plaie et de sa gravité. La première étape de la prise en charge consiste à évaluer la profondeur, la largeur, et la nature de la plaie. Il est aussi essentiel de vérifier s’il y a des corps étrangers et d’évaluer le risque de contamination. Le lavage abondant a pour but d’éliminer les tissus nécrotiques et diminuer la charge bactérienne. Une plaie superficielle peut être nettoyée avec de l’eau ou une solution saline, et avec du savon doux sur les abords. Il convient parfois de la désinfecter avec un antiseptique et se poser la question d’une suture si la plaie est profonde. Pour les brûlures, la sulfadiazine argentique a prouvé son efficacité. La sulfadiazine argentique libère peu à peu l’ion argent dont le pouvoir bactéricide s’associe au pouvoir bactériostatique de la sulfonamide libérée. Pour la guérison et la cicatrisation de la plaie, les médecins bénéficient, grâce aux avancées de la recherche médicale, de pansements de plus en plus performants, notamment ceux contenant de l’acide hyaluronique. L’acide hyaluronique peut également être prescrit sous forme de crème.
TLM : Comment fonctionne l’acide hyaluronique dans la guérison des plaies ?
Dr Hervé Maillard : L’acide hyaluronique intervient dans plusieurs phases du processus de guérison d’une plaie. Il est important de comprendre que cet acide est déjà présent naturellement dans le corps humain. L’acide hyaluronique favorise la prolifération de divers types de cellules essentielles à la réparation des tissus, comme les fibroblastes, qui produisent le collagène et les kératinocytes, qui réparent l’épiderme. Cette stimulation aide à accélérer le processus de fermeture de la plaie. Capable d’absorber et de retenir de grandes quantités d’eau, jusqu’à 1000 fois son poids, l’acide hyaluronique contribue à maintenir un environnement humide autour de la plaie, ce qui est crucial pour une guérison efficace. L’hydratation facilite également la migration des cellules et la formation d’une nouvelle matrice extracellulaire. L’acide hyaluronique aide en outre à moduler la réponse inflammatoire initiale après une blessure et peut encourager l’angiogenèse, le processus de formation de nouveaux vaisseaux sanguins dans la plaie.
TLM : Les traitements à base d’acide hyaluronique sont-ils donc systématiquement prescrits en cas de plaie sévère ?
Dr Hervé Maillard : Les traitements à base d’acide hyaluronique sont encore peu prescrits, alors même que des études prouvent leur efficacité. C’est notamment le cas de l’étude prospective CUR MED RES OPIN réalisée en 2005 par l’épidémiologiste française Dominique Costagliola, qui témoigne de l’efficacité accrue de la conjugaison de l’acide hyaluronique et de la sulfadiazine argentique sur l’évolution des plaies par rapport à des traitements ne contenant que de la sulfadiazine argentique. Des études ont aussi été menées, avec succès, sur l’intérêt de l’acide hyaluronique dans le traitement des dermabrasions réalisées dans le cadre des greffes. Les médecins généralistes sont généralement les premiers sollicités par les patients qui présentent une plaie aiguë.
TLM : Considérez-vous que leur formation en ce domaine est suffisante ?
Dr Hervé Maillard : Le traitement des plaies fait partie intégrante des études de médecine. Tous les médecins réalisent des gardes aux urgences, font des pansements, des sutures. Ils possèdent donc une bonne culture universitaire des plaies. Mais, ensuite, les médecins généralistes effectuent moins de pansements longs, faute de temps. Cette tâche est souvent déléguée aux infirmières. Par ailleurs, au regard de la difficulté d’obtenir un rendez-vous rapide, les patients se rendent de plus en plus aux urgences pour des sutures.
TLM : À partir de quand les médecins généralistes doivent-ils passer la main à un spécialiste ?
Dr Hervé Maillard : Pour la majorité des plaies, c’est le délabrement de la plaie qui doit alerter. Si une plaie commence à nécroser, il convient de diriger le patient vers une unité chirurgicale. Les brûlures de stade 2 et 3 requièrent l’avis d’un spécialiste, même si ce n’est pas forcément en urgence. En ce qui concerne les morsures, tout dépend de leur profondeur, mais aussi de leur localisation. Ainsi une morsure au visage n’est jamais anodine. De plus, elle doit faire discuter une antibiothérapie préventive.
TLM : Que recommandez-vous aux médecins généralistes qui souhaitent approfondir leurs connaissances dans la prise en charge des plaies ?
Dr Hervé Maillard : Je leur recommande chaudement de suivre un diplôme universitaire Plaies & Cicatrisation. Il en existe dans toute la France. Les DU Plaies et Cicatrisation permettent l’acquisition de savoirs théoriques et pratiques au service d’une prise en charge pluridisciplinaire des plaies aiguës et chroniques. Aujourd’hui, ce sont surtout des infirmières qui s’y inscrivent, mais ce diplôme obtenu en un an, dans le cadre de la formation continue, est aussi riche d’enseignements pour les généralistes.
Propos recueillis
par Solène Penhoat ■