• Dr Luc Téot : L’essentiel sur les cicatrisations et la réparation cutanée

Luc Téot

Discipline : Dermatologie

Date : 08/10/2024


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A l’occasion de plaies, de brûlures, de sutures chirurgicales, toute une cascade d’événements se produisent au niveau cellulaire pour aboutir à la cicatrisation, rappelle le Dr Luc Téot, spécialiste en Chirurgie plastique reconstructrice et esthétique et président de la SFFPC (Société française et francophone de plaies et cicatrisation).

 

TLM : Quels sont les mécanismes biologiques impliqués dans la réparation cutanée et comment peuvent-ils être optimisés ?

Dr Luc Téot : Pour qu’une cicatrisation se fasse de manière optimale, quelle que soit la lésion en cause, il faut que les facteurs de santé personnels du patient soient « alignés » , en plus de la prise en compte des facteurs locaux.

L’ensemble de la prise en charge, médicale et locale, influence la cicatrisation.

Prenons le cas de la vieille dame qui reste dans son lit toute la journée et qui finit par souffrir d’une escarre. La prise en charge de l’escarre est nécessaire mais pas suffisante. L’escarre ira mieux aussi quand elle sera nourrie correctement, quand elle bougera, quand sa dépression sera traitée. Autre exemple : certains diabétiques perdent la sensibilité de leurs pieds. Ils se blessent facilement, sans s’en rendre compte. Ces plaies peuvent s’infecter. Il faut apprendre à ces patients diabétiques à surveiller leurs pieds tous les jours pour traiter l’apparition d’éventuelles lésions précocement. Les questions de cicatrisation sont pluridisciplinaires, elles font intervenir des gériatres, des diabétologues, des plasticiens, des médecins vasculaires…

 

TLM : Sur le plan physiologique, comment la cicatrisation se fait-elle concrètement ?

Dr Luc Téot : Il y a une cascade d’événements, lors de plaies, de brûlures, de sutures chirurgicales, qui se produisent au niveau cellulaire pour aboutir à la cicatrisation. La cicatrisation d’une plaie suturée bord à bord, lorsqu’elle a été bien parée et désinfectée, se fait simplement. Quand il y a une perte de substance, un enchaînement de phénomènes biologiques vont se succéder : il y a d’abord un afflux de cellules qui viennent nettoyer la plaie, les macrophages et les phagocytes. Il y a aussi une angiogénèse locale pour reconstruire la circulation localement. Puis des cellules du derme se mettent à bourgeonner et les bourgeons seront recouverts par des kératinocytes. Une bonne cicatrisation, cela prend 15 jours, dans un environnement sain.

 

TLM : Quelles sont les stratégies à mettre en place pour aider, accompagner la cicatrisation ?

Dr Luc Téot : D’abord, il faut prévenir l’infection locale, en nettoyant bien la plaie avec des produits adaptés. Mais tout dépend de la plaie. L’ulcère de jambes est associé à une stase veineuse qui fait que les produits du sang sortent des vaisseaux, se solidifient, deviennent fibreux sous la peau et crée un obstacle de plus à la circulation veineuse. Pour prendre en charge l’ulcère correctement, il faut que que la stase veineuse disparaisse. Les bas de contention visent à empêcher cette stase veineuse. Pour traiter les pieds des diabétiques, menacés par des infections, la prise en charge de l’artériopathie des membres inférieurs par des médecins vasculaires est nécessaire.

 

TLM : Quelles sont les meilleures approches pour traiter différents types de lésions cutanées (coupures, brûlures, cicatrices chirurgicales, etc.) ?

Dr Luc Téot : Prenons l’exemple d’une brûlure, elle peut être très étendue en surface et/ou en profondeur. La prise en charge varie en fonction de la surface et de la profondeur. La première étape pour une brûlure ni profonde ni étendue, qui peut alors être prise en charge en ville, c’est la détersion. Il faut enlever les tissus brûlés, sources d’infection. On peut éventuellement utiliser des crèmes antibiotiques en prévention. A l’aide de pansements adaptés, la brûlure doit cicatriser en une dizaine de jours. Si elle reste toujours à vif 12 jours plus tard, le patient doit être adressé dans un service spécialisé.

Lorsque la brûlure est profonde, avec des placards blancs et noirs, il faut envoyer le patient dans un service de grands brulés. Il y a 500 000 petites brûlures chaque année en France.

Même si elles ne sont pas très étendues, non traitées correctement, il peut y avoir des séquelles cicatricielles fonctionnelles : par exemple, si la main a été brûlée, les tissus peuvent se rétracter. En revanche pour des coups de soleil, sans effraction de la barrière cutanée, des crèmes hydratantes et cicatrisantes, pendant quelques jours, sont suffisantes.

 

TLM : Faut-il des soins spécifiques en cas de plaie liée à une coupure ?

Dr Luc Téot : Pour une simple coupure, le plus important c’est de bien laver la plaie, de retirer les corps étrangers éventuellement, de la désinfecter et de faire l’hémostase avec des pansements hémostatiques, en procédant au changement du pansement tous les deux ou trois jours. Une grande dermabrasion cutanée, après un accident équivaut à une brûlure. Il faut faire un parage de la plaie, enlever la peau lésée, faire des soins locaux et la panser. La cicatrisation surviendra progressivement, à condition que la plaie ait été évaluée correctement, en particulier sa profondeur. C’est important d’explorer la plaie et de bien faire expliquer au patient comment elle s’est produite. Le traitement se fait au cas par par cas, selon la cause, la profondeur, le risque infectieux. Parfois deux ou trois jours d’antibiotique par voie orale peuvent être nécessaires.

 

TLM : Quels ingrédients ou technologies sont les plus prometteurs dans le domaine de la réparation cutanée ?

Dr Luc Téot : La recherche est très en pointe en matière de pansement notamment.

Ainsi, lorsqu’il y a une perte de substance, les pansements à pression négative ont transformé la prise en charge de certaines plaies. Il s’agit de pansements qui vont créer une dépression, grâce à un système aspiratif maintenu par un pansement occlusif. Ces pansements maintiennent un milieu humide propice au processus de cicatrisation. Il y a aussi actuellement beaucoup de travaux de recherche en bio-engénierie pour cultiver de la peau autologue, avec derme et épiderme, pour les grands brûlés, les grandes dermabrasions. Ainsi, grâce à un prélèvement de peau de quelques centimètres carrés, des laboratoire spécialisés peuvent produire, une grande quantité de peau à greffer qui contient des fibroblastes et des kératinocytes, du derme et de l’épiderme.

Propos recueillis

par le Dr Martine Raynal

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