Dr Marc Bellaïche : Enrichis en HMO, les laits infantiles se rapprochent du lait maternel
Discipline : Pédiatrie
Date : 08/01/2025
Au fil des années et de la recherche, de nombreux nutriments ont été ajoutés aux préparations infantiles pour les rapprocher du lait maternel. L’adjonction de HMO (Human Milk oligosaccharides), permise grâce à l’innovation technologique continue, présente des bénéfices essentiels pour le développement et la santé de l’enfant. Les explications du Dr Marc Bellaïche, praticien hospitalier en Gastroentérologie pédiatrique à l’hôpital Robert-Debré à Paris.
TLM : Pourquoi le lait maternel restet-il la référence absolue par nature ?
Dr Marc Bellaïche : Il constitue en effet le « gold standard » de l’alimentation infantile en raison de sa capacité à fournir des apports nutritionnels optimaux ainsi que de nombreux facteurs bioactifs. Le lait maternel revêt une finesse d’adaptation qui reste inégalable aujourd’hui. En effet, sa composition et sa qualité se modifient dans le temps pour s’adapter parfaitement aux besoins spécifiques du bébé au regard de son âge. Le colostrum, produit dès les premières heures suivant l’accouchement et jusqu’aux cinq premiers jours de vie de l’enfant, est très riche en protéines, particulièrement en immunoglobulines, facteur de protection contre d’éventuelles infections.
Vers le cinquième jour, un lait de transition prend le relais avant que ne soit produit le lait dit « mature », qui restera le même pendant toute la durée de l’allaitement. Moins riche en protéines et en cellules immunocompétentes, il contient davantage de lipides, en particulier d’acides gras essentiels qui jouent un rôle majeur dans le développement neurologique de l’enfant.
TLM : Mais, alors, peut-on affirmer que les laits infantiles représentent une alternative sûre et efficace ?
Dr Marc Bellaïche : Oui, car aujourd’hui la recherche en nutrition infantile est extrêmement poussée. Tous les composants du lait maternel sont analysés au fur et à mesure pour que les préparations se rapprochent au plus près — à défaut d’en être une copie conforme — du lait maternel. Ces laits sont soumis à une règlementation et des contrôles drastiques qui attestent d’une sécurité alimentaire maximale, et leur composition est parfaitement adaptée aux besoins nutritionnels de l’enfant qui évoluent avec l’âge. En soi cela équivaut à un véritable exploit de la recherche !
TLM : De récentes recherches ont démontré l’intérêt indiscutable des HMO sur le développement et la santé de l’enfant. De quoi s’agit-il ?
Dr Marc Bellaïche : Les oligosaccharides du lait humain (HMO) constituent le troisième composant du lait maternel en termes de quantité, après le lactose et les lipides.
TLM : Ils jouent un rôle essentiel dans la santé du nourrisson de par leur rôle dans le développement de son immunité en modulant l’activité des cellules immunitaires et leurs voies de signalisation et en réduisant le risque d’infections gastro-intestinales. Parmi les nouvelles générations de lait infantile, certaines préparations enrichies en HMO sont désormais disponibles. C’est le cas de la formule « Guigoz Ultima Sinergity » des Laboratoires Guigoz, qui associe six des principaux HMO présents dans le lait maternel et Bifidobacterium infantis (un probiotique intéressant pour la santé digestive, l’immunité et le bien-être), pour des bénéfices potentialisés observés également sur la modulation du microbiote du nourrisson. Cette formule innovante promet donc de répondre aux besoins de tous les bébés, y compris ceux à risque de dysbiose : anciens bébés nés prématurés, nés par césarienne, sous antibiothérapie ou avec antécédents familiaux d’allergie.Que penser des laits contenant des épaississants ?
Dr Marc Bellaïche : Ils sont généralement indiqués pour les nourrissons sujets aux régurgitations. Motif très fréquent de consultation, c’est plus de la moitié, voire les deux tiers, des bébés de moins d’un an qui régurgitent, avec une intensité variable. Dans la grande majorité des cas, ces régurgitations ne présentent pas de caractère de gravité. Dans ses recommandations de bonnes pratiques 2024 sur la prise en charge des reflux gastro-œsophagiens, la HAS insiste bien sur le fait que lorsqu’elles sont simples, ces régurgitations ne nécessitent pas de traitement médicamenteux par inhibiteur de la pompe à protons mais bien une modification de l’alimentation pour les enfants nourris au biberon. Il existe trois types de lait anti-régurgitations : le lait épaissi à l’amidon (de riz, de maïs ou de pommes de terre), le lait épaissi à la caroube et, enfin, les préparations combinant les deux. Très récemment, les Laboratoires Guigoz ont développé une formule associant un double épaississant caroube + amidon pour réduire les régurgitations : « Guigoz Expert AR Mix ». Pour ce faire, ils se sont appuyés sur une étude réalisée en France (Vandenplas, 2013*) dont les résultats ont démontré l’efficacité significative de cette combinaison d’épaississants à des quantités similaires, et permettant de passer de huit régurgitations par jour à seulement deux. Ce mix d’épaississant permet donc, a priori, d’escompter une diminution significative des régurgitations pour le nourrisson.
TLM : Jusqu’à quel âge un enfant doit-il consommer du lait infantile ?
Dr Marc Bellaïche : L’alimentation infantile doit se poursuivre au moins jusqu’aux trois ans de l’enfant. Il y a d’abord les préparations pour nourrisson (laits 1 er âge, de 0 à 6 mois) puis les préparations de suite (2 e âge, à partir de six mois), puis aliments lactés pour enfant en bas âge (laits de croissance, à partir de 10-12 mois). Toutefois, la Société française de pédiatrie (Tounian & Chouraqui, 2017**) recommande la poursuite du lait de croissance jusqu’à ce que l’enfant soit en mesure d’ingérer 100 à 150 grammes de produits carnés par jour, en deux portions quotidiennes, soit le plus souvent bien au-delà de l’âge de trois ans pour éviter les carences en fer. Le lait de croissance est effectivement garant d’un apport suffisant en fer, acides gras essentiels, oligoéléments et vitamine D, pas toujours évident à obtenir par l’alimentation seule.
TLM : Quelles sont les quantités recommandées ?
Dr Marc Bellaïche : Jusqu’à quatre a six mois, le bébé peut boire a volonté. A partir de six mois et jusqu’à un an, le minimum requis pour couvrir l’ensemble de ses besoins est de 500 millilitres en trois biberons par jour. Et jusqu’à 700 millilitres si les besoins en fer notamment ne sont pas couverts par l’alimentation. S’il n’existe aucun risque à le poursuivre au-delà des trois ans révolus de l’enfant, arrêter trop tôt ce lait de croissance comporte en revanche des risques.
Propos recueillis
par Marie Ruelleux ■
Références :
* Vandenplas Y. et al. J Pediatr Gastroenterol Nutr 2013;57(3)389-393
** Tounian P., Chouraqui JP. Pour le groupe de travail sur le fer de la Société Française de Pédiatrie. Fer et nutrition. Arch Pediatr, 2017 :24-5S23-5S31