Dr Marc Sapène : Le télésuivi, indispensable dans la prise en charge du SAHOS
Discipline : Pneumologie
Date : 13/01/2026
Le télésuivi, associé à un accompagnement personnalisé du patient, est essentiel pour garantir une bonne observance de la ventilation par pression positive continue (PPC), traitement de référence du syndrome d’apnées-hypopnées du sommeil (SAHOS), assure le Dr Marc Sapène, pneumologue à la clinique Bel-Air de Bordeaux et président d’Alliance Apnées du sommeil - Asthme et Allergies.
TLM : Quels sont les liens entre le SAHOS et les autres maladies respiratoires ?
Dr Marc Sapène : Il y a quelques années, les maladies respiratoires étaient uniquement des maladies infectieuses comme la phtisie ou tuberculose pulmonaire. Les maladies respiratoires que l’on connait aujourd’hui, en particulier l’asthme, le SAHOS et la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), sont quant à elles des maladies du mode de vie (tabagisme et obésité) et de l’environnement. Ces maladies sont en effet très fortement liées à l’allergie respiratoire, favorisée par les mauvaises conditions environnementales — la pollution de l’air extérieur mais aussi intérieur par manque d’aération des logements qui sont de plus en plus hermétiques, utilisation de bougies parfumées, etc.
TLM : Quelle est la prévalence du SAHOS en France ?
Dr Marc Sapène : Rare dans les années 1980, où il était volontiers associé à un gros monsieur un peu âgé, le SAHOS est une maladie de plus en plus fréquente et qui affecte une population beaucoup plus hétérogène. D’après les données institutionnelles, 20 % des adultes âgés de 20 à 45 ans et 30 % des plus de 60 ans sont touchés. Des chiffres très certainement sous-estimés. Mais ce qui est encore plus préoccupant, c’est que ce syndrome touche désormais les enfants : on estime que 8 % d’entre eux en souffriraient, mais, là encore, la réalité se situe sûrement bien au-delà.
TLM : Quelles en sont les causes ?
Dr Marc Sapène : Dans la mesure où le SAHOS est, comme on vient de le dire, une maladie respiratoire liée à l’obésité, sa prévalence augmente de façon parallèle ; or, les causes sous-jacentes à l’excès de poids — malbouffe, manque d’activité physique et sédentarité — sont en hausse chez les plus jeunes.
Le SAHOS étant également une maladie environnementale, sa prévalence augmente proportionnellement avec celle des allergies respiratoires et de l’asthme infantiles. Il y a donc toutes les raisons de croire que le nombre d’enfants souffrant d’apnées du sommeil est plus important que les chiffres officiels.
TLM : En quoi les anomalies crânio-faciales ou respiratoires jouent-elles un rôle dans le SAHOS ?
Dr Marc Sapène : L’inflammation des voies respiratoires liée à l’allergie et à l’asthme conduit les enfants à respirer par la bouche, notamment lorsqu’ils dorment. Cette respiration buccale, alors que leur massif facial est en plein développement, entraîne sa déformation caractérisée par un palais ogival, une langue basse et peu tonique. C’est un cercle vicieux car la langue ne se muscle pas en cas de respiration buccale. Ce manque de tonus musculaire lingual est par ailleurs accentué par d’autres phénomènes liés au mode de vie comme le recul de l’allaitement, qui force la succion et muscle la langue, au profit de la tétine, et la tendance à préférer une alimentation molle qui ne nécessite pas de mastication. Résultat, pendant le sommeil, la langue bascule en arrière et obstrue partiellement la trachée, provoquant des apnées.
TLM : Quelles sont les conséquences d’un SAHOS ?
Dr Marc Sapène : Elles sont multiples. Les apnées provoquent des microcoupures du sommeil, qui entraînent une accumulation de la dette de sommeil. Les patients souffrent de troubles neurocognitifs (affectant l’attention, la concentration, la mémorisation), et de somnolence diurne, première cause des accidents de la route. À long terme, on observe un risque accru de maladies cardiovasculaires (AVC, infarctus du myocarde, troubles du rythme mais aussi neuropathies optiques) ; ce risque est directement lié aux interruptions de sommeil qui, en provoquant des variations du taux d’oxygène, agressent la paroi des artères et entraînent le développement d’une athérosclérose. Autre conséquence moins connue du SAHOS, l’évolution péjorative de certains cancers, notamment le mélanome et le cancer du poumon, par baisse de l’immunité. En effet, la privation de sommeil, souvent utilisée comme moyen de torture, s’avère mortelle par effondrement immunitaire.
TLM : La ventilation par PPC est le traitement de référence ; comment améliorer son insuffisante observance ?
Dr Marc Sapène : Les données de l’Assurance maladie indiquent en effet une observance de 50 % seulement. Mais c’est une moyenne. Dans mon centre à Bordeaux, elle atteint 70 à 80 % ! Un score que l’on doit à l’éducation thérapeutique et à l’accompagnement des patients, indispensables pour que ces derniers vivent bien leur traitement. Mais il faut reconnaître que le parcours de soins reste compliqué en raison du manque de formation des kinésithérapeutes et des orthophonistes qui participent à la prise en charge.
TLM : En quoi le télésuivi peut-il aider ?
Dr Marc Sapène : Le télésuivi est essentiel dans la bonne observance du traitement par PPC car il crée le lien entre le médecin, le patient et le prestataire. Ce triptyque, propre à la France, permet à la fois de surveiller le suivi du traitement et surtout d’informer le médecin des éventuelles difficultés du patient à se l’approprier. On sait ainsi très tôt s’il y a un problème d’observance et pourquoi : cela peut être dû à l’inconfort provoqué par des fuites d’air ou à un mauvais ajustement du masque, à une irritation de la peau, à des douleurs à la mâchoire, voire à une sensation de claustrophobie. Quelle que soit la cause, le prestataire va pouvoir intervenir pour trouver une solution. Il existe des dizaines de masques aux caractéristiques différentes, il suffit de trouver le bon.
TLM : Quelles sont les critères qui orientent vers un traitement alternatif ?
Dr Marc Sapène : Le principal critère est l’intolérance à la PPC malgré toute la bonne volonté du patient. On peut lui proposer des orthèses d’avancée mandibulaire, dont l’efficacité, bien que légèrement moindre, reste importante, ou, en cas d’échec aussi à ce traitement, la thérapie Inspire®, sorte de pacemaker du nerf hypoglosse. Les critères de remboursement par l’Assurance maladie pour ces deux alternatives sont les mêmes, à savoir un SAHOS modéré à sévère (15 ≤ IAH ≤ 50) chez les patients avec un IMC inférieur à 32 kg/m 2 et en échec au traitement de première ligne pour l’OAM, et de deuxième ligne pour le dispositif Inspire®.
Propos recueillis
par Charlotte Montaret ■





