Dr Marie-Aliette Dommergues : Tous les vaccins sont importants !
Discipline : Infectiologie
Date : 10/04/2024
Recommandés ou obligatoires, tous les vaccins sont aussi importants les uns que les autres pour la protection individuelle et collective, rappelle le Dr Marie-Aliette Dommergues, pédiatre au Centre hospitalier de Versailles.
Elle appelle ses consœurs et confrères à faire passer le message auprès de leurs patients.
TLM : Quels sont les vaccins obligatoires figurant au calendrier vaccinal ?
Dr Marie-Aliette Dommergues : Le vaccin hexavalent contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, l’Haemophilus influenzae b, l’hépatite B, la coqueluche et le vaccin contre 13 sérotypes de pneumocoques (2 injections à 2 mois et 4 mois, puis un rappel à 11 mois) ; le vaccin contre le méningocoque C (injection à 5 mois et rappel à 12 mois), et le vaccin ROR (injection à 12 mois et rappel à 16-18 mois).
TLM : La vaccination contre le méningocoque B est désormais recommandée. Pourquoi cette décision ?
Dr Marie-Aliette Dommergues : Le méningocoque B est le principal agent de la méningite à méningocoques. Il représente actuellement 70 à 80 % des cas. Cette place a longtemps été occupée par le méningocoque C mais la vaccination obligatoire contre cette bactérie en 2018 a fait chuter sa prévalence. Nous avions à l’époque un recul de 10 ans sur ce vaccin. Il n’existait, en revanche, pas encore de vaccin contre le sérotype B, ce qui explique le décalage de l’introduction de cette vaccination.
TLM : Le tableau clinique des méningites est-il le même pour tous les sérotypes ?
Dr Marie-Aliette Dommergues : Celui des méningites B et C est sensiblement le même. Leur diagnostic est d’ailleurs très difficile car les signes initiaux sont peu spécifiques : fièvre, fatigue, mal de tête... Mais ce qui caractérise une méningite, c’est la vitesse à laquelle l’état du patient peut se dégrader, en seulement quelques heures. En revanche, les méningites dues au sérogroupe W présentent souvent un tableau clinique atypique, avec des signes digestifs qui peuvent égarer le diagnostic. S’il reste très minoritaire, ce sérogroupe est en hausse chez les adolescents, avec des taux dépassant ceux de l’ère pré-Covid.
TLM : La vaccination contre le méningocoque B atteint à peine 40-50 %. Pourquoi ne pas l’avoir rendu obligatoire ? Et pourquoi celle contre le sérogroupe W ne fait-elle pas partie du calendrier vaccinal ?
Dr Marie-Aliette Dommergues : Rendre obligatoire un vaccin nécessite de modifier la loi par un nouveau texte, comme cela a été fait en 2018. C’est probablement assez lourd sur le plan législatif. Mais le fait que le vaccin anti-méningocoque B soit simplement recommandé entretient certainement une confusion dans l’esprit des Français. Un texte modifié dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) rendant obligatoire la vaccination contre tous les sérotypes anti- (A, B, C, W et Y) est cependant à l’étude par la Haute Autorité de santé, qui devrait rendre son avis au printemps, avant la sortie du prochain calendrier vaccinal.
TLM : Les médecins ont cependant un rôle à jouer pour inciter les parents à faire vacciner leur enfant...
Dr Marie-Aliette Dommergues : Parfaitement. Ils ont le devoir de les informer de l’intérêt de ces vaccins et de clarifier les choses car beaucoup de parents pensent qu’en procédant à la seule vaccination obligatoire contre le méningocoque C, ils protègent leur enfant de la méningite. C’est faux, puisqu’ils restent exposés aux risques liés aux autres sérogroupes.
TLM : La vaccination contre le rotavirus fait également désormais partie du calendrier vaccinal. Etait-ce nécessaire ?
Dr Marie-Aliette Dommergues : La gastroentérite est banalisée à tort chez les nourrissons. Les diarrhées aiguës qu’elles entraînent les exposent à un risque de déshydratation potentiellement mortel. Or, il est impossible de prédire ce risque, et très difficile d’expliquer aux parents les signes d’alerte et les consignes à appliquer le cas échéant.
Outre cet impact sanitaire, les infections à rotavirus ont un impact sociétal important : première cause de consultations en ville et à l’hôpital, elles occasionnent chaque année 28 000 hospitalisations, surchargeant ainsi notre système de soins déjà en souffrance, et entraînent de nombreux arrêts de travail.
TLM : Mais là encore, la couverture vaccinale est loin des objectifs espérés…
Dr Marie-Aliette Dommergues : En effet, elle n’était que de 6 % en septembre 2022 et de 13 % au printemps 2023. Nous bénéficions pourtant d’un recul de 15 ans sur l’efficacité et la tolérance de ce vaccin, puisque 127 pays l’ont inclus dans leur calendrier vaccinal. Cette mauvaise adhésion des Français à cette vaccination simple (l’administration se fait par voie orale), efficace et bien tolérée, est probablement compliquée par la difficulté des médecins à parler du risque d’invagination intestinale aiguë associé (1 à 6 cas pour 100 000). Il s’agit pourtant d’une complication facile à diagnostiquer et à traiter. Il suffit donc d’expliquer aux parents les signes d’alerte et la conduite à tenir : tout comportement inhabituel (l’enfant pleure, cesse de manger, vomit parfois...) dans les deux à sept jours après la prise de la première dose doit les amener à consulter un médecin en urgence. Il faut aussi leur dire que ce surrisque est temporaire et qu’il est, au contraire, réduit à deux ans.
TLM : La vaccination anti-HPV reste elle aussi très faible. Pensez-vous que les choses puissent évoluer ?
Dr Marie-Aliette Dommergues : De plus en plus de jeunes femmes présentent des lésions de bas grade HPV-induites qui nécessitent une colposcopie, un examen qui peut être traumatisant. Le changement passera probablement par une meilleure information des jeunes.
TLM : Certains de vos confrères plaident pour l’introduction de la vaccination contre la varicelle dans le calendrier vaccinal. Partagez-vous cet avis ?
Dr Marie-Aliette Dommergues : Cette maladie est considérée à tort comme une maladie bénigne alors qu’elle entraîne fréquemment des complications et des hospitalisations par surinfection bactérienne, plus que les infections à méningocoques. Sans parler des cicatrices inesthétiques. Or, il existe un vaccin efficace et bien toléré (atténué vivant), pour lequel on a un recul de plus de 20 ans aux États-Unis. On sait qu’il n’augmente pas le risque de zona chez les personnes non vaccinées et qu’il le diminue chez les personnes vaccinées. En France, il est commercialisé par deux laboratoires et remboursé à partir de 12 ans et pour les femmes enceintes. Il est néanmoins indiqué chez le nourrisson, donc les parents qui souhaitent protéger leur bébé contre la varicelle peuvent le faire à leurs frais.
Propos recueillis
par Mathilde Raphaël ■