Dr Nicole Meslier : SAHOS et somnolence, prise en charge
Discipline : Pneumologie
Date : 13/01/2026
Il devient urgent de s’accorder sur la définition du syndrome d’apnées-hypopnées obstuctives du sommeil (SAHOS) et, peut-être, d’en revoir les critères, afin de diagnostiquer et de prendre en charge uniquement les sujets qui en ont réellement besoin, préconise le Dr Nicole Meslier, pneumologue au CHU d’Angers.
TLM : La prévalence du SAHOS est très variable, allant de 10 à 70 % ! Pourquoi de tels écarts ?
Dr Nicole Meslier : C’est lié à un problème de définition du SAHOS : comme son nom l’indique, il s’agit d’un syndrome qui associe plusieurs symptômes diurnes et/ou nocturnes à au moins cinq anomalies respiratoires par heure pendant le sommeil (hypopnées ou apnées).
En extrapolant les données d’études menées dans 17 pays à plus de 90 pays, des chercheurs ont calculé que 70 % des personnes de 30 à 70 ans en France auraient un index d’apnées et hypopnées supérieur à 5. Cela interroge sur la pertinence de ce seuil… Ce sujet est d’ailleurs en discussion au sein des sociétés savantes impliquées dans la prise en charge des troubles du sommeil. Les premières propositions des recommandations seront présentées lors du Congrès de pneumologie de langue française (CPLF) fin janvier.
Elles seront ensuite soumises à un panel d’experts, ce qui permettra de s’accorder sur une définition du SAHOS. Beaucoup de personnes sont, par ailleurs, étiquetées « SAHOS » après un simple dépistage alors qu’elles ne présentent aucun symptôme. Pour l’heure, on estime que 10 % des hommes et 5 % des femmes souffrent d’un SAHOS en France.
TLM : Quels sont les signes qui amènent les gens à consulter ?
Dr Nicole Meslier : Principalement les ronflements et les pauses respiratoires constatés par le partenaire de lit — rares sont ceux qui s’en rendent compte eux-mêmes.
Ce qui pose problème chez les personnes vivant seules ou dont le partenaire n’est pas gêné par ces nuisances sonores. Certains symptômes peuvent incommoder le patient, en particulier les multiples réveils nocturnes, dont certains sont induits par l’envie d’uriner. Trop souvent mise sur le compte des troubles de la prostate chez l’homme âgé, la nycturie peut être directement liée à la répétition des apnées, qui entraîne une augmentation de la sécrétion du facteur atrial diurétique. Certains patients peuvent également se réveiller en ayant l’impression de suffoquer s’ils se réveillent juste avant la fin d’une apnée.
TLM : Et en journée ?
Dr Nicole Meslier : Les réveils nocturnes répétés fragmentent le sommeil qui n’est plus récupérateur ; beaucoup se plaignent de se réveiller plus fatigués qu’au coucher. Bien qu’ils disparaissent assez rapidement, les maux de tête au réveil touchent environ la moitié des patients. Contrairement à une idée reçue, la somnolence diurne n’est pas systématique (50 % des cas), et elle est en moyenne peu intense — 10,5-11 sur l’échelle d’Epworth, soit tout juste la limite caractérisant une somnolence modérée. Néanmoins, ses conséquences sur les fonctions cognitives (difficultés de concentration et de mémorisation), et sur la vigilance, peuvent s’avérer dramatiques chez les individus exerçant des postes de sécurité ou nécessitant la conduite d’un véhicule.
TLM : Et sur le plan purement médical ?
Dr Nicole Meslier : Les apnées et hypopnées provoquent un manque d’oxygène dont les conséquences cardiovasculaires dépendent de la durée et de l’importance de la désaturation pendant les événements respiratoires. Le SAHOS augmente ainsi de 50 % le risque de coronaropathie et d’insuffisance cardiaque, de 60 % celui d’hypertension artérielle résistante, et multiplie par deux à trois le risque d’AVC.
TLM : Parmi les facteurs de risque, l’excès de poids est systématiquement pointé du doigt. À tort ou à raison ?
Dr Nicole Meslier : L’excès de poids favorise le SAHOS, c’est indéniable. Pour autant, tous les patients ne sont pas obèses, 30 à 40 % d’entre eux ont un indice de masse corporelle (IMC) normal. D’ailleurs, il n’est pas recommandé de rechercher systématiquement par un enregistrement un SAHOS chez les personnes en surpoids ou obèses qui ne présentent pas de signe clinique.
TLM : Les causes, symptômes et conséquences sont-ils les mêmes chez les enfants ?
Dr Nicole Meslier : Chez ces derniers, le SAHOS est souvent dû à une hypertrophie des amygdales et/ou des végétations, ou à un faciès adénoïde caractérisé par un palais ogival. Plus rarement, il peut faire partie d’un syndrome de malformation maxillo-faciale. Les ronflements sont systématiquement présents ; les pauses respiratoires pendant la nuit vont se manifester différemment le lendemain : au réveil, l’enfant sera grognon et marqué physiquement avec un teint pâle et des yeux cernés. Il ne sera pas somnolent mais, au contraire, agité et aura du mal à rester concentré. Sans prise en charge, le SAHOS peut retentir sur sa croissance et sur ses apprentissages.
TLM : Quels examens prescrire pour poser le diagnostic ?
Dr Nicole Meslier : Il existe deux examens : la polygraphie ventilatoire et la polysomnographie, mais ils n’ont pas la même utilité et doivent être utilisés à bon escient.
Le premier ne permet de détecter que les événements respiratoires ayant des conséquences sur l’oxygénation et est préconisé quand le tableau clinique est très évocateur ; il doit compléter un tableau clinique sans ambiguïté. Le second est utile chez des personnes dont le tableau clinique n’est pas franc, notamment les femmes jeunes dont le SAHOS a plus de conséquences sur le sommeil que sur l’oxygénation.
TLM : Quelles sont les recommandations en matière de prise en charge ?
Dr Nicole Meslier : Chez l’adulte, le traitement de première intention pour le SAHOS sévère (index d’apnées et hypopnées : IAH>30) est la ventilation par PPC. En cas d’intolérance, on prescrira une orthèse d’avancée mandibulaire (OAM), qui donne de bons résultats. L’OAM est le traitement de première intention du SAHOS modéré (15 Propos recueillis par Mathilde Raphaël ■





