• Dr Olivier Jourdain : La couverture vaccinale contre les HPV en nette progression

Olivier Jourdain

Discipline : Infectiologie

Date : 08/07/2024


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En 2023 la couverture vaccinale contre les HPV s’est nettement améliorée.

Un effet positif de la campagne de vaccination en milieu scolaire. Le point de vue du Dr Olivier Jourdain, chirurgien gynécologue à la clinique Jean-Villar à Bordeaux et président de la CME du groupe Elsan*.

 

TLM : Quels sont les risques des virus HPV ?

Dr Olivier Jourdain : Ce sont d’abord, pour les deux sexes, 100 000 nouveaux cas de verrues génitales : 50 000 chez femmes et 50 000 chez les hommes. Elles génèrent des traitements locaux pénibles, récurrents et coûteux. Les virus HPV sont surtout responsables en moyenne de 6 300 nouveaux cas de cancers chaque année en France. Plusieurs localisations sont concernées : le col de l’utérus (3 000 cas par an environ), l’anus (1 500), la sphère ORL (1 500 cas), la vulve et le vagin (200), le pénis (100). Les cancers ORL liés aux HPV sont les cancers de l’oropharynx (amygdales, langue, voile du palais) : ils sont en augmentation et se traduisent par des douleurs persistantes au niveau de la gorge et une dysphonie. Ils représentent un tiers de l’ensemble des cancers ORL.

 

TLM : A quel stade dépiste-t-on ces cancers induits par le HPV ?

Dr Olivier Jourdain : Le cancer du col de l’utérus bénéficie d’un programme de dépistage chez les femmes grâce au frottis ou au test HPV, ce qui permet de dépister des lésions précancéreuses. Les autres cancers liés à l’HPV, chez l’homme comme chez la femme, sont toujours diagnostiqués au stade de cancer. Les HPV forment une famille d’une trentaine de virus dont une quinzaine sont oncogènes. A 26 ans, 85 % de la population a rencontré au moins un de ces virus qui, la plupart du temps, sont éliminés naturellement. Chez certains, ils peuvent persister longtemps avant de se transformer en cancer. Et sont diagnostiqués au stade des manifestations cliniques, autrement dit trop tard ! Il va falloir mettre en route des traitements plus lourds.

 

TLM : La vaccination est-elle efficace contre tous ces risques ?

Dr Olivier Jourdain : Le vaccin comporte neuf souches virales, ce qui représente 90 % des HPV provoquant des cancers et presque 100 % des virus responsables des verrues génitales. Donc la vaccination protège quasiment de 100 % des verrues génitales et à 90 % des cancers liés aux HPV. Il s’agit d’un vaccin incroyablement efficace, par exemple bien plus performant que le vaccin contre la grippe. Il ne comporte aucun effet secondaire grave car il ne contient pas d’agent infectieux.

 

TLM : Les jeunes français sont-ils bien vaccinés ? Quels sont les chiffres 2023 de la couverture vaccinale contre le HPV ?

Dr Olivier Jourdain : Santé Publique France a publié les derniers chiffres fin avril : en 2023 la couverture à une dose (autrement dit pour les enfants de 5 e au collège, vaccinés à 12 ans) était de 55 % pour les filles et de 41 % pour les garçons. C’est la première génération qui a bénéficié de la campagne de vaccination scolaire et on observe une augmentation considérable par rapport à 2022 où seuls 15,8 % des garçons étaient vaccinés à 12 ans ! La campagne scolaire a donc porté ses fruits. En 2023 la couverture schéma complet à 16 ans est de 44,7 % pour les filles et 15,8 % pour les garçons : c’est une génération qui n’a pas bénéficié de la campagne scolaire.

 

TLM : Certains affirment que cette campagne scolaire est un échec : c’est donc inexact ?

Dr Olivier Jourdain : L’impact de la vaccination scolaire a été bénéfique, dès la première année. Elle a eu aussi un impact favorable sur la vaccination en ville. Cela s’est vérifié dans plusieurs pays : la campagne des collèges a créé une sorte de buzz médiatique, l’information a circulé. Donc on ne peut pas parler d’un échec, d’autant plus que les chiffres de couverture vaccinale en 2023 correspondent à ceux qu’on attendait. On peut imaginer que les prochaines éditions de la campagne scolaire seront plus performantes.

 

TLM : Quels sont les points de blocage dans les collèges ?

Dr Olivier Jourdain : D’abord les taux de vaccination diffèrent selon les régions. Historiquement certaines vaccinent bien comme le Grand-Ouest, d’autres moins bien comme l’Occitanie, l’Ile-de-France et la Corse. Cela se vérifie aussi avec le vaccin contre les HPV : on l’explique par l’offre de soins, moins importante, mais aussi par un refus de l’autorité sanitaire dans ces régions. L’idée de vacciner contre une MST choque aussi les religions. Certains collèges privés catholiques n’ont participé à cette campagne. Dans le département de Seine-Saint-Denis, le contexte social et religieux est associé à une faible couverture vaccinale. Il faut donc convaincre les établissements confessionnels sous contrat que la vaccination contre le HPV n’est pas un passeport pour la liberté sexuelle. Les études le montrent : le comportement sexuel des adolescents ne change pas qu’ils soient vaccinés ou pas.

 

TLM : Comment dépasser les autres difficultés ?

Dr Olivier Jourdain : Le public n’est pas suffisamment bien informé et il faut améliorer ce point. Autre blocage : le recueil des consentements. Il faut le consentement des deux parents, ce qui n’est pas toujours simple dans les familles recomposées, alors que pour la vaccination anti-Covid, l’accord d’un seul parent suffisait. Par ailleurs, beaucoup de parents ne répondent pas car ils n’ont pas le temps de se pencher sur les documents scolaires : cela ne signifie pas qu’ils sont opposés à la vaccination. Nous demandons, comme en Australie, une déclaration de consentement par défaut : ceux qui ne refuseront pas seront consentants.

 

TLM : Quel est le rôle du médecin généraliste dans cette vaccination ?

Dr Olivier Jourdain : Certains parents préfèrent vacciner leur enfant en ville, avec l’avis du médecin traitant à l’appui. Ce dernier est le pilier de l’information pour les parents. La place du MG est donc très importante : il est le référent médical des familles, doit rassurer les parents qui font appel à lui pour les aider à prendre une décision et doit notamment expliquer pourquoi les garçons comme les filles doivent se faire vacciner. Son rôle est aussi de vacciner au-delà de 13 ans tous ceux qui n’ont pas eu la chance d’être vaccinés au collège. Le MG offre aussi une chance de vacciner dès 11 ans, avant le collège, au moment du rappel des vaccinations pédiatriques. Il a une totale liberté pour vacciner à la demande, jusqu’à 19 ans, comme le pharmacien et la sage-femme.

Propos recueillis

par Brigitte Fanny Cohen

* Auteur de « Enquête au Pays des Antivax », Plon 2021

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