Dr Olivier Jourdain : Prévenir les cancers HPV grâce à la vaccination
Discipline : Infectiologie
Date : 10/07/0202
La vaccination, recommandée dès l’adolescence, est sûre et efficace pour réduire considérablement les risques d’infection et les cancers liés au HPV, dont celui du col de l’utérus. Elle constitue un outil majeur de santé publique pour protéger filles et garçons contre les conséquences graves du HPV.
Le point avec le Dr Olivier Jourdain, chirurgien gynécologue à la clinique Jean-Villar à Bordeaux et directeur médical de plusieurs centres de vaccination HPV scolaire*.
TLM : Quels sont les risques des virus HPV ?
Dr Olivier Jourdain : Les HPV forment une famille d’une trentaine de virus dont une quinzaine sont oncogènes. Ils sont responsables en moyenne de 6 300 nouveaux cas de cancers chaque année en France. Avec plusieurs localisations : le col de l’utérus (3 000 cas par an environ), l’anus (1 500), la sphère ORL (1 500 cas), la vulve et le vagin (200), le pénis (100). Les cancers ORL liés aux HPV touchent davantage les hommes ; ce sont les cancers de l’oropharynx (amygdales, langue, voile du palais) : ils sont en augmentation et se traduisent par des douleurs persistantes au niveau de la gorge et une dysphonie et des dysphagies ; ils représentent un tiers de l’ensemble des cancers ORL.
TLM : Les HPV sont aussi responsables de verrues. Combien de personnes sont-elles concernées ?
Dr Olivier Jourdain : On dénombre, pour les deux sexes, 100 000 nouveaux cas de verrues génitales chaque année en France : 50 000 chez femmes et 50 000 chez les hommes. Elles génèrent des traitements locaux pénibles, récurrents et coûteux.
TLM : La vaccination est-elle efficace contre les verrues génitales et les cancers ?
Dr Olivier Jourdain : Le vaccin HPV comporte neuf souches virales, ce qui représente 90 % des HPV provoquant des cancers et presque 100 % des virus responsables des verrues génitales. Donc la vaccination protège quasiment à 100 % des verrues génitales et à 90 % des cancers liés aux HPV. Il s’agit d’un vaccin incroyablement efficace, par exemple bien plus performant que le vaccin contre la grippe. Il ne comporte aucun effet secondaire grave car il ne contient pas d’agent infectieux.
TLM : La HAS recommande désormais de vacciner jusqu’à 26 ans : est-ce une bonne mesure ?
Dr Olivier Jourdain : J’ai milité pour cela ! Attention, vacciner à cet âge est moins efficace, et la HAS a bien rappelé que la priorité demeurait la vaccination des adolescents de 11 à 14 ans car c’est dans cette tranche d’âge que le vaccin, avec deux doses, est très performant. Mais des centaines de milliers de jeunes n’en avaient pas bénéficié et c’était normal de leur offrir cette possibilité. Entre 20 et 26 ans, trois doses sont nécessaires. Le vaccin ne protège pas des virus HPV déjà contractés. Néanmoins la protection reste importante : de l’ordre de 70 %. Le remboursement de ces trois doses devrait intervenir d’ici la fin de l’année.
TLM : Va-t-il falloir être vigilant sur la façon de communiquer sur cette nouvelle recommandation ?
Dr Olivier Jourdain : En effet, on doit parler d’une session de rattrapage. Il ne faudrait pas que des parents se disent que leur enfant peut attendre sa majorité pour se faire vacciner, afin de prendre lui-même sa décision, par exemple. Ce serait un mauvais message. La communication devra exclusivement cibler les jeunes de 19 à 26 ans : si vous avez manqué la vaccination entre 11 et 14 ans, vous pouvez quand même vous rattraper.
TLM : Les jeunes Français sont-ils bien vaccinés ? Qu’ont montré les derniers chiffres de la couverture vaccinale contre le HPV en 2024 ?
Dr Olivier Jourdain : Fin avril, Santé publique France a publié les derniers chiffres qui incluent les enfants vaccinés à l’école et en ville, par le médecin ou le pharmacien : en 2024, à l’issue de la seconde vague de la campagne, 62 % des filles et 48 % des garçons âgés de 12 ans avaient reçu au moins une dose. C’est considérable ! On note une augmentation très nette, entre 2022 et 2024, de 22 points chez les garçons et 24 points chez les filles. Il s’agit donc d’une vaccination qui commence à rentrer dans les mœurs. Tout a commencé avec la vaccination dans les écoles : certes, un peu moins de 20 % des élèves de 5 e ont été vaccinés pendant l’année scolaire de 2023-2024, mais ce phénomène a provoqué un emballement en médecine de ville. Beaucoup de mamans sont allées demander conseil au médecin ou au pharmacien. Et ces derniers ont vacciné leurs enfants mais souvent aussi les frères et sœurs. Mais nous sommes encore loin du souhait de l’INCA de parvenir à une couverture vaccinale de 80 %.
TLM : Quels sont les points de blocage qui subsistent dans les collèges ?
Dr Olivier Jourdain : Un des problèmes est lié aux modalités du consentement parental : dans beaucoup de régions, il a été demandé de façon numérique exclusivement, via les logiciels de communication avec les parents d’élèves (Pronote, par exemple). Beaucoup de parents n’ont pas regardé ce site. En Bretagne, les collèges ont continué avec le formulaire papier, et sur la première vague de vaccination 2024-25, on obtient les meilleurs taux de consentement de France. Donc des mesures correctrices ont été prises pour rattraper en partie cette baisse. Autre source de problème, l’idée de vacciner contre une MST choque les religions… Il faut donc convaincre les établissements confessionnels sous contrat que la vaccination contre le HPV n’est pas un passeport pour la liberté sexuelle.
TLM : Quel est le rôle du médecin généraliste dans cette vaccination ?
Dr Olivier Jourdain : Certains parents préfèrent vacciner leur enfant en ville, afin de recueillir l’avis du médecin traitant. Ce dernier est le pilier de l’information pour les parents. La place du médecin généraliste est donc très importante : il est le référent des familles et doit rassurer les parents qui font appel à lui pour les aider à prendre une décision ; il doit notamment expliquer pourquoi les garçons comme les filles doivent se faire vacciner. Son rôle est aussi de vacciner, au-delà de 13 ans, tous ceux qui n’ont pas eu la chance d’être vaccinés au collège. Concernant l’ensemble de ces rôles il y a une complémentarité entre les professionnels de santé, notamment les pharmaciens.
Propos recueillis
par Brigitte Fanny Cohen ■
* Auteur de « Enquête au Pays des Antivax », Plon 2021





