Dr Petar Chavdarovski : Eczéma, psoriasis : Les bienfaits méconnus de la cure thermale
Discipline : Dermatologie
Date : 10/04/2024
Affections chroniques et récidivantes, l’eczéma et le psoriasis sont des maladies difficiles à soigner même si médicaments et émollients permettent d’en soulager les symptômes. Méconnues, les vertus thérapeutiques des eaux thermales sont bien réelles et constituent une réponse alternative ou complémentaire aux patients touchés par ces dermatoses. Le point avec le Dr Petar Chavdarovski, dermatologue.
TLM : Ces affections dermatologiques sont-elles fréquentes ?
Dr Petar Chavdarovski : Ces dermatoses sont effectivement assez fréquentes dans l’ensemble. L’eczéma atopique, par exemple, concerne 10 à 15 % des enfants en Europe et environ 4 % de la population adulte. En France, plus de 2,5 millions de personnes sont touchées par cette maladie inflammatoire chronique de la peau qui résulte d’une anomalie de la réponse immunitaire et d’une déficience de la barrière cutanée. Il est à noter que la prévalence de la dermatite atopique est en nette augmentation ces dernières années dans les pays industrialisés. Dermatose prurigineuse, très souvent insomniante, elle a des répercussions importantes sur la qualité de vie globale des patients et entraîne par ailleurs un risque considérable de surinfection.
TLM : Connaît-on les raisons de cette augmentation ?
Dr Petar Chavdarovski : La dermatite atopique a une physiopathologie complexe et multifactorielle qui comporte notamment des facteurs génétiques (affectant la barrière cutanée) et environnementaux. L’augmentation observée peut en partie s’expliquer par la pollution, le stress qui est de plus en plus prédominant dans le monde ou encore certaines pathologies et effets indésirables de traitements médicamenteux. D’autres facteurs extérieurs comme un temps froid, un air sec ou encore certains produits d’hygiène sont incriminés dans le déclenchement de ces dermatoses.
TLM : Quelles sont les propriétés de l’eau thermale ?
Dr Petar Chavdarovski : Les eaux thermales revêtent des vertus curatives naturelles. En effet, la plupart d’entre elles contiennent notamment des bicarbonates, du sélénium, de la silice et du calcium. Une composition minérale qui leur confère des propriétés dermatologiques anti-inflammatoires, cicatrisantes et apaisantes. Le sélénium est un oligoélément qui entre dans la constitution de nombreuses enzymes et protéines et qui a pour rôle essentiel d’intervenir dans le métabolisme cellulaire. On lui reconnaît donc un pouvoir régulateur du système immunitaire au niveau de la peau, antioxydant et protecteur contre les UVA et UVB. Il présente également des vertus anti-inflammatoires. De son côté, la silice apaise l’épiderme irrité, accélère le processus de cicatrisation et améliore la souplesse et l’élasticité de la peau. Enfin les bicarbonates et le calcium sont des éléments nutritifs essentiels au renouvellement de la peau. En tout état de cause, aucun effet indésirable n’est à craindre lors d’une cure thermale qui promet une diminution rapide du prurit et de l’inflammation de la peau dans la grande majorité des cas grâce à un rééquilibrage du microbiome cutané.
TLM : Quelles en sont les principales indications ?
Dr Petar Chavdarovski : Les indications de ce type de cure peuvent varier d’un établissement thermal à l’autre, en fonction notamment des propriétés des eaux utilisées. Mais, généralement, les principales affections de peau concernées sont l’eczéma adulte et pédiatrique, le psoriasis, les séquelles cicatricielles de brûlure, les suites cutanées de traitements anticancéreux ou d’une chirurgie. Quoi qu’il en soit, c’est au praticien que revient le choix de la station thermale qui conviendra en fonction de l’affection qui touche son patient.
TLM : Et quels en sont les bénéfices attendus ?
Dr Petar Chavdarovski : Dans l’eczéma, une cure thermale permet un espacement des crises, une réduction des plaques et des démangeaisons, un meilleur sommeil et une épargne médicamenteuse. Quant au psoriasis, dermatose à l’évolution capricieuse liée fréquemment au stress, une cure thermale permet d’obtenir un blanchiment de la peau, un espacement des récidives et un sevrage lent des corticoïdes, le cas échéant.
TLM : Cure thermale, quelle place dans la stratégie thérapeutique ?
Dr Petar Chavdarovski : La médecine thermale se dispense dans le cadre d’une cure thermale prescrite par un médecin traitant ou spécialiste et se déroule sur une durée de 18 jours. Elle sera prise en charge à hauteur de 65 % par la Sécurité sociale, une fois par an. A mon sens, il ne faut pas hésiter à prescrire une cure thermale en première intention et ce dès l’apparition des premiers symptômes (peau sèche ou irritée, rougeurs, démangeaisons, lésions cutanées). Débuter la prise en charge de ces affections dermatologiques par une cure thermale permet d’abord d’observer ses effets sur la pathologie avant toute mise en place de traitement médicamenteux, mais aussi de rééquilibrer autant que possible le microbiome cutané. Dans certaines formes légères, une cure thermale associée à une bonne hydratation par application régulière d’émollients peut suffire à soulager le patient de façon durable. C’est la raison pour laquelle nous parlons aussi d’épargne médicamenteuse (certains traitements comme le méthotrexate et les biothérapies sont des traitements lourds) lorsque nous abordons les bénéfices attendus d’une telle cure.
TLM : Quel est le rôle du médecin généraliste dans la prise en charge de ces affections ?
Dr Petar Chavdarovski : Le médecin généraliste constitue la première instance à laquelle le patient fait appel, et peut tout à fait diagnostiquer lui-même ce genre d’affections (avant l’avis d’un spécialiste pour confirmation diagnostique en cas de doute). D’autant plus que les délais d’attente sont beaucoup moins longs en médecine générale qu’en dermatologie. Les bienfaits d’une cure thermale sont trop souvent méconnus alors qu’ils sont bien réels ! Les médecins généralistes ne doivent pas hésiter à en parler à leur patientèle.
Propos recueillis
par Anya Leyrahoux ■