• Dr Philippe Nuss : Stress, troubles du sommeil : Les apports de la phytothérapie

Philippe Nuss

Discipline : Psychiatrie, Psychologie

Date : 13/01/2026


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Dans les cabinets de médecine générale, les plaintes liées au stress et au sommeil sont en forte progression. Face aux limites des hypnotiques, les solutions à base de plantes suscitent un intérêt croissant. Philippe Nuss, responsable de l’unité de Psychiatrie de jour à l’hôpital Saint-Antoine (Paris) et chercheur, revient sur la place que peuvent prendre ces approches dans une stratégie globale.

 

TLM : Pourquoi les troubles du sommeil sont-ils devenus un motif de consultation si fréquent ?

Dr Philippe Nuss : La plainte liée au sommeil est très fréquente et s’explique à la fois par des facteurs biologiques et par une dimension psycho-sociologique. À côté des troubles clairement identifiés, dans lesquels la symptomatologie du sommeil est centrale et nécessite parfois une approche très spécialisée, il existe des plaintes sous-tendues par l’idée qu’une journée ne peut pas bien se passer si la nuit a été imparfaite. Cette plainte correspond souvent au besoin ressenti d’être en permanence au meilleur de sa forme dans un monde très exigeant.

 

TLM : Comment prenez-vous en compte le stress ?

Dr Philippe Nuss : À l’origine, le stress est une réaction adaptative positive. Le problème survient lorsqu’il se prolonge ou devient disproportionné. Le stress chronique est associé à différentes manifestations telles que l’hypervigilance, le mentisme obsédant sur les inquiétudes, des conduites d’évitement et le besoin accru de sécurité, notamment la nuit. Cette hypervigilance empêche le « lâcher prise » et favorise le recours aux hypnotiques avec les risques bien connus, notamment chez le sujet âgé. Le besoin de réassurance par le contrôle est tout à fait compréhensible.

 

TLM : Dans ce contexte, comment accompagnez-vous concrètement les patients ?

Dr Philippe Nuss : Le premier temps consiste en une exploration fine de la plainte : quels sont les éléments constitutifs de la difficulté d’endormissement, des réveils nocturnes, de la fatigue matinale ou de la fatigabilité diurne, de la mauvaise perception subjective de la qualité du sommeil… Une fois ce premier tamisage effectué, peuvent émerger des manifestations telles que l’anxiété, la tension physique, les problèmes de respiration, ou bien des éléments psychiatriques ou spécifiques au sommeil. Dans tous les cas, les mesures d’hygiène de vie méritent d’être rappelées : régularité des horaires, réduction des écrans le soir, activité physique régulière à distance du sommeil, aménagement de la chambre, en évitant que le lit ne devienne un lieu de repas, de travail ou d’écrans.

 

TLM : Quelle place accordez-vous aux solutions à base de plantes dans cette prise en charge globale ?

Dr Philippe Nuss : Deux approches phytothérapeutiques peuvent être envisagées. La première concerne la journée, avec une action sur l’anxiété légère à modérée et les manifestations du stress. La seconde cible l’endormissement. Les extraits de plantes n’agissent pas comme des hypnotiques au sens strict : plusieurs cibles pharmacologiques agissent en synergie. Le sommeil s’améliore progressivement à mesure que le système nerveux se régule.

 

TLM : Vous avez récemment participé au Congrès français de Psychiatrie à Cannes, où un symposium était consacré à la phytothérapie. Qu’en retenez-vous ?

Dr Philippe Nuss : Les données présentées montrent une évolution importante des concepts en phytothérapie : identification et standardisation des substances actives, meilleure compréhension des mécanismes d’action et émergence de nouveaux paradigmes, comme la pharmacologie en réseau.

Des études cliniques rigoureuses confirment aujourd’hui l’efficacité de certains extraits titrés dans les troubles légers à modérés du sommeil et de l’anxiété.

 

TLM : La passiflore est souvent citée dans les troubles légers du sommeil. Quel est son intérêt et quelles précautions d’emploi faut-il connaître ?

Dr Philippe Nuss : La passiflore exerce une action apaisante grâce à un ensemble de molécules actives ciblant de façon complémentaire plusieurs récepteurs impliqués dans la régulation de l’anxiété.

Les extraits secs standardisés garantissent une teneur constante en actifs.

L’effet est progressif : diminution de l’hypervigilance, facilitation de l’endormissement et stabilisation du sommeil au fil des semaines. Ces plantes sont globalement très bien tolérées. La principale vigilance concerne la qualité des produits. Sur Internet, l’offre est vaste, mais la provenance et la titration des extraits ne sont pas toujours garanties. Les préparations disponibles en pharmacie, issues de laboratoires assurant standardisation et traçabilité, sont donc à privilégier. Les interactions médicamenteuses doivent aussi être envisagées, même si rarement significatives.

 

TLM : Proposer ces traitements, est-ce pleinement le rôle du médecin généraliste ?

Dr Philippe Nuss : Oui. Le rôle du médecin généraliste est d’accompagner les difficultés de vie des patients en lien avec leur santé. Au-delà de l’amélioration de la qualité de vie, l’approche médicale, y compris en phytothérapie, vise à agir sur les causes des troubles autant que sur leurs conséquences. Dans les troubles du sommeil, fréquents et souvent chroniques, un arbitrage thérapeutique fondé sur le rapport efficacité/tolérance entre phytothérapie et hypnotiques est pertinent. Cette approche s’inscrit dans des cadres cliniques et pharmacologiques dits « en réseau », où interagissent, au-delà du sommeil stricto sensu, des éléments d’hygiène de vie et des facteurs psychologiques. L’identification de facteurs centraux, comme certaines croyances sur le sommeil, permet de repenser la causalité et d’ouvrir d’autres pistes thérapeutiques. En phytothérapie, l’action ne repose pas sur une molécule unique, mais sur plusieurs composés agissant progressivement en synergie sur différents récepteurs.

 

TLM : Comment voyez-vous l’avenir de la prise en charge des troubles du sommeil ?

Dr Philippe Nuss : Les pistes sont nombreuses : mélatonine, activité physique, recherches sur l’hyperéveil… La difficulté réside dans la manière de faire concevoir aux patients, qui l’ont néanmoins souvent pressenti mais pas toujours intégré, qu’une réponse immédiate à l’aide d’une molécule puissante, mais à risque, n’est pas nécessairement la meilleure solution. Les plantes comme la passiflore, intégrées à une stratégie globale d’hygiène de vie, peuvent accompagner ce changement de paradigme.

Propos recueillis

par Zoé Levenez

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