Dr Sarah Dumont : Contre le glioblastome, mettre en place précocement les TTFields
Discipline : Oncologie, Dépistage
Date : 10/04/2025
Dans le traitement du glioblastome, Optune Gio®, dispositif doté d’électrodes à haute intensité permettant d’envoyer des champs électriques antimitotiques (TTFields) dans la tumeur, change la prise en charge.
Explications du Dr Sarah Dumont, oncologue médicale, neuro-oncologue à Gustave-Roussy.
© Christine Ledroit-Perrin
TLM : En quoi l’arrivée des TTFields comme nouveau traitement du glioblastome a-t-elle changé vos pratiques à l’hôpital ?
Dr Sarah Dumont : Le taux d’acceptation des patients augmente avec l’acculturation des praticiens. Ce dispositif novateur convainc de plus en plus médecins. Les études sont catégoriques, avec une réactualisation des données de l’essai EF14 et l’étude « Trident », qui en association avec la radiothérapie et le témozolomide a évalué la pertinence de mettre en place plus précocement les TTFields. Les réactualisations des résultats ont montré l’efficacité de ce dispositif. Jusqu’à présent, dans le gliome malin, seul le protocole de Stupp avait été validé en 2005 comme traitement standard. Les TTFields sont venus changer la prise en charge en augmentant la survie moyenne des patients de trois à quatre mois mais, surtout, avec ce traitement la courbe de survie des longs survivants double comme le montre l’étude « Tiger », ce qui est un réel progrès dans la prise en charge de cette maladie très agressive.
TLM : Vos patients doivent-il porter l’électrode en permanence pour ne pas rechuter ?
Dr Sarah Dumont : Le dispositif est doté d’électrodes à basse intensité permettant d’envoyer ces champs électriques antimitotiques (TTFields) dans le site de la tumeur.
Ainsi, ces électrodes sont placées sur la voute crânienne pour délivrer un champ électrique à très basse intensité qui perturbe la phase de réplication des cellules cancéreuses cérébrales et améliore la survie des patients tout en réduisant les risques de rechute. Le marquage CE (équivalent de l’AMM pour les dispositifs médicaux) prévoit de le porter 18 heures par jour, mais de nombreuses données montrent que la durée de port est totalement corrélée avec l’efficacité et la survie. En tant que praticienne, je reste toutefois pragmatique et propose de porter le TTFields toute la nuit et jusqu’à 18 heures, puis de l’enlever en début de soirée pour passer un moment en famille, sans l’électrode. En termes de durée du traitement, le port du dispositif est prévu pendant deux ans mais depuis l’obtention du marquage CE et le remboursement par la Sécurité sociale, les patients sont désormais autorisés à le porter au long cours. En pratique, les patients arrêtent le traitement au bout de quelques mois, compte tenu des contraintes liées au port du dispositif. Il s’agit de décisions partagées avec les patients et les patientes en évaluant le bénéfice/risque sur la qualité de vie. Au-delà de la première rechute de la maladie, le marquage CE autorise les TTFields. Et, dans ce cas, il nous est plus difficile de convaincre les patients de continuer à porter le dispositif.
TLM : Quels sont les patients éligibles à ce dispositif ?
Dr Sarah Dumont : Optune Gio® est prescrit en association avec le témozolomide pour le traitement d’entretien, après chirurgie et radiochimiothérapie des patients adultes atteints d’un glioblastome nouvellement diagnostiqué. Le rôle de l’aidant est crucial dans l’acceptation. Pour certains patients peu entourés, les électrodes ne seront pas bien placées et le traitement serait inefficace, même si l’équipe d’Optune Gio®, joignable via une hotline, suivra les patients au cas où les électrodes se détacheraient et/ou des problèmes de réaction cutanée d’intolérance aux patchs se produiraient. Notre service peut également prescrire une infirmière qui passe au domicile. Autre frein au dispositif : les électrodes doivent être placées sur un crâne rasé et il faut convaincre les patients et les patientes de renoncer à leurs cheveux. Nous autres praticiens devons encore faire beaucoup de travail sur nous-mêmes quant à notre façon de présenter le dispositif pour convaincre les patients d’y adhérer. Et ce d’autant que ce traitement change vraiment la prise en charge du glioblastome et augmente la durée de vie. Pour ma part, je suis extrêmement motivée et extrêmement convaincue par l’efficacité des TTFields.
TLM : Quel peut être le rôle des médecins généralistes dans le suivi ?
Dr Sarah Dumont : Le fait de savoir que ce dispositif est rentré dans l’arsenal thérapeutique et incontournable dans le traitement de glioblastome est extrêmement précieux.
Même si j’exerce dans un grand centre spécialisé en oncologie, je suis confrontée à une difficulté : la méconnaissance des TTFields par les patients. Je suis sûre que le taux d’acceptation serait plus élevé si, dès le début de leur traitement, les patients y avaient été sensibilisés, en complément de la chirurgie et de la radiothérapie. Il est crucial que les médecins généralistes connaissent le traitement car ce sont les premiers à voir en consultation ces patients pour les passer en ALD, discuter de la poursuite de leur travail ou pas… Nous avons besoin d’avoir plusieurs relais ainsi qu’une cohérence et une culture commune. La confiance du patient se gagne aussi par une communauté de médecins alignés dans les bonnes pratiques. Par ailleurs, les généralistes ont un rôle à jouer dans le dépistage en prescrivant une IRM cérébrale pour leurs patients qui ont une crise d’épilepsie, cachant parfois la survenue d’un gliome de bas grade.
TLM : Quelles sont les autres innovations à venir dans le glioblastome ?
Dr Sarah Dumont : Outre Optune Gio® qui a permis un gain d’espérance de vie, nous n’avons pas encore à notre disposition d’immunothérapies pour s’attaquer au glioblastome, mais nous restons absolument convaincus que les thérapies cellulaires (CAR-T Cells), qui font l’objet de recherches, s’annoncent prometteuses. En outre, dans l’intelligence artificielle, la transcriptomique spatiale est porteuse d’espoirs. Il s’agira d’analyser l’hétérogéité tumorale région par région, pour mieux analyser le rôle et l’implication des cellules cancéreuses, pour déterminer où orienter la radiothérapie et identifier des corrélations entre différents facteurs qui permettront de mieux sélectionner les patients. Enfin, le démembrement de l’entité glioblastome devrait permettre d’établir des profilages moléculaires de la tumeur et d’avoir accès à une médecine personnalisée.
Propos recueillis
par Christine Colmont ■





