Dr Sylvie Meaume : Maladie veineuse : Quel type de compression choisir ?
Discipline : Dermatologie
Date : 08/01/2025
Contrairement aux idées reçues, le traitement de l’ulcère de jambe ne repose pas que sur la pose de pansements.
Il nécessite impérativement l’association d’un pansement hydrocellulaire (dans la majorité des cas) à un dispositif compressif adapté.
Les explications du Dr Sylvie Meaume, dermatologue et vénérologue à l’hôpital Rothschild à Paris.
TLM : Qu’entend-on par maladie veineuse ?
Dr Sylvie Meaume : La maladie veineuse est une affection chronique qui touche les veines superficielles et/ou profondes. L’atteinte peut être plus ou moins importante allant des jambes lourdes jusqu’à l’ulcère de jambe. Cette affection est très fréquente et sa prévalence augmente avec l’âge. En outre, il n’est pas rare de voir une artérite apparaître en population plus âgée avec des patients qui peuvent donc présenter une maladie à la fois veineuse et artérielle, avec des ulcères de surcroît.
TLM : Des facteurs de risque ont-ils été identifiés ?
Dr Sylvie Meaume : Si les troubles veineux sont souvent d’origine familiale, ils sont également favorisés par la station debout prolongée, les grossesses multiples, et les antécédents de phlébites. Par ailleurs, tout type de chirurgie ayant entraîné la survenue de phlébites comme les chirurgies orthopédiques des membres inférieurs et la chirurgie du petit bassin figurent aussi parmi les facteurs de risque. Enfin, une prédominance féminine est observée.
TLM : Si les troubles veineux constituent l’indication la plus fréquente des dispositifs de compression, pouvez-vous nous en expliquer le mécanisme d’action ?
Dr Sylvie Meaume : La compression médicale est en effet le traitement indispensable des affections veineuses chroniques à partir du stade C2 (varices ≥ à 3mm). Elle permet une amélioration de la fonction de pompe musculaire et des valvules (sortes de petits clapets anti-retour), mais aussi une diminution du calibre des veines et une augmentation de la vitesse de circulation du sang. La stase veineuse est ainsi évitée. La HAS recommande d’utiliser des kits multitypes, c’est-à-dire en général au moins deux bandes de nature différentes, qu’on superposera ensuite l’une sur l’autre. Soulignons que cela nécessitera de trouver un chaussage adapté.
Et s’il est vrai que ce type de dispositif compressif n’est pas esthétique, il faut bien comprendre qu’un ulcère de jambe ne guérira pas si le patient ne porte pas sa compression !
TLM : Comment choisir parmi les différents types de traitements compressifs ?
Dr Sylvie Meaume : Les recommandations de la HAS sur la compression médicale dans les affections veineuses chroniques datent et ne sont pas véritablement actualisées, mais elles demeurent en vigueur aujourd’hui. Globalement, le choix du traitement compressif va dépendre de la présence ou non d’une plaie. Si le patient ne présente pas de plaie, les bas (chaussettes, bas cuisse ou collants) seront recommandés, tandis qu’en présence d’une plaie, les bandes compressives seront indiquées en raison notamment de la nécessité de mettre un pansement.
TLM : Mais alors quel type de pansement associer au traitement compressif ?
Dr Sylvie Meaume : Le choix du pansement va dépendre de l’aspect, de l’environnement et de l’évolution de la plaie. Son utilisation se fait effectivement en fonction de l’état de la plaie et du niveau d’exsudat. Aujourd’hui, nous avons une multitude de pansements techniques a notre disposition qui nous permettent de répondre aux besoins de chaque patient. S’agissant des ulcères de jambe, plaie exsudative par excellence, il est à noter que leur cicatrisation intervient en milieu humide.
L’exsudat joue un role majeur dans ce processus, notamment en maintenant l’environnement de la plaie humide, en provoquant l’autolyse des tissus nécrosés et en favorisant la migration des cytokines et des cellules. Le soin de ce type de plaie nécessite, par conséquent, de trouver le juste équilibre entre un assèchement trop important de l’exsudat qui risque d’empêcher la cicatrisation et de provoquer la formation de croûtes, et une absorption insuffisante de ce liquide qui risque de favoriser le suintement et la macération de la plaie et, in fine, d’exposer a un risque d’infection et d’inconfort pour le patient. Le médecin ou l’IDE prescrira des pansements hydrocellulaires superabsorbants, en veillant à les appliquer directement sur la plaie et à ne pas les superposer sur d’autres pansements. Remboursés par l’Assurance maladie, ils présentent l’avantage de ne pas relarguer les exsudats qu’ils absorbent, y compris lors d’un traitement compressif associé. Et tant qu’il persiste une plaie, le dispositif compressif devra rester en place et ce jusqu’à cicatrisation complète. Faute de
quoi, la plaie ne cicatrisera pas !
TLM : Pourquoi une évaluation vasculaire doit-elle être systématiquement réalisée avant prescription ?
Dr Sylvie Meaume : Une évaluation vasculaire est en effet obligatoire avant toute prescription de compression et devra être réalisée par un médecin vasculaire. Elle permet d’identifier le dispositif compressif et le traitement le plus adapté, mais également de s’assurer de l’absence de toute contre-indication. Une des contre-indications générales de ce traitement est l’artériopathie oblitérante des membres inférieurs (AOMI) avec un indice de pression systolique inférieur à 0,6.
TLM : A l’approche des journées cicatrisation 2025, de nouvelles recommandations sont-elles attendues ?
Dr Sylvie Meaume : Pas particulièrement. En revanche, le domaine des plaies et cicatrisation fait l’objet de nombreuses recherches et avancées chaque année.
Nous devrions assister à la présentation de multiples dispositifs très innovants lors de ces journées.
Propos recueillis
par Marie Ruelleux ■