• Dr Thuy-Giao Pham : Traiter la gale et éviter les récidives

Thuy-Giao Pham

Discipline : Dermatologie

Date : 10/04/2024


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Dermatose très contagieuse provoquée par un parasite, le sarcopte, la prise en charge de la gale répond à la fois à des règles d’hygiène méticuleuses — pour la personne atteinte comme pour son entourage — et à des traitements médicamenteux topiques et par voie orale, rappelle le Dr Thuy-Giao Pham, dermatologue au Centre hospitalier intercommunal de Créteil (CHIC).

 

TLM : La gale est-elle vraiment très fréquente ?

Dr Thuy-Giao Pham : La gale est une dermatose très contagieuse liée à un parasite, le sarcopte, qui se transmet directement d’une personne à l’autre en général. Il est plus rarement possible de se contaminer via le linge d’une personne infestée. Les contaminations surviennent le plus souvent lors de contacts rapprochés d’une personne infestée avec son entourage. Dans les pays occidentaux, il y aurait chaque année entre 300 et 350 cas pour 100 000 habitants, sachant que la prévalence est plus faible dans les pays développés que dans ceux en voie de développement. Les enfants sont plus particulièrement concernés du fait de la promiscuité en milieu scolaire ou dans les crèches. Mais on enregistre régulièrement aussi des épidémies de gale dans les établissements pour personnes âgées dépendantes.

 

TLM : Sur quels symptômes doit-on suspecter une gale ?

Dr Thuy-Giao Pham : Le principal symptôme, ce sont des démangeaisons, avec une recrudescence le soir, la nuit. Des lésions cutanées spécifiques comme les vésicules, les nodules et les sillons sont présentes au niveau des espaces interdigitaux et à la face antérieure des poignets. On peut parfois également les trouver sur les seins ou les parties génitales. Il y a également souvent des lésions de grattage. Chez les enfants, on peut trouver les lésions sur les mains, les pieds, les aisselles, le visage. La principale complication est une impétiginisation en cas de surinfection bactérienne. Chez les personnes âgées, les symptômes sont parfois moins spécifiques, avec moins de démangeaisons. Il existe des formes sévères (diffuse ou hyperkératosique) avec uneprésentation plus diffuse qui peut faire évoquer de l’eczéma ou du psoriasis. Les symptômes doivent être recherchés par l’interrogatoire parmi tous les membres de la famille. Le contexte de cas groupés au sein d’une même famille ou dans un EHPAD contribue à appuyer le diagnostic.

 

TLM : Faut-il effectuer des examens complémentaires ?

Dr Thuy-Giao Pham : Le diagnostic est clinique. De manière générale, il n’est pas difficile à faire. Il repose sur l’interrogatoire et l’examen clinique. Il est possible — mais rarement nécessaire— de le confirmer avec un dermatoscope (une lampe dotée de loupe qui grossit par dix les lésions) et qui permet de constater le sillon avec, à son extrémité, un triangle brunâtre, le sarcopte. En cas de doute, un prélèvement parasitologique, par grattage des lésions spécifiques, envoyé au laboratoire pour un examen au microscope peut être effectué. Il permet de visualiser les sarcoptes qui mesurent entre 0,3 et 0,5 millimètre. En pratique quotidienne, cet examen parasitologique est rarement effectué, hormis dans le cadre d’essais ou de recherche médicale ou en cas de doute diagnostique. Quand un enfant se gratte et présente des lésions spécifiques, la présence d’autres cas dans la famille est un argument de plus en faveur du diagnostic.

 

TLM : Comment prendre en charge la gale ?

Dr Thuy-Giao Pham : La prise en charge repose sur trois axes, il faut traiter l’enfant, l’entourage (qu’il soit symptomatique ou pas) et désinfecter le linge de corps et celui des lits. Actuellement, trois principaux traitements peuvent être prescrits. Il existe des traitements topiques et des médicaments par voie orale. Pour ce qui est des traitements topiques, il s’agit d’abord du benzoate de benzyle à 10 % (l’ascabiol) en émulsion cutanée à appliquer sur tout le corps, du cuir chevelu aux pieds, car il peut y avoir des parasites sur toute la peau. Il y a également la perméthrine en crème à 5 % à appliquer aussi sur tout le corps. Ces traitements doivent être laissés en place toute la nuit. Le troisième traitement, le seul par voie orale, c’est l’ivermectine, contre-indiqué chez les enfants de moins de deux ans ou de moins de 15 kilos et chez la femme enceinte. A noter que, chez les personnes âgées, la forme orale est contre-indiquée en cas d’insuffisance hépatique. Quel que soit le produit utilisé il est important de traiter systématiquement les cas contacts intrafamiliaux pour éviter les rechutes, même en l’absence de symptômes. Ces traitements, qui possèdent une efficacité équivalente, doivent être effectués deux fois à sept jours d’intervalle, car les produits contre la gale ne sont pas actifs sur les œufs du parasite. Ils ne détruisent que le sarcopte.

 

TLM : Quelle est la conduite à tenir dans les formes de gale très sévère ?

Dr Thuy-Giao Pham : Parfois, mais c’est rare, certains patients souffrent d’une forme de gale sévère, profuse, avec l’atteinte d’une grande surface du corps et des lésions hyperkératosiques ou suintantes. Il s’agit souvent de personnes âgées chez qui le diagnostic a été tardif du fait de symptômes atypiques. Il est alors préconisé une prise en charge associant le traitement oral et un traitement local à répéter 7 jours après. Une nouvelle prise de traitement oral est préconisée 14 jours après le début du traitement.

 

TLM : Et pour éviter les recontaminations ?

Dr Thuy-Giao Pham : En même temps que les traitements, l’environnement doit être décontaminé, en particulier le linge et la literie. Le sarcopte peut survivre dans le milieu extérieur pendant un ou deux jours, mais pas à des températures supérieures à 60 degrés. Pour décontaminer le linge, il existe plusieurs possibilités : soit le lavage en machine à 60°C au moins, lorsque cela est possible, soit la désinfection avec un acaricide. Dans ce cas, le linge est stocké dans un sac en plastique pendant au moins trois heures avec un produit acaricide acheté en pharmacie. Il est aussi possible de mettre ce linge en quarantaine pendant trois jours dans un sac plastique conservé à température ambiante. Autre possibilité : enfermer les vêtements fragiles et notamment les doudous dans un sac à conserver pendant 48 heures au congélateur. Enfin, Il ne faut pas oublier de traiter le matelas, le mobilier, la poussette, les sièges de la voiture, le canapé… idéalement avec un antiparasitaire en pulvérisation. Ce traitement de l’environnement nécessite d’être un tant soit peu méticuleux. Si cette prise en charge globale est effectuée de manière rigoureuse, il n’y a pas de risque de récidive.

Propos recueillis

par le Dr Clémence Weill

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