Dre Odile Bagot : Solutions naturelles pour les troubles de la ménopause et périménopause
Discipline : Gynécologie, Santé de la Femme
Date : 08/07/2024
Trois femmes ménopausées sur quatre souffrent de bouffées de chaleur, des troubles très invalidants. Aux côtés du traitement hormonal de la ménopause (THM) tant redouté par beaucoup de femmes, des solutions naturelles et souvent efficaces existent. Entretien avec la Dre Odile Bagot, gynécologue-obstétricienne à Strasbourg, auteure de « Ménopause, pas de panique ! »
TLM : Pourquoi et comment la ménopause survient-elle ?
Dre Odile Bagot : Phénomène purement physiologique, la ménopause est confirmée à partir d’une année complète sans règles. Elle intervient généralement autour de 51 ans et correspond à l’épuisement du stock folliculaire de l’ovaire. La ménopause s’accompagne fréquemment de manifestations cliniques appelées « troubles climatériques » au premier chef desquels se trouvent les bouffées de chaleurs, mais aussi les troubles de l’humeur et du sommeil, ainsi que le syndrome génito-urinaire de la ménopause (SGUM) accompagné d’altérations de la muqueuse vaginale avec sécheresse et des troubles urinaires qui s’aggravent du fait de la carence œstrogénique. Par ailleurs, cette période est marquée par une augmentation des risques vasculaires et par une diminution de la minéralisation osseuse augmentant par conséquent le risque d’ostéoporose.
TLM : Comment distinguer ménopause et périménopause ?
Dre Odile Bagot : Désormais, on préfère le terme de « transition ménopausique » à celui de périménopause. Elle peut débuter jusqu’à cinq ans avant la ménopause confirmée et se manifeste par une alternance de périodes d’hyperœstrogénie relative par manque de progestérone et de périodes d’hypoœstrogénie sévère. Lors de ces dernières, comme en ménopause, une absence de cycle et de règles est observée et les premiers troubles climatériques apparaissent, en particulier les bouffées de chaleur. Cliniquement, les phases d’hyperœstrogénie relative par manque de progestérone sont marquées par des cycles plus courts — entre 21 et 24 jours — avec des règles plus abondantes et plus longues. On parle ici de ménométrorragies auxquelles peut s’ajouter une accentuation du syndrome prémenstruel. Au fur et à mesure qu’on se rapproche de la ménopause confirmée, les périodes d’aménorrhée avec hypoœstrogénie vont être plus fréquentes et plus longues.
TLM : Quelle est la proportion des femmes souffrant de bouffées de chaleur au cours de cette période ?
Dre Odile Bagot : D’intensité, de fréquence et de tolérance variables, les troubles vasomoteurs touchent trois femmes sur quatre. Et on sait aujourd’hui qu’après une durée de sept ans, la moitié des femmes touchées les déplorent encore. Enfin, si les mécanismes précis provoquant les bouffées de chaleur demeurent inconnus, on considère néanmoins qu’elles sont dues à la perturbation du mécanisme de thermorégulation dans l’hypothalamus. Ces troubles vasomoteurs sont donc très probablement associés aux changements intervenant au niveau des neurotransmetteurs du système nerveux central.
TLM : Des facteurs déclenchants ou aggravants ont-ils été identifiés ?
Dre Odile Bagot : Le sujet est très controversé. La plupart des études mentionnent que les femmes en surpoids y sont plus sujettes parce qu’elles auraient plus de mal à évacuer ces bouffées de chaleur. En revanche, elles bénéficient d’une sécrétion œstrogénique résiduelle qui les exposent moins à une carence œstrogénique sévère. Et l’activité physique n’a malheureusement pas démontré de réel intérêt protecteur. S’il n’existe pas vraiment de moyens de prévenir ces bouffées de chaleur, quelques petites astuces permettent toutefois de mieux les supporter : utiliser un éventail, faire lit commun et couettes séparées avec son partenaire afin de mieux gérer les fluctuations de température du corps (pratique très répandue dans les pays scandinaves), éviter les pièces chaudes, les mets épicés et privilégier les matières légères comme le coton.
TLM : Peut-on avoir recours aux plantes pour soulager les bouffées de chaleur ?
Dre Odile Bagot : Certaines plantes peuvent en effet être proposées pour soulager les troubles attribués à la ménopause. Les phytoœstrogènes (isoflavones et lignages) figurent parmi les plantes les plus utilisées dans cette indication. On retrouve notamment le soja, le trèfle, la luzerne, le houblon, le fenouil. Sous forme de complément alimentaire, ils sont contre-indiqués en cas d’antécédent personnel de cancer du sein. L’actée à grappes noires (ou cimifuga) quant à elle agirait à la fois au niveau central et au niveau périphérique des troubles vasomoteurs.
TLM : Quelles autres solutions naturelles envisager dans la prise en charge de ce symptôme invalidant ?
Dre Odile Bagot : La bêta-alanine, un acide aminé pur, agirait sur les phénomènes de vasodilatation périphérique comme inhibiteur non hormonal des bouffées de chaleur de la ménopause. À raison d’un à trois comprimés par jour il ne présente ni effet secondaire ni précaution d’emploi. Si son efficacité est relative, il faut ici souligner que l’effet placebo des traitements contre les troubles vasomoteurs est de l’ordre de 50 %, et c’est tant mieux ! À cela s’ajoutent les solutions d’aromathérapie : la sauge sclarée est proposée traditionnellement, mais le cyprès, l’anis vert et la menthe sont aussi réputés pour leurs propriétés régulatrices. Toutefois, attention aux contre-indications pour les huiles essentielles de type œstrogénique. Enfin, les compléments alimentaires présentent un réel intérêt pour soulager les femmes. Associant différentes plantes (comme l’ashwagandha et le safran qui agissent sur les troubles climatériques, que ce soient les bouffées de chaleur ou les troubles de l’humeur et du sommeil), mais aussi des vitamines (en particulier des vitamines B6 et B9), ces complexes nutritionnels rencontrent généralement un taux de satisfaction assez élevé chez les femmes interrogées.
TLM : Ces solutions présentent-elles des risques ?
Dre Odile Bagot : Les femmes présentant une contre-indication hormonale (antécédents de cancer du sein) ne doivent pas consommer de plantes contenant des phytoœstrogènes.
TLM : Ces solutions naturelles sont-elles aussi efficaces contre d’autres symptômes liés à la diminution du taux d’œstrogènes ?
Dre Odile Bagot : En effet, certaines de ces solutions ont démontré des taux de satisfaction élevés à travers des études observationnelles. Particulièrement connue pour ses propriétés adaptogènes intéressantes chez les femmes à la ménopause, l’ashwagandha est très étudiée pour ses propriétés sur les troubles psychologiques tels que les troubles du sommeil et l’anxiété. Par ailleurs, l’huile de bourrache et les oméga 3 pourraient avoir un effet sur la muqueuse vaginale, mais cela reste plus difficile à démontrer.
Propos recueillis
par Marie Ruelleux ■