Dre Sylvie Meaume : La génération des pansements dits « techniques » et « modernes »
Discipline : Dermatologie
Date : 10/04/2024
Les plaies se distinguent notamment en fonction de leur origine et de leur durée de cicatrisation. S’ils ont fait l’objet de progrès techniques considérables ces dernières années, le choix des pansements reste crucial pour favoriser la cicatrisation et doit se faire en fonction de l’aspect, de l’environnement et de l’évolution de la plaie.
Le point avec la Dre Sylvie Meaume, dermatologue et vénérologue à l’hôpital Rothschild (AP-HP) à Paris.
TLM : Quelles sont les grandes étapes de cicatrisation d’une plaie ?
Dre Sylvie Meaume : On distingue les plaies aiguës qui sont majoritairement d’origine chirurgicale ou traumatique, des plaies chroniques dont les principales sont les ulcères de jambes (plaies d’origine vasculaire), les escarres (plaies de pression) ou encore les plaies du pied diabétique, liées à une neuropathie et/ou une artériopathie. Si les premières cicatrisent en moins de six semaines — on parle de cicatrisation dirigée lorsque le chirurgien utilise par exemple des agrafes ou des sutures —, les plaies chroniques sont des plaies qui vont traîner et mettre plus de six semaines à cicatriser, et souvent beaucoup plus. Et les différentes étapes de cicatrisation ne sont pas exactement les mêmes en fonction du type de plaie. Les plaies aiguës traumatiques débutent par une phase initiale d’hémostase durant laquelle il faut arrêter le saignement. Ensuite, il y une phase de prolifération des cellules du derme qui s’effectue puis la couverture de la plaie par l’épiderme et, enfin, un remodelage de la cicatrice se produit. Pour les plaies chroniques, la première phase est inflammatoire. Certains tissus étant morts, la détersion est ici essentielle. Elle vise à retirer la fibrine et la nécrose présentent à la surface de la plaie pour permettre la cicatrisation et éviter les complications infectieuses. Elle est ensuite suivie des phases de bourgeonnement et d’épidermisation classiques.
TLM : Comment choisir le pansement le plus adapté ?
Dre Sylvie Meaume : En premier lieu, il faut bien garder à l’esprit que, quel que soit le type de plaie, son traitement doit d’abord être celui de son étiologie. Ensuite, le choix du pansement va dépendre de l’aspect, de l’environnement et de l’évolution de la plaie. Son utilisation se fait effectivement en fonction de l’état de la plaie et du niveau d’exsudat. Aujourd’hui, nous avons une multitude de pansements techniques à notre disposition qui nous permettent de répondre aux besoins de chaque patient. Les premiers pansements dont nous avons pu bénéficier en pratique sont les pansements hydrocolloïdes qui sont apparus au début des années 80. Ce sont les premiers pansements dis « techniques », capables d’agir sur l’environnement de la plaie. D’autres classes de pansements sont ensuite arrivées sur le marché avec des gammes de produits de plus en plus larges pour tenter de toujours mieux prendre en charge les différentes phases du processus de cicatrisation. Par exemple, la phase de détersion peut, si la plaie est sèche, être facilitée par l’application de pansements riches en eau (hydrogels). A l’inverse, si la plaie est humide, des pansements à base de fibres — comme les pansements alginates ou à fibres à haut pouvoir absorbant — maintiennent l’humidité sur la plaie et complètent la détersion mécanique. Lors des phases de bourgeonnement et d’épidermisation, les pansements maintenant la plaie dans un milieu chaud et humide (pansements hydrocellulaires) sont les plus largement utilisés. D’autant plus qu’ils permettent d’espacer les changements de pansements, un des moments les plus douloureux pour le patient. Des progrès notables ont ainsi été réalisés pour améliorer la qualité de vie des patients avec des pansements plus confortables grâce à leur forme et leur taille adaptées aux plaies.
TLM : Quid des dernières innovations en matière de pansement ?
Dre Sylvie Meaume : Des pansements dits « booster » du processus de cicatrisation sont apparus il y a une dizaine d’années environ. Dans la prise en charge des plaies chroniques, ces pansements techniques modernes imprégnés de substances actives permettent, par exemple, de rééquilibrer et réguler les enzymes présentes dans la plaie qui sont responsables du retard de cicatrisation. Ces dernières sont ainsi éliminées pour laisser proliférer des facteurs de croissance à la place. Généralement, un gain de temps de plusieurs mois est obtenu grâce à ces pansements modernes qui présentent donc un intérêt réel en pratique, aussi bien pour le patient que pour le soignant. D’autant plus qu’ils sont totalement emboursés par la Sécurité sociale !
TLM : L’enjeu de la douleur est-il assez pris en compte aujourd’hui selon vous ?
Dre Sylvie Meaume : La prise en charge de la douleur en cicatrisation est une étape essentielle dans le protocole de soins, aussi bien pour améliorer la qualité de vie et le confort des patients que pour favoriser l’observance du traitement. Auparavant, les pansements disponibles pouvaient coller à la plaie et arracher par là même le nouveau bourgeon formé. D’autant plus que le rythme de changement était à l’époque quasi quotidien pendant plusieurs mois ! Aujourd’hui, les dispositifs médicaux ont pris en compte cet enjeu de la douleur, ce qui est une bonne chose. Ils permettent d’espacer les changements de pansements. En revanche, il est dommage que la prise en charge de la douleur ne soit pas un objectif principal dans les études demandées par la HAS.
TLM : Et dans les années à venir, pensez-vous qu’un pansement unique aurait sa place ?
Dre Sylvie Meaume : A mon sens, ce projet ne présente aucun intérêt. En effet, les plaies ne sont pas uniques et les patients non plus. On peut toujours imaginer que l’un d’entre eux développe une allergie à l’un des composants du pansement. Ces dispositifs médicaux doivent pouvoir répondre aux besoins au cas par cas. D’autant plus que cette concurrence est très saine selon moi, car elle pousse les industriels à imaginer des pansements toujours plus intelligents et plus performants.
Propos recueillis
par Anya Leyrahoux ■