• Pr Antoine Avignon : Prévenir les ulcérations du pied chez les personnes vivant avec le di

Antoine Avignon

Discipline : Cardiologie

Date : 10/04/2025


15 % des diabétiques présentent une ulcération du pied au cours de leur vie.

D’où l’importance d’être attentif aux signes d’alerte. Le point avec le Pr Antoine Avignon, chef du pôle Endocrino-Diabéto-Nutrition au CHU de Montpellier.

 

TLM : Pourquoi les pieds des diabétiques sont-ils fragiles ?

Pr Antoine Avignon : Le diabète entraîne des complications neurologiques qui se traduisent par une neuropathie diabétique (ou perte de la sensibilité des pieds), qui rend la peau des pieds plus sèche, plus fine et plus fragile, favorisant l’apparition d’ulcères. Elle fragilise aussi les os des pieds qui peuvent se fracturer. Cette maladie provoque en outre une artériopathie : le pied se retrouve mal vascularisé, donc encore plus fragilisé. De plus, les personnes vivant avec un diabète se défendent mal contre les infections et les plaies du pied peuvent facilement présenter des infections susceptibles de flamber très vite. Le risque, c’est la nécrose puis l’amputation. Le diabète est la première cause d’amputation des membres inférieurs, un rang qu’il occupe avec les accidents de la route.

 

TLM : Quels symptômes peuvent apparaître progressivement ?

Pr Antoine Avignon : Puisqu’on est confronté à une perte de sensibilité, on se retrouve face à un manque de symptômes plutôt qu’à un excès de symptômes. En effet, dans cette situation, la personne vivant avec un diabète peut avoir un caillou ou une punaise dans sa chaussure sans s’en apercevoir : c’est ainsi que l’ulcération peut survenir subrepticement. Autrement dit, lorsque les symptômes apparaissent, il est souvent trop tard et l’ulcération déjà présente.

 

TLM : Peut-on prévenir cette complication ?

Pr Antoine Avignon : Pour cela, un examen régulier des pieds par les professionnels de santé et en particulier les médecins est indispensable : au minimum une fois par an pour les patients à faible risque et, pour ceux à haut risque, tous les trois mois, à chaque consultation de suivi du diabète. Le médecin doit repérer les signes d’alerte : une perte de sensibilité, une déformation comme un hallus valgus ou des orteils en griffe, une artériopathie et des pointes d’hyperkératose. Le patient doit bénéficier d’une éducation thérapeutique ciblée, apprendre à auto-observer ses pieds quotidiennement et bénéficier des cinq à huit soins par an, selon le niveau de risque, de pédicurie-podologie pris en charge par l’Assurance maladie. Sans oublier un chaussage adapté et une très bonne hydratation des pieds avec des crèmes hydratantes

 

TLM : Comment traiter les ulcérations ?

Pr Antoine Avignon : Il faut réaliser un bilan d’extension de la plaie, ainsi qu’un bilan vasculaire et infectieux pour bien évaluer le profil de cette plaie. Le traitement consiste en des soins locaux. Les pansements doivent être changés régulièrement et contenir la plaie dans un microclimat humide. En cas d’infection, des antibiotiques spécifiques sont prescrits par voie générale. Il faut obtenir une mise en décharge du pied : mais, compte-tenu de la perte de sensibilité et de l’absence de douleur, le patient rechigne souvent à ne pas marcher. On doit lui conseiller une chaussure adaptée qui permet de ne pas appuyer sur la plaie.

Même si tous les soins sont réalisés dans les règles de l’art, il arrive qu’un échec du traitement soit constaté et qu’une amputation soit envisagée.

Propos recueillis

par Brigitte Fanny Cohen

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