Pr Brigitte Delemer : Un contrôle glycémique optimum grâce aux boucles semi-fermées
Discipline : Métabolisme, Diabète, Nutrition
Date : 08/10/2024
Pris en charge pour tous les patients diabétiques nécessitant un traitement par insuline (sous certaines conditions), ces dispositifs améliorent le contrôle de la glycémie et réduisent le fardeau de la maladie, notamment chez les enfants et la femme enceinte, assure le Pr Brigitte Delemer, chef du service d’Endocrinologie et de Diabétologie au CHU de Reims.
TLM : Pourquoi l’équilibre glycémique est-il si important pour les patients diabétiques ?
Pr Brigitte Delemer : Les personnes qui vivent avec un diabète de type 1 ou 2 sont à risque de complications, dont certaines aiguës, avec des hyperglycémies graves qui peuvent mettre en jeu le pronostic vital ou des hypoglycémies lors de traitements par insuline mal équilibrés. Par ailleurs, il est très important d’obtenir le meilleur contrôle possible de la glycémie pour éviter les complications chroniques du diabète, en particulier les altérations de la microcirculation de la rétine et du rein et le développement de l’athérosclérose des vaisseaux responsables de pathologies cardiovasculaires. Il a été démontré que plus le diabète — quel qu’en soit le type — est équilibré et moins le risque de complications est important. Le contrôle du diabète est évalué sur le taux de glycémie et de l’hémoglobine glyquée. La glycémie doit se situer pour 70 % du temps entre 0,7 et 1,8 g/l et rester supérieure à 0,5 et inférieure à 2,5 g/l. Ces normes sont valables pour les deux types de diabète. L’hémoglobine glyquée, jusqu’à présent, devait être inférieure à 7 %. Aujourd’hui on considère qu’elle doit se situer en dessous de 6,5 %, du moins pour les sujets jeunes.
Pour le diabète de type 1, il faut accepter que ce chiffre ne soit pas parfait, à condition qu’il reste inférieur à 7 %.
TLM : Quels sont les outils technologiques qui ont permis récemment d’améliorer la surveillance de la glycémie ?
Pr Brigitte Delemer : Nous avons connu ces dernières années plusieurs révolutions technologiques dans la prise en charge des patients diabétiques. La première, il y a huit ans environ, c’est l’arrivée des capteurs de glycémie, capables d’analyser la glycémie intersticielle sous-cutanée, grâce à des pastilles collées sur la peau, reliées à un petit cathéter sous-cutané. Ce système est capable de mesurer le taux de glucose interstitiel — à peine différent de la glycémie. Ce capteur est couplé à un lecteur de glycémie. La lecture peut aussi se faire sur smartphone. Le patient surveille ainsi les courbes de glucose et voit s’il faut modifier les doses d’insuline. Ces capteurs permettent de mesurer très fréquemment la glycémie, toutes les cinq minutes pour certains appareils. A tout instant il est possible d’adapter le traitement à la glycémie. Ces capteurs sont équipés d’alarmes qu’ils actionnent si le patient s’approche dangereusement d’une hyper ou d’une hypoglycémie.
TLM : Ces dispositifs sont-ils pris en charge ?
Pr Brigitte Delemer : En France ce dispositif est pris en charge par l’Assurance maladie pour tous les patients diabétiques nécessitant trois injections d’insuline par jour ou pour ceux ayant une seule injection d’insuline mais une hémoglobine glyquée supérieure à 8 %, c’est-à-dire avec un diabète mal équilibré. Aujourd’hui, près de 500 000 personnes sont équipées de ces capteurs de glycémie, quasiment tous ceux vivant avec un diabète de type 1 et un certain nombre de ceux atteints de diabète de type 2 et sous insuline. Une étude réalisée par l’Assurance maladie a permis de démontrer que grâce à ces capteurs l’équilibre glycémique est amélioré et le risque d’hyper et d’hypoglycémie diminué. Equipé de ce dispositif, le patient diabétique apprend plus facilement aussi à moduler sa dose d’insuline en fonction des repas et de l’activité physique.
TLM : Les pompes à insuline en boucle semi-fermée ont-elles permis également d’améliorer l’équilibre glycémique ?
Pr Brigitte Delemer : Les pompes à insuline ont été mises au point pour que soient injectées automatiquement et en continu des petites doses d’insuline, grâce à une pompe reliée au corps par un petit cathéter.
Ces pompes délivrent un débit de base régulier d’insuline. Le patient, avant de manger ou un exercice physique, renseigne la pompe et programme un débit plus ou moins important en fonction des situations. Ces systèmes de pompes à insuline existent depuis un certain temps déjà.
La nouveauté, ce sont les dispositifs en boucle semi-fermee. Il s’agit de pompes a insuline couplées a des capteurs de glucose. Le capteur communique avec la pompe grâce à un algorithme précis pour lui indiquer la dose d’insuline à injecter. Le debit d’insuline s’adapte automatiquement au niveau de glucose. Avant un repas ou un exercice physique le patient renseigne la pompe qui injectera la dose adaptée d’insuline répondant à un nouvel algorythme (repas ou exercice physique). L’intervention du patient avec ces pompes à insuline à boucle semi-fermée est nettement réduite. Si l’on en croit les recherches en cours, ce type de renseignement de la pompe ne sera bientôt même plus nécessaire.
TLM : Quels bénéfices en termes de prise en charge du diabète ?
Pr Brigitte Delemer : Ces boucles semi-fermées permettent d’obtenir des résultats intéressants, en particulier pour les patients ayant du mal à équilibrer leur diabète. Aujourd’hui ces systèmes sont pris en charge pour tous les patients diabétiques de type 1 dont l’hémoglobine glyquée est supérieure à 6,5 %, c’est-à-dire finalement pour tous les patients insulinodépendants.
Ces nouveaux dispositifs constituent une révolution. Ils améliorent le contrôle de la glycémie et réduisent le fardeau de la maladie. Ils sont particulièrement utiles chez les enfants. Il reste que les adolescents ne les apprécient guère, car il s’agit là d’un signe extérieur de leur maladie. Je souligne que ces dispositifs sont très utiles chez les femmes diabétiques enceintes. En effet, le contrôle de la glycémie est très important au premier trimestre de la grossesse car l’hyperglycémie augmente le risque de malformations. Ce contrôle est nécessaire également au deuxième et au troisième trimestre pour ne pas exposer le bébé à des taux de glycémie trop élevés qui lui font produire de l’insuline et le font grossir de manière excessive. Au total, ces nouveaux outils non seulement simplifient la prise en charge du diabète, mais améliorent également le contrôle glycémique.
Propos recueillis
par le Dr Clara Berguig ■