• Pr C. Thieblemont : Ces traitements ciblés pour traiter le lymphome de la zone marginale

Catherine Thieblemont

Discipline : Hématologie, Immunologie

Date : 08/07/2024


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« Le lymphome de la zone marginale est un lymphome indolent, donc d’évolution lente, pour lequel nous disposons aujourd’hui de traitements efficaces », souligne le Pr Catherine Thieblemont, chef du service d’Hémato-Oncologie du département médico-universitaire (DMU) d’Hématologie- Immunologie (DHI) de l’hôpital Saint-Louis, GHU Nord (Paris).

 

TLM : Quelle est la prévalence du lymphome de la zone marginale (LZM) en France ?

Pr Catherine Thieblemont : En 2018, la prévalence était d’environ 2 790 cas par an. Ces chiffres restent assez stables à travers ses présentations qui sont très diverses. Quelles sont les particularités du LZM ? u Il s’agit d’un cancer apparaissant dans une zone anatomique située dans les ganglions, dans la rate ou dans les muqueuses. Cette zone est infiltrée par des lymphocytes B. Ces derniers sont stimulés chroniquement par des antigènes, tels que des bactéries, et peuvent ainsi devenir cancéreux.

 

TLM : Les bactéries responsables de ces stimulations antigéniques sont-elles connues ?

Pr Catherine Thieblemont : La bactérie typique est l’Helicobacter pylori. Elle peut provoquer non seulement des carcinomes de l’estomac mais également des LZM au niveau de l’estomac. Fort heureusement, elle devient de plus en plus rare en France. En Italie, des cas de LZM ont été associés à Chlamydia psittaci, bactérie qui se retrouve dans les déjections d’oiseaux, les canaris notamment. Borrelia burgdorferi est une autre bactérie responsable de LZM. Elle est transmise par les tiques. Au nord de l’Italie, de telles infections ont été détectées chez des patients présentant des LZM cutanés. C’est rarissime et non retrouvé en France. Enfin, d’autres stimulations antigéniques sont associées à des pathologies chroniques telles que la thyroïdite d’Hashimoto liée au lymphome de la thyroïde de la zone marginale ; ou les syndromes de Gougerot-Sjögren liés au LZM des glandes salivaires. L’hépatite C peut aussi être associée au lymphome splénique de la zone marginale.

 

TLM : Quels sont les symptômes associés à la maladie ?

Pr Catherine Thieblemont : Cette pathologie est extrêmement indolente. La symptomatologie dépend de l’organe touché. Un lymphome présent au niveau de l’estomac peut provoquer des douleurs. Un lymphome situé au niveau de l’œil entraîne une gêne oculaire en raison d’un nodule situé sur la paupière ou les conjonctives ou les glandes lacrymales. Dans certains cas un lymphome de MALT se traduit par la survenue de nodules ou d’un érythème cutanés. Un lymphome de masse importante présent au niveau du poumon peut entraîner une toux. Une infiltration splénique au niveau de la rate peut la rendre douloureuse. Elle peut être associée à des cytopénies. Une infiltration ganglionnaire peut faire apparaître des ganglions augmentés de volume.

 

TLM : Comment poser le diagnostic ?

Pr Catherine Thieblemont : Le diagnostic repose sur la biopsie du nodule qu’il soit ganglionnaire ou extra-ganglionnaire (peau, estomac, etc.). Dans la forme de lymphome splénique de la zone marginale, le sang est souvent infiltré par des lymphocytes atypiques. L’immunophénotypage permet de les typer et de retrouver un aspect typique de LZM.

 

TLM : Quelle est la prise en charge du LZM ?

Pr Catherine Thieblemont : Lorsque la bactérie est traitée avec une antibiothérapie, le LZM est guéri dans plus de 70 % des cas. Il arrive cependant que, malgré l’éradication de la bactérie, le lymphome reste persistant. Il est alors traité par radiothérapie. C’est le cas le plus fréquent. Concernant les infiltrations extra-ganglionnaires (poumon, peau, œil), la prise en charge consiste en un traitement local par radiothérapie ou par chirurgie. Lorsque ces LZM sont disséminés, le traitement s’effectue par immunothérapie ou par immunochimiothérapie. Les immunothérapies, traitement par anticorps monoclonal, ciblent le CD20, protéine présente à la surface du lymphocyte B. Une chimiothérapie peut être associée à ce traitement. Les immunochimiothérapies sont des traitements ciblant une enzyme : la tyrosine kinase de Bruton (ou BTK). Les inhibiteurs de BTK ont été testés comme étant très bénéfiques pour les LZM, notamment en rechute. Ce traitement, le zanubrutinib, a reçu une AMM en 2023. La voie d’administration est orale. Les comprimés sont à prendre en une ou deux prises par jour. Le taux de réponse approche les 70 %. Concernant les LZM spléniques, la rate augmente de volume. Des cytopénies, des anémies et des leucopénies sont associées. Le traitement s’effectue par immunothérapie (sans chimiothérapie) ou par zanubrutinib. Les lymphomes ganglionnaires de la zone marginale sont quant à eux extrêmement rares car il existe peu de zone marginale au niveau des ganglions.

 

TLM : Quelle est la stratégie thérapeutique ?

Pr Catherine Thieblemont : La stratégie doit privilégier l’efficacité tout en limitant la toxicité. Ainsi, aujourd’hui, la chimiothérapie est évitée au profit de ces traitements dont le ciblage est plus efficace. L’immunothérapie est instaurée en première intention. Et pour l’instant, le zanubrutinib est, malheureusement, seulement indiqué en rechute, alors que nous souhaiterions pouvoir le prescrire en première ligne. A cet égard je signale que des études protocolaires et des essais cliniques sont en cours.

 

TLM : Les traitements actuels permettent-ils une rémission de la maladie ?

Pr Catherine Thieblemont : Les rémissions peuvent être considérées comme des réponses complètes ou partielles. Nous avons plus de 90 % d’excellentes réponses ou de rémissions à terme pour ces maladies.

 

TLM : Quels sont les effets secondaires liés aux traitements actuels ?

Pr Catherine Thieblemont : Les immunothérapies, les anticorps monoclonaux CD20, peuvent entraîner une réaction allergique aux anticorps pouvant être prévenue par des antiallergisants et de la cortisone le jour de l’injection. L’inhibiteur de BTK peut provoquer, mais c’est rare, des hémorragies ou des troubles du rythme cardiaque (de type fibrillation auriculaire) ou des hypertensions ou parfois des diarrhées.

 

TLM : Quel est le message important à faire passer ?

Pr Catherine Thieblemont : Le message important est que le LZM est un lymphome indolent pour lequel nous avons aujourd’hui des traitements efficaces.

Propos recueillis

par Alexandra Sautier

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