• Pr Éric Nguyen-Khac : Cohorte CHIEF : Gros plan sur le carcinome hépatocellulaire

Éric Nguyen-Khac

Discipline : Oncologie, Dépistage

Date : 10/04/2024


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Le CHU Amiens-Picardie est le promoteur de la cohorte prospective de patients atteints de carcinome hépatocellulaire en France (CHIEF), unique en Europe. Conduite par le Pr Éric Nguyen-Khac, chef de service d’Hépato-Gastroentérologie & Oncologie digestive, et le Pr Olivier Ganry, chef de service d’Épidémiologie, Hygiène hospitalière et Santé publique, CHIEF va permettre le suivi de 5 000 patients atteints de carcinome hépatocellulaire (CHC) pendant cinq ans.

 

TLM : Quelle est la genèse de la cohorte CHIEF ?

Pr Éric Nguyen-Khac : Les premières inclusions dans la cohorte prospective de patients atteints de carcinome hépatocellulaire en France (CHIEF) ont débuté le 1er septembre 2019. Cette étude multicentrique observationnelle inclut tout nouveau patient atteint de carcinome hépatocellulaire (avec son accord) avec une histologie hépatique ou des critères diagnostiques non invasifs. L’objectif initial était d’inclure 5 000 patients avec un suivi prospectif de cinq ans pour chaque patient. La phase d’inclusion est bientôt terminée (4 500 patients dans la cohorte à ce jour). Le promoteur de CHIEF est le CHU Amiens. 33 centres sont repartis sur l’ensemble du territoire (y compris aux Antilles). 80 % d’entre eux sont des CHU (services d’Hépato-Gastroentérologie essentiellement) et 20 % des hôpitaux non universitaires.

 

TLM : Pourquoi s’intéresser au carcinome hépatocellulaire ?

Pr Éric Nguyen-Khac : Le CHC représente 90 % des cancers primitifs du foie. C’est le 6 e cancer à l’échelle mondiale, mais la deuxième cause de mortalité par cancer chez les hommes. Ce cancer reste grave, un nouveau cas égalant un nouveau décès dans l’année. En France, entre 9 000 et 10 000 nouveaux cas sont diagnostiqués par an.

A l’origine, une maladie du foie chronique évoluera vers une cirrhose, puis potentiellement vers un cancer primitif du foie. Dans l’Hexagone, la première cause est l’alcool, puis le surpoids (le foie métabolique ou NASH), les virus des hépatites B et C et, enfin, l’hémochromatose génétique. Les projections épidémiologiques sont en hausse partout dans le monde en raison du nombre croissant de personnes en surpoids (et son corollaire l’augmentation des NASH et des maladies métaboliques).

 

TLM : Quels enseignements attendez-vous de cette cohorte CHIEF ?

Pr Éric Nguyen-Khac : L’objectif principal de l’étude est d’identifier les facteurs cliniques, biologiques et pathomoléculaires déterminant l’efficacité des traitements du CHC dans des conditions réelles de pratique médicale. La cohorte CHIEF permettra aussi de mesurer la qualité de vie via des questionnaires reconnus en recherche, lors de l’inclusion et à chaque changement de ligne de traitement. Elle utilise aussi des prélèvements biologiques pour produire des données en vue d’accroître les connaissances sur le CHC. En outre, participer à CHIEF permet de fédérer les cliniciens et les chercheurs tout en facilitant leurs recherches, de même qu’harmoniser les modalités de prise en charge diagnostiques et thérapeutiques. L’incidence du CHC est estimée entre 2 à 4% par an sur une population qui présente une cirrhose constituée.

Le dépistage est ciblé pour ces personnes à risques. La cohorte permet de déterminer quelle proportion de patients sont diagnostiqués avec un CHC, suite à un dépistage versus la proportion découverte sans surveillance.

 

TLM : Quels est le traitement systémique du CHC ?

Pr Éric Nguyen-Khac : L’arrivée de l’immunothérapie dans le CHC a permis un changement d’ère thérapeutique. L’association anti PD-L1 atezolizumab+anti-VEGF bevacizumab a obtenu le 30 juin 2020 une autorisation temporaire d’utilisation chez les patients adultes atteints d’un carcinome hépatocellulaire localement avancé ou métastatique, non résécable, n’ayant pas reçu de traitement systémique antérieur, de stade Child-Pugh A et présentant un score ECOG de 0 ou 1. Puis ce traitement, qui a obtenu son extension d’indication en octobre 2020, est devenu le traitement systémique de référence de première ligne des patients ayant un CHC avancé, avec une injection toutes les trois semaines. La cohorte CHIEF permet d’enregistrer l’impact de ce traitement dans la vie réelle, à savoir de mesurer les pratiques, d’évaluer l’accès à ce traitement, ses résultats dans la vie réelle ainsi que de comparer les effets secondaires à ceux des essais.

 

TLM : Y a-t-il d’autres applications de l’immunothérapie dans le CHC à un stade plus précoce ?

Pr Éric Nguyen-Khac : Des résultats plus récents de nouvelles études cliniques ont aussi démontré que l’imvitamine D munothérapie aurait également une place administrée en adjuvant, c’est-à-dire après une chirurgie, réduisant les risques de rechute du CHC. Des procédures d’enregistrement européen sont actuellement en cours. Quant au processus de remboursement en France, il sera lancé ultérieurement.

 

TLM : Quels sont les résultats de cette cohorte CHIEF ?

Pr Éric Nguyen-Khac : Les premiers résultats de l’étude Epidémiologie 2000 (qui comme son nom l’indique porte sur les 2000 premiers patients inclus) ont été présentés lors du congrès des JFHOD 2023 en France et du Congrès européen d’hépatologie de l’EASL en juin 2023. Ils ont fait l’objet d’un article scientifique en cours de publication. Elle a montré que l’âge moyen des patients en France ayant un carcinome hépatocellulaire était de 68 ans, avec 86% d’hommes, un poids moyen à 79 kilos et un IMC de 26,8. Parmi les causes de la maladie, l’alcool est arrivé en tête, puis la NASH, les virus de l’hépatite B et C et l’hémochromatose génétique. En décrivant l’épidémiologie en France et ses causes, nous avons également constaté une augmentation du foie métabolique comme cause du CHC. Autre résultat : la réponse tumorale en vie réelle de l’association atezolizumab + bevacizumab a été comparable aux données de phase IV qui ont permis l’enregistrement du médicament, en médiane de survie. A noter également que l’amélioration de la qualité de vie est la même que celle observée dans l’étude princeps.

 

TLM : Quels conseils donneriez-vous aux médecins généralistes ?

Pr Éric Nguyen-Khac : Mon message le plus important porterait sur l’importance du dépistage.

Pour les patients porteurs d’une maladie du foie, il est important d’établir un diagnostic de cirrhose et, si cette dernière est établie, le patient devra être suivi par une échographie et un bilan sanguin tous les six mois. Pour une inclusion dans la cohorte, le médecin généraliste devra adresser son patient à un hépato-gastro-entérologue ou à un hépatologue travaillant dans l’un des 33 centres concernés. Ce qui permettra également à son patient d’avoir accès aux essais cliniques menés dans ces hôpitaux.

Propos recueillis

par Christine Colmont

Pour faire un don au CHU d’Amiens : www.chu-amiens.fr/faire-un-don/

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