Pr François Haab : Des dispositifs innovants contre l’incontinence urinaire
Discipline : Uro-Néphrologie
Date : 08/01/2025
En dépit du profond inconfort qu’elle génère au quotidien, l’incontinence urinaire reste un tabou. Pourtant des dispositifs médicaux de dernière génération, apparus récemment, peuvent favoriser une meilleure prise en charge des patientes.
Le point avec le Pr François Haab, urologue à Paris.
TLM : Quelle est la proportion des femmes concernées par l’incontinence urinaire ?
Pr François Haab : En France 3 millions de femmes souffrent d’incontinence urinaire et un quart d’entre elles ressentent une véritable gêne au quotidien. Mais peu consultent : elles n’osent pas en parler, pas même au médecin… Résultats : elles se rabattent sur les protections. Il faut briser ce tabou car des solutions existent. On a l’habitude de dire que la prévalence de cette affection augmente avec l’âge : ce n’est pas une maladie de la femme âgée. Dans l’inconscient collectif, elle renvoie à la gériatrie mais en réalité elle peut survenir à tous les âges, avec un pic de prévalence après l’accouchement, un autre entre 20 et 30 ans pour les femmes souffrant d’hyperactivité vésicale, et un pic important avec la ménopause puis le vieillissement.
TLM : Quelles sont les principales causes de l’incontinence urinaire chez la femme ?
Pr François Haab : Il faut différencier l’incontinence urinaire par impériosité et l’incontinence urinaire d’effort. Dans le premier cas, l’origine de l’hyperactivité de la vessie est mal connue. Mais certains phénomènes peuvent l’aggraver comme le stress ou la ménopause. Attention aussi au café et à l’alcool : le vin blanc et le champagne sont plus à risque d’acidifier les urines et d’augmenter les symptômes. Bien sûr, certaines maladies comme un cancer de la vessie ou une irradiation du bassin peuvent favoriser ce type d’incontinence. On connaît mieux les causes de l’incontinence urinaire d’effort. Tout d’abord les accouchements qui affaiblissent les muscles du plancher pelvien : plus ils sont nombreux, plus les expulsions sont difficiles, plus le risque augmente. La constipation chronique est très délétère, tout comme le tabagisme qui fait vieillir prématurément la vessie.
Autre cause possible : le sport à outrance, par exemple pratiquer deux heures de fitness tous les jours, et les métiers où l’on porte des charges, par exemple les aides- soignantes. Sans oublier l’âge : la ménopause et le vieillissement favorisent l’affaiblissement naturel des muscles du plancher pelvien et donc l’incontinence urinaire d’effort.
TLM : Comment traiter aujourd’hui cette affection ?
Pr François Haab : L’incontinence urinaire par impériosité se traite principalement par des médicaments spécifiques et la rééducation du périnée. Pour l’incontinence d’effort, la rééducation périnéale est prescrite en première intention dans l’immense majorité des cas. La chirurgie (essentiellement les bandelettes sous-urétrales) ne sont proposées qu’après l’échec de la rééducation. Cette dernière se pratique chez une sage-femme ou un kinésithérapeute spécialisés, en général pour une dizaine de séances. Mais la rééducation périnéale doit être entretenue ou sinon le bénéfice s’estompe rapidement. D’où l’intérêt de prolonger à domicile, avec un dispositif médical, ce travail commencé avec un professionnel de santé.
TLM : En quoi consistent ces dispositifs médicaux ?
Pr François Haab : Il s’agit de sondes vaginales permettant une stimulation électrique des muscles du périnée grâce à un courant de basse fréquence. L’objectif est de mieux contracter les muscles du périnée pour éviter les fuites urinaires. Nous avons aujourd’hui une nouvelle génération de dispositifs médicaux plus sophistiqués qui permettent cette stimulation et qui sont aussi dotés d’un biofeedback.
TLM : Ce biofeedback représente-t-il une avancée ?
Pr François Haab : cOui, on progresse ainsi dans l’accompagnement de la patiente. La sonde est connectée à un ordinateur ou un smartphone, elle enregistre l’activité du muscle et la femme peut visualiser l’intensité de la contraction. Ce biofeedback lui permet ainsi d’être active dans ce processus et de maîtriser son corps : en fonction de la contraction, elle peut adapter le courant, le diminuer ou l’augmenter.
Ces dispositifs proposent plusieurs programmes qui permettent d’adapter au mieux la rééducation à ses besoins. Il reste important de débuter la rééducation avec un professionnel qui va informer sur l’anatomie, les objectifs du traitement et rassurer la patiente. Ensuite, à la maison, cette dernière poursuit seule, quitte à revoir son thérapeute une fois par mois ou par trimestre : lorsqu’on suit ce schéma-là, les résultats de ces dispositifs sont positifs et pérennes.
TLM : Ces dispositifs peuvent-ils convenir à toutes les femmes, quels que soient leur âge et leur degré d’incontinence ?
Pr François Haab : Oui, tout à fait, sauf quelques contre-indications : un contexte d’hypertonie périnéale, le port d’un pacemaker, une atrophie vaginale, des antécédents de radiothérapie sur le vagin… En cas d’atrophie vaginale, on peut aussi prescrire des hormones localement, sous forme de gel d’œstrogènes pour assouplir les tissus avant de commencer cette rééducation.
TLM : Quel est le rôle du médecin généraliste dans la prise en charge de la rééducation périnéale, notamment pour les femmes qui, par pudeur, ne souhaitent pas un traitement impliquant un professionnel de santé ?
Pr François Haab : Les médecins généralistes ont un rôle très important d’abord dans l’information des femmes : ils doivent aider à combattre les tabous autour de l’incontinence. Au 21e siècle, plus personne ne peut dire : « l’incontinence est un phénomène normal ou physiologique, utilisez des protections ! », car il existe désormais des traitements efficaces. Le médecin généraliste ne doit pas hésiter à prescrire la rééducation périnéale chez un kinésithérapeute ou une sage-femme puis, en accord avec le professionnel, orienter la patiente vers un dispositif médical. Des études ont montré qu’environ 30 % des femmes qui achetaient un dispositif médical, sans réaliser au préalable quelques séances avec un professionnel de santé, ne l’utilisaient finalement pas !
Propos recueillis
par Brigitte Fanny Cohen ■