• Pr Jean-Claude Souberbielle : Prévention de l’ostéoporose et vitamine D

Jean-Claude Souberbielle

Discipline : Rhumato, Orthopédie, Rééduc

Date : 10/04/2024


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Des études rigoureuses ont montré l’efficacité de la supplémentation en vitamine D dans la réduction de l’ostéoporose et la prévention de la survenue de fractures périphériques, rapporte le Pr Jean-Claude Souberbielle, biologiste et spécialiste de la vitamine D. En cas d’ostéoporose avérée, ajoute-t-il, il est nécessaire d’y associer des traitements spécifiques.

 

TLM : L’ostéoporose est-elle une pathologie de plus en plus fréquente ?

Pr Jean-Claude Souberbielle : C’est un facteur de risque de fracture qui concerne un nombre croissant de personnes, en raison du vieillissement de la population. Cette perte de densité osseuse, liée à l’âge en général, concerne trois femmes pour un homme. L’ostéoporose peut se compliquer de fractures périphériques ou de fractures vertébrales par tassement. Elle est le plus souvent primaire, mais peut être secondaire à de nombreuses pathologies comme une hyperparathyroïdie ou à une corticothérapie au long cours.

 

TLM : Quels sont les critères de diagnostic de l’ostéoporose ?

Pr Jean-Claude Souberbielle : L’ostéoporose peut être diagnostiquée à l’occasion d’une fracture pour une chute minime ou lors de l’apparition d’un tassement vertébral pour un effort simple comme le port d’une valise. L’ostéodensitométrie permet de préciser la perte de densité osseuse, en définissant deux scores : le Z-score qui définit comment se situe la densité osseuse d’une patiente par rapport à celle de personnes du même âge et du même sexe. Et le T-score qui mesure l’écart entre la densité osseuse d’une patiente et celle d’une personne de 25 ans, de même sexe. On parle d’ostéoporose lorsque le T-score est inférieur à -2,5 écart type et d’ostéopénie lorsqu’il se situe entre -1 et -2,5.

 

TLM : Quel est le rôle de la vitamine D dans la prévention de l’ostéoporose ?

Pr Jean-Claude Souberbielle : Pour la santé osseuse, la vitamine D est très importante, comme d’ailleurs le calcium. Nous avons aujourd’hui des essais très rigoureux, contrôlés, randomisés, en double aveugle contre placebo portant sur des personnes de plus de 65 ans recevant une association de calcium et vitamine D, comparées à des témoins recevant un placebo. Les résultats montrent qu’avec cette association on réduit les fractures périphériques comme celles de la hanche ou du poignet de 15 à 20 %. Cette prévention n’a pas d’impact sur les fractures vertébrales par tassement. Quand on analyse de près les résultats, il apparaît que la prévention du risque fracturaire est d’autant plus important que les personnes présentent une carence en vitamine D et en calcium. En revanche, les essais montrent que la vitamine D seule ne réduit pas le risque de fracture et le calcium seul non plus. Attention, la vitamine D et le calcium ne sont pas un traitement de l’ostéoporose. Cette supplémentation réduit le risque d’ostéoporose. Mais, en cas d’ostéoporose avérée, il est nécessaire d’y associer les traitements spécifiques, notamment les biphosphonates.

 

TLM : Quel est le mécanisme d’action de la vitamine D sur l’os ?

Pr Jean-Claude Souberbielle : La vitamine D agit par deux mécanismes différents. Elle augmente l’absorption intestinale du calcium et contrôle la parathormone, en inhibant les glandes parathyroïdiennes impliquées dans la calcémie. Par ailleurs, la vitamine D a beaucoup d’autres impacts. Elle aurait une action de renforcement musculaire et réduirait ainsi le risque de chute. Elle aurait également un impact sur le cerveau, en améliorant l’équilibre, avec là encore possiblement une diminution du risque de chute. La vitamine D a d’autres effets intéressants, sur l’immunité, le diabète et le risque cardiovasculaire.

 

TLM : A qui est destinée la supplémentation en calcium et en vitamine D pour prévenir l’ostéoporose ?

Pr Jean-Claude Souberbielle : Toutes les femmes ménopausées et globalement toutes les personnes de plus de 65 ans, hommes et femmes, pourraient en bénéficier, ainsi que les groupes plus à risque d’ostéoporose, personnes maigres, fumeurs, consommateurs excessifs d’alcool… Par ailleurs, il existe des facteurs de risque de déficit en vitamine D : le surpoids, l’obésité, le fait d’avoir la peau foncée, de porter des vêtements très couvrants, de souffrir d’une maladie chronique. Une personne n’est pas carencée en vitamine D lorsque les dosages sanguins sont supérieurs à 20 ng/ml. Mais, de manière générale, il n’est pas nécessaire de faire de tels dosages en population générale.

 

TLM : A quelle dose prescrire la vitamine D pour la prévention chez les adultes ?

Pr Jean-Claude Souberbielle : Les apports quotidiens de vitamine D doivent se situer autour de 1 200 unités par jour. Ce qui est impossible avec l’alimentation seule, sauf si l’on s’expose au soleil au moins 30 minutes par jour (bras, jambes, visage), ce qui est incompatible avec la prévention des cancers de la peau. Pour les personnes souffrant d’ostéoporose avec antécédents de fractures ou ostéodensitométrie très basse, des dosages de vitamine D sont nécessaires pour prescrire les doses optimales et obtenir une concentration >30 ng/ml.

 

TLM : Alors comment prescrire la vitamine D ?

Pr Jean-Claude Souberbielle : Nous avons de très forts arguments pour affirmer que la supplémentation en vitamine D doit être au mieux quotidienne, sinon hebdomadaire. Les essais cliniques contre placebo ont montré que le risque de fractures est nettement plus réduit avec des prescriptions quotidiennes qu’avec des doses mensuelles de vitamine D. Il a même été montré qu’une dose mensuelle de vitamine D donne parfois des résultats moins bons que le placebo. Une des hypothèses serait que les fortes doses de vitamine D modifieraient son métabolisme. L’organisme lutterait contre cette forte dose en désactivant une partie de la vitamine D.

 

TLM : Vous recommandez donc en prévention une dose quotidienne de 1 000 unités de vitamine D ?

Pr Jean-Claude Souberbielle : Les doses quotidiennes de 1 000 unités pour la prévention de l’ostéoporose sont optimales. Il existe désormais des formes pharmaceutiques dosées à 1 000 unités et bénéficiant d’un contrôle de qualité. Le seul problème c’est que ces formes ne sont pas remboursées par la Sécurité sociale. En revanche, la vitamine D dosée à 20 000 unités, à prendre toutes les deux semaines, et celle dosée à 50 000 unités à prendre une fois par mois sont prises en charge. Par ailleurs, il existe des compléments alimentaires de vitamine D dont le contrôle de qualité n’est pas toujours clairement décrit. Une étude britannique s’est penchée sur ces compléments et a montré que, pour certains d’entre eux, le taux de vitamine D était de moitié plus faible que celui annoncé, et pour d’autres ce taux était de 200 % plus élevé. Les formes de vitamine D contrôlées au plan pharmaceutique doivent être privilégiées.

Propos recueillis

par le Dr Clara Berguig

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