• Pr Kessler Mesure en continu du glucose et pompe à insuline, des atouts contre le diabète

Laurence Kessler

Discipline : Métabolisme, Diabète, Nutrition

Date : 10/04/2024


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Avec la mesure en continu de la glycémie qui permet au patient, grâce à des capteurs sous-cutanés, de calibrer ses injections d’insuline ou avec l’utilisation de pompes à insuline qui s’adaptent en permanence à la glycémie, la technologie a modifié en profondeur la prise en charge du diabète de type 1, se félicite le Pr Laurence Kessler, diabétologue au service Endocrinologie, Diabétologie et Nutrition du CHU de Strasbourg.

 

TLM : Quelles sont les innovations technologiques qui ont transformé ces dernières années la prise en charge du diabète ?

Pr Laurence Kessler : Deux innovations fondamentales, récentes, ont révolutionné la qualité de vie des patients diabétiques. D’abord, la mesure en continu de la glycémie, grâce à des capteurs sous-cutanés qui enregistrent la glycémie sur 24 heures permettant ainsi d’adapter facilement la dose d’insuline à injecter au taux de glucose dans le sang. Les premiers dispositifs ont été disponibles dès 2017. Le principe est de mettre en place un capteur dans les tissus sous-cutanés au niveau du bras. Le capteur enregistre 90 mesures de glycémie par jour. Il fonctionne pendant deux semaines. Il faut ensuite le remplacer. Certains capteurs vont même jusqu’à effectuer 250 mesures de glycémie quotidiennes. Grâce à des boitiers adaptés aux capteurs, le patient récupère les mesures de la glycémie et les données sur son évolution globale. Il est même possible de télécharger une application mobile connectée aux capteurs pour obtenir les résultats. D’ailleurs, lorsque l’on utilise le téléphone portable pour obtenir les données de glycémie, le personnel soignant a accès, grâce à une plateforme numérique à distance, aux taux de glycémie enregistrés. Cela permet un télésuivi et offre aux médecins une vision globale de l’évolution de la glycémie pour mieux adapter le traitement. Plusieurs dispositifs sont disponibles sur le marché. Ce suivi glycémique en continu a permis d’éliminer les glycémies capillaires au bout du doigt et a considérablement réduit le risque d’hyper et d’hypoglycémie. Ces mesures en continu donnent également accès, grâce à des enregistrements, à la glycémie nocturne. Ces dispositifs ont connu même des évolutions avec l’existence d’alarmes en cas d’hypo ou d’hyperglycémie et, tout récemment, la possibilité d’avoir accès aux valeurs de glycémie sans nécessité de scanner les capteurs.

La deuxième grande évolution, ce sont les dispositifs en boucle semi-fermée. Il s’agit de pompes à insuline couplées à des capteurs de glycémie. Grâce à un algorithme, le débit d’insuline entre les repas s’adapte automatiquement à la glycémie. Jusqu’à l’avènement de ces pompes en boucle semi-fermée, le patient devait analyser sa glycémie plusieurs fois par jour pour adapter la dose d’insuline à injecter. Il faut cependant que le patient informe le dispositif avant de manger de la quantité de glucides qu’il va consommer et également des exercices physiques qui vont être faits.

 

TLM : Quelles sont les indications de la mesure en continu de la glycémie ?

Pr Laurence Kessler : Ces mesures en continu de la glycémie sont indiquées pour tous les patients recevant au moins une injection d’insuline par jour, c’est-à-dire tous les diabétiques de type 1 et les diabétiques de type 2 traités par insuline, en complément du traitement par voie orale. Ces dispositifs sont pris en charge par l’Assurance maladie. La majorité des diabétiques de type 1 en sont équipés. Les diabétiques de type 2 sous insuline commencent à l’être. Ces systèmes peuvent être prescrits par le médecin généraliste. C’est une évolution importante pour l’amélioration de la prise en charge du diabète.

 

TLM : Comment fonctionnent les pompes à insuline en boucle semi-fermée ?

Pr Laurence Kessler : Au départ, les pompes à insuline fonctionnaient indépendamment des capteurs. Ensuite, les capteurs ont été connectés à la pompe grâce à des algorithmes. C’est une évolution considérable. Et nous sommes encore au début de l’histoire… Ces dispositifs permettent un meilleur contrôle de la glycémie, ont réduit le nombre d’hypoglycémie des patients sous insuline et amélioré la qualité de vie des patients diabétiques. Pour l’instant, il n’existe pas d’études à long terme pour mesurer l’impact de ces pompes à insuline à boucle semi-fermée sur les complications visuelles, vasculaires ou rénales du diabète. Ces dispositifs sont pris en charge depuis 2022. Les indications, ce sont les patients diabétiques de type 1, enfants à partir de 6 ans et adultes, traités par une pompe à insuline depuis plus de six mois.

 

TLM : Comment ces nouveaux outils ont-ils modifié le suivi médical des patients diabétiques ?

Pr Laurence Kessler : Ces outils permettent de suivre le patient à distance, avec un télésuivi et des téléconsultations qui sont l’occasion notamment de lui fournir des conseils, en particulier sur l’adaptation de son traitement, sans nécessiter de rendez vous en présentiel. Depuis fin 2023, ce télésuivi est reconnu par l’Assurance maladie à l’hôpital et en ville. Cette surveillance à distance réalisée par les équipes de diabétologie de médecins et d’infirmières est très importante dans le contexte des déserts médicaux et de la pénurie globale de médecins et permet de réduire les déplacements

 

TLM : Quelle est la place de ces dispositifs chez les enfants ?

Pr Laurence Kessler : Les boucles semi-fermées ont un véritable avantage chez le petit enfant. Il existe deux pics d’identification du diabète de type 1 chez l’enfant, deux ans et dix ans. Et pour les familles au sein desquelles un diabète de type 1 a été diagnostiqué chez un enfant, il faut vraiment aider l’enfant et ses parents à gérer cette maladie. Ces dispositifs sont désormais très largement utilisés en pédiatrie.

 

TLM : Quelles sont les améliorations à venir ?

Pr Laurence Kessler : Les dispositifs de mesure en continu de la glycémie sont de plus en plus miniaturisés et enregistrent la glycémie de manière de plus en plus fréquente. Quant aux pompes à insuline à boucle semi-fermée, elles vont pouvoir bientôt fonctionner sans avoir à informer des quantités de glucides consommés et des exercices physiques pratiqués, grâce aux algorithmes qui deviennent de plus en plus performants. Ces dispositifs en boucle semi-fermée commencent à être utilisés dans des situations particulières comme les femmes diabétiques de type 1 enceintes et encore dans certaines formes rares de diabète chez les patients atteints de mucoviscidose.

Propos recueillis

par le Dr Clara Berguig

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