Pr Ludovic de Gabory : L’hygiène nasale qui prévient les infections respiratoires hautes
Discipline : ORL, Stomatologie
Date : 13/01/2026
Si le lavage de nez à l’eau de mer constitue le traitement de référence de la rhinopharyngite, son efficacité dépend à la fois du volume de liquide distribué, de la force avec laquelle la solution passe dans la fosse nasale et de sa composition en tant que telle. Le Pr Ludovic de Gabory, ORL, PU-PH au Groupe hospitalier Pellegrin de Bordeaux, fait le point.
TLM : Au-delà de l’hygiène nasale, peut-on considérer le lavage à l’eau de mer comme un véritable traitement anti-inflammatoire local ?
Pr Ludovic de Gabory : Ces solutions dont la composition est proche de l’eau de mer ont effectivement des propriétés de contrôle de l’inflammation et de participation au fonctionnement normal de la cellule épithéliale. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le lavage de nez à l’eau de mer constitue le traitement de référence de toutes les rhinopharyngites, en association avec du paracétamol. Parmi les nombreuses substances présentes dans l’eau de mer, certains sels minéraux sont connus pour leur rôle dans la modulation de l’inflammation. En effet, le calcium va augmenter le battement ciliaire tandis que le potassium et le magnésium vont participer à la régulation du phénomène inflammatoire. Enfin, le rôle des oligo-éléments dans ce domaine est encore à l’étude actuellement.
TLM : Peut-on parler de « personnalisation » du lavage nasal selon la pathologie, l’âge ou encore la composition en sels minéraux ?
Pr Ludovic de Gabory : A ce jour, le seul paramètre permettant de réellement différencier une formulation d’eau de mer par rapport à une autre demeure son osmolarité.
Ainsi, dans le cadre d’une infection aiguë comme le rhume, on va volontiers choisir des solutions hyperosmotiques qui permettent d’obtenir un effet décongestionnant majeur. Si elles sont utilisées sur une courte période, ces solutions ne posent pas de problème d’irritation. En revanche, pour des traitements à plus long terme, les solutions iso-osmotiques (qui ont donc la même concentration globale que le sang) sont ici préconisées. Sur la question de la pathologie, des études de simulation numérique permettant de visualiser ce qui se produit dans une fosse nasale lors d’un lavage nous a permis de déterminer des valeurs chiffrées de surface atteinte, de temps de contact, de pression et de contrainte de cisaillement. Ainsi, nous avons pu identifier les indications pour chaque type de pathologie en fonction du volume distribué et de la force avec laquelle la solution passe dans la fosse nasale. Enfin, si l’adulte a généralement besoin de lavage à grand volume, chez l’enfant on préfèrera des sprays continus qui sont relativement doux la plupart du temps. Il existe un delta important entre la fosse nasale d’un enfant de trois ans dont la capacité est d’environ 3 cm3 et celle d’un adulte qui est de l’ordre de 8 à 10 cm3 par côté.
TLM : Les études récentes montrent un bénéfice du lavage à l’eau de mer dans les infections virales (dont le Covid). Pensez-vous qu’il puisse aussi jouer un rôle préventif, par exemple en période épidémique ?
Pr Ludovic de Gabory : Absolument. Le lavage de nez constitue la prévention de toutes les infections respiratoires hautes. Si tout le monde n’a pas nécessairement besoin d’avoir recours au lavage nasal (rappelons que le nez est autonettoyant), certaines personnes sont au contraire particulièrement sensibles et vulnérables face aux infections virales. Et pour cette dernière population qui présente une hyper-réactivité nasale non spécifique aux événements environnementaux, la prévention de la récidive passe par des lavages de nez réguliers. En outre, le lavage de nez à l’eau de mer permet également de diminuer la charge virale intranasale de façon plus rapide.
TLM : En pratique, comment éduquer le patient à bien se laver le nez ? Quels conseils concrets donner pour éviter les erreurs les plus fréquentes ?
Pr Ludovic de Gabory : Il est essentiel de donner les bonnes informations au patient car, s’il ne constate pas de bénéfice, il n’adhérera pas au traitement. D’autant plus que l’une des problématiques majeures du lavage de nez est qu’il s’agit d’un soin qui est fait à l’aveugle, dont on ne voit pas le résultat… Pour que le lavage soit efficace, il faut tout d’abord adapter le volume de solution à la cavité à laver en fonction de l’âge du patient, comme nous l’avons vu, mais il faut aussi tenir compte des objectifs et de la nature des soins à apporter. On estime que le volume de liquide doit correspondre à au moins trois fois celui de la cavité pour que la fosse nasale soit correctement nettoyée. Par ailleurs, le mode de distribution de la solution est aussi essentiel pour rendre le lavage de nez efficace en éliminant tout ce qui peut se loger dans une fosse nasale. En tout état de cause, le soin doit être effectué avec une solution à température ambiante et rester doux et confortable.
TLM : Comment savoir si on s’est bien lavé le nez ?
Pr Ludovic de Gabory : C’est la combinaison de la manière dont on distribue le liquide, le flux avec lequel on procède et enfin la qualité de la solution en elle-même qui assure une optimisation de l’acte thérapeutique en question. Rappelons qu’il faut pour cela se placer au-dessus du lavabo, la tête penchée à 45 degrés en lavant toujours la narine du haut.
TLM : Sur le plan technique, voyez-vous des innovations à venir dans les dispositifs de lavage nasal (volume, pression, ergonomie, température, etc.) ?
Pr Ludovic de Gabory : L’innovation viendra de la composition des solutions. En effet, sur des études précédentes, il a été démontré in vitro et in vivo que le sérum physiologique était délétère lorsqu’il était trop longtemps en contact avec la muqueuse et que les solutions d’eau de mer diluées aux 2/3 avaient peu d’effet en valeur ajoutée. En revanche, les solutions riches en minéraux avec une concentration iso-osmolaire ont un effet pharmacologique sur le battement ciliaire et la vitesse de cicatrisation, notamment en situation postopératoire qui reste la situation cicatricielle la plus difficile. Aujourd’hui, on recherche la meilleure formule.
TLM : Enfin, quelles sont aujourd’hui les principales zones d’ombre scientifiques concernant les lavages à l’eau de mer ? Qu’attendez-vous des prochaines études ?
Pr Ludovic de Gabory : La grande question qui demeure aujourd’hui est de savoir si on peut associer des solutions riches en minéraux avec d’autres principes actifs.
Cette recherche d’un effet synergique sur le plan pharmacologique permettrait en outre, une administration unique !
Propos recueillis
par Romy Dagorne ■





