Pr Olivier Epaulard : Protection des patients à haut risque positifs au SARS-CoV-2
Discipline : Infectiologie
Date : 08/10/2024
Outre la recommandation d’administrer désormais un vaccin tous les ans aux personnes à risque, et tous les six mois pour celles à très haut risque (plus de 80 ans ou en Ehpad) ou très immunodéprimées, un antiviral apparu récemment permet aux personnes à risque positives au virus d’éviter les formes graves. Décryptage avec le Pr Olivier Epaulard du service des Maladies infectieuses au CHU de Grenoble.
TLM : Où en est la circulation du virus SARS-CoV-2 en France ?
Pr Olivier Epaulard : Il y a toujours une circulation virale de sous-variants de Omicron en France, et ces sous-variants échappent aux vaccins utilisés jusqu’à présent.
Même si elle est en augmentation depuis le début de l’été, cette circulation est moins importante que ce qu’elle a pu être les années précédentes. Nous avons disposé depuis deux ans de vaccins adaptés au principaux sous-variants : en 2022, 2023 et à nouveau en 2024, de nouveaux vaccins sont en effet produits pour mieux cibler les sous-variants en circulation. Quoi qu’il en soit, du fait de cette circulation, nous avons toujours dans notre service un ou deux patients hospitalisés avec une infection par le virus du covid, le SARS-CoV-2. Nous voyons, par exemple, des patients d’environ 80 ans hospitalisés pour un essoufflement, une fatigue importante. Mais c’est vrai que la situation actuelle est différente, plus calme que celle d’il y a deux ou trois ans.
TLM : Actuellement, les patients infectés par le Covid-19 présentent-ils des formes moins graves ?
Pr Olivier Epaulard : Aujourd’hui la grande majorité de la population en France a des anticorps anti-SARS-CoV-2, à la fois grâce aux campagnes de vaccination et grâce aussi aux infections qui ont concerné beaucoup de monde depuis 2020. Cette protection rend beaucoup plus rares les formes graves, par comparaison avec 2020 et 2021. Par ailleurs, les variants actuels d’Omicron entraînent des formes d’infection moins sévères que celles associées aux variants précédents. Cette évolution tient donc à la fois à la moindre agressivité du virus et à l’immunité acquise. Nous sommes plutôt sur une pente descendante en termes de nombre de cas hospitalisés. Mais les formes graves n’ont pas disparu. Pour les personnes à risque, le virus peut continuer à poser des problèmes de santé qui peuvent être graves. Enfin, il faut signaler les problèmes de mémoire, de fatigue, qui peuvent perdurer après un Covid-19, et les tableaux plus sévères de symptômes persistants (ce qu’on appelait parfois « Covid long »), même si eux aussi sont plus rares avec Omicron.
TLM : Quelles sont les personnes à risque de formes graves ?
Pr Olivier Epaulard : Les groupes à risque sont toujours les mêmes depuis le début de l’épidémie. Il s’agit des personnes âgées, des personnes présentant des comorbidités respiratoires, cardiovasculaires ou autres, et des personnes immunodéprimées du fait de maladies ou de traitements. Ces profils à risque n’ont pas évolué avec le temps, même si les formes graves sont moins fréquentes. Toutes ces catégories à risque représentent néanmoins déjà pas mal de monde !
TLM : Comment protéger ces personnes à risque contre les formes graves ?
Pr Olivier Epaulard : Il est toujours recommandé de vacciner les personnes à risque, ainsi que les professionnels de santé. Et désormais d’administrer un vaccin tous les ans pour les personnes à risque, et tous les six mois pour les personnes à très haut risque (personnes de plus de 80 ans, ou vivant en Ehpad, ou très immunodéprimées. Le SARS-CoV-2, c’est un peu désormais comme le virus de la grippe.
Il y a des sous-variants différents qui circulent chaque année. Et le vaccin doit s’adapter au sous-variant en circulation. Mais les mutations de ce virus sont moins fréquentes que celles du virus de la grippe. Le nouveau vaccin avec le JN.1 vient d’ailleurs d’arriver sur le marché. Il est conditionné en flacons de six doses. Les médecins généralistes le proposent peu car c’est très compliqué d’utiliser toutes les doses, une fois le flacon ouvert. En revanche, ces vaccins peuvent être réalisés en pharmacie ou dans les centres de santé.
TLM : Les antiviraux ont-ils permis de réduire le risque de formes graves ?
Pr Olivier Epaulard : Le nirmatrelvir-ritonavir, seul antiviral efficace contre le SARS-CoV-2, a un impact réel chez les patients à risque, positifs pour le virus, en diminuant le risque d’évolution vers une forme grave. Depuis janvier 2022, et encore aujourd’hui, ce médicament doit être proposé systématiquement aux personnes de plus de 65 ans ou à risque de formes graves du fait de leurs comorbidités, et ayant un test covid positif. Il doit être prescrit le plus tôt possible, dès que le test est positif, avant même l’apparition des symptômes respiratoires. Plus il est prescrit tôt, plus il est efficace. Il s’agit de prendre matin et soir pendant cinq jours une association de trois comprimés.
Ces médicaments très bien tolérés sont prescrits sur ordonnance. Certains médecins choisissent de délivrer aux personnes à risque une ordonnance de nirmatrelvir-ritonavir à l’avance, au cas où elles deviendraient positives, afin qu’elles puissent se traiter le plus vite possible sans attendre une consultation.
TLM : Ce traitement est-il vraiment efficace ?
Pr Olivier Epaulard : Les résultats des études menées il y a trois ans déjà ont montré une efficacité de 80 % pour réduire le risque d’hospitalisation et de décès. Il est donc très efficace. Le mode d’action repose sur une inhibition de la protéase du virus. Ce médicament n’a pas été évalué sur les nouvelles souches circulantes, mais il devrait garder la même efficacité (les variants ne varient pas sur ce point). C’est aujourd’hui le seul traitement antiviral qui a démontré une efficacité significative dans la prise en charge des patients à haut risque et souffrant d’une infection par le SARS-CoV-2. Il reste insuffisamment prescrit car les médecins généralistes n’y pensent pas toujours. Il est peu utilisé dans les services de maladies infectieuses à l’hôpital car nous y recevons des patients qui n’ont pas bénéficié à temps de ce médicament et qui souffrent déjà de formes graves. Enfin, son impact est maintenant moins important car le risque de forme grave quand on est infecté est moins élevée qu’auparavant, mais il conserve un intérêt.
TLM : Peut-on considérer que la situation s’est améliorée ?
Pr Olivier Epaulard : La situation s’est extraordinairement améliorée entre 2020-2021 et 2022, et plus encore depuis 2022. La population a une immunité très forte et les personnes à risque bénéficient de la vaccination et des antiviraux capables de les protéger des complications. Dans les années à venir, nous espérons que la situation avec le SARS-CoV-2 deviendra équivalente à ce qu’elle est avec les quatre coronavirus bénins, responsables de simples rhumes. Pour l’instant, ce n’est pas encore le cas : avec Omicron, nous continuons à voir d’une part des patients hospitalisés et nécessitant de l’oxygène, et d’autre part des patients avec des « covid longs », responsables d’un fort impact sur leurs capacités de concentration et sur leur forme physique : ces personnes souvent jeunes, sans facteur de risque de Covid grave, peuvent être en situation difficile pendant plusieurs mois. Il faut donc continuer à se faire vacciner si l’on a un terrain à risque de Covid-19 grave, porter un masque et se faire tester si l’on présente des symptômes.
Propos recueillis
par le Dr Clémence Weill ■