Pr Patrick Tounian : Prise en charge de la diarrhée aiguë du nourrisson
Discipline : Gastro-entérologie, Hépatologie
Date : 13/01/2026
La diarrhée aiguë du nourrisson demeure un motif fréquent de consultation en pédiatrie, requérant une approche diagnostique rigoureuse et une évaluation précise du risque de déshydratation.
Les solutés de réhydratation demeurent la pierre angulaire de la prise en charge, rappelle Pr Patrick Tounian, pédiatre à l’hôpital Trousseau (Paris).
TLM : Quelle est précisément la définition de « diarrhée aiguë du nourrisson » ?
Pr Patrick Tounian : Il s’agit de l’augmentation brutale du nombre de selles et d’un changement de leur consistance, qui devient franchement liquide.
En réalité, c’est surtout ce dernier critère qui traduit une diarrhée aiguë.
TLM : S’agit-il toujours d’une gastroeentérite ? Quelles sont les autres causes possibles ?
Pr Patrick Tounian : Une diarrhée aiguë est effectivement en règle générale le symptôme d’une gastroentérite ; le plus souvent, cette dernière est d’origine virale, mais il arrive qu’elle soit d’origine bactérienne (salmonellose, shigellose, infection à Campylobacter…). Mais chez un nourrisson, des selles liquides et abondantes peuvent également entrer dans la symptomatologie de n’importe quelle infection — otite, angine, bronchite… — qui va accélérer et augmenter le transit. On parle de diarrhée mais dans ces formes, il n’existe pas de risque de déshydratation qui signe le caractère de gravité d’une diarrhée aiguë.
TLM : Comment se fait le diagnostic ? Nécessite-t-il des examens particuliers ?
Pr Patrick Tounian : Le diagnostic est purement clinique, il repose sur un examen de l’enfant et l’interrogatoire des parents. Aucun examen, ni des selles ni de sang n’est nécessaire.
TLM : Quand doit-on s’inquiéter ? Quels sont les signes à surveiller ?
Pr Patrick Tounian : Les diarrhées du nourrisson sont presque toujours bénignes, mais il faut néanmoins s’alarmer lorsque le nourrisson perd plus de 10 % de son poids — ce qui est très difficile à juger — et surtout s’il est incapable de se réhydrater car trop somnolent, apathique ou s’il vomit systématiquement à chaque fois qu’il boit. Une fièvre élevée et la présence de sang dans les selles sont également des signes inquiétants qui doivent inciter les parents à conduire sans délai leur enfant chez un médecin.
Attention également aux gastroentérites en deux temps, un phénomène rare mais dont il faut se méfier.
TLM : Dans ces situations, après une première consultation médicale, l’état de l’enfant s’améliore pendant deux à trois jours avant de décliner à nouveau ; comme les parents ont déjà vu un médecin, ils ne s’inquiètent pas forcément pensant que ça va passer. Si la diarrhée redevient profuse et que l’enfant montre des signes de gravité, il doit impérativement être revu par un médecin, soit en ville, soit aux urgences.Quelles sont les recommandations en matière de prise en charge ? Ont-elles évolué récemment ?
Pr Patrick Tounian : Les recommandations sont les mêmes depuis des années ; celles-ci reposent principalement sur la réhydratation du nourrisson à base de solutés par voie orale. La posologie : les donner entre les repas, en petites quantités — 20 à 30 ml, pas plus —, toutes les 15 à 20 minutes, jusqu’à ce que la diarrhée s’améliore (compter environ deux jours) ou jusqu’à ce que l’enfant n’en veuille plus parce qu’il se sent mieux. On ne force jamais un enfant qui ne veut pas boire ; en revanche, s’il ne peut pas, pour les raisons invoquées plus haut, il faut prendre le chemin des urgences pour une prise en charge adaptée.
TLM : Quelle est la place des médicaments dans le traitement de la diarrhée aiguë du nourrisson ?
Pr Patrick Tounian : Un antidiarrhéique à base de racécadotril possède une indication dans le traitement symptomatique de la diarrhée aiguë du nourrisson, en complément de la réhydratation ; il en limite un peu la durée et rend les selles un peu moins liquides. En revanche, il ne réduit pas le risque de déshydratation, qui constitue le risque majeur de la diarrhée aiguë chez le bébé. Quant aux probiotiques, leur intérêt n’a pas clairement été mis en évidence.
TLM : Le remboursement du vaccin contre le rotavirus a-t-il changé la donne ?
Pr Patrick Tounian : Considérablement ! Le remboursement de ce vaccin oral a entraîné une chute du nombre de formes graves. Il faut savoir que dans le monde, un enfant meurt toutes les 20 secondes d’une gastroentérite ! Et qu’en France on compte entre 10 à 20 décès annuels qui pourraient être évités par une prise en charge plus précoce.
Alors même si le vaccin n’empêche pas la survenue d’une gastroentérite, il joue un rôle majeur en prévenant les formes sévères. Il aura quand même fallu attendre 15 ans pour qu’il soit remboursé…
TLM : Quels conseils donner aux parents en matière d’alimentation ? Peut-on continuer à allaiter son enfant ou à lui donner le biberon en phase de diarrhée aiguë ? Doit-on lui proposer un régime particulier ?
Pr Patrick Tounian : Il ne faut absolument pas modifier le régime alimentaire du nourrisson car il est essentiel qu’il ne se dénutrisse pas. Les parents doivent donc continuer à l’alimenter normalement, avec du lait maternel ou infantile ; on donnera du lait sans lactose uniquement dans les formes sévères. Et si l’enfant a déjà une alimentation diversifiée, on évite le régime carottes-riz de nos grands-mères, au risque d’irriter l’intestin et d’avoir l’effet inverse !
Propos recueillis
par Amélie Pelletier ■





