• Pr Robert Benamouzig : Bonnes pratiques pour parvenir au contrôle d’un RGO

Robert Benamouzig

Discipline : Gastro-entérologie, Hépatologie

Date : 10/04/2024


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La stratégie thérapeutique du RGO varie selon la sévérité des symptômes et la présence d’une éventuelle œsophagite, rappelle le Pr Robert Benamouzig, gastroentérologue à l’hôpital Avicenne de Bobigny (93). L’endoscopie digestive haute ou le test diagnostique en détermineront l’orientation. Quel que soit le traitement préconisé, il sera accompagné de règles hygiéno-diététiques.

 

TLM : Quelle est la fréquence du reflux gastro-œsophagien (RGO) en France ?

Pr Robert Benamouzig : Si chaque individu connaît des épisodes de RGO, 10 à 15 % de la population sont réellement affectés. La prévalence du RGO augmente, principalement du fait du surpoids.

 

TLM : Quel est l’impact du RGO sur la vie des patients ?

Pr Robert Benamouzig : Le RGO a un impact significatif sur la qualité de vie. Les effets d’un RGO sévère sont presque aussi débilitants que ceux d’une insuffisance cardiaque symptomatique ! Bien que les RGO soient plus courants pendant la journée, ils sont particulièrement gênants la nuit, entraînant des réveils fréquents et ayant des répercussions notables sur la période d’éveil qui suit.

 

TLM : Quelles en sont les causes et les facteurs favorisants ?

Pr Robert Benamouzig : Le RGO survient lorsque le sphincter inférieur de l’œsophage se relâche de manière inappropriée. Ce trouble peut être influencé par des prédispositions génétiques, qui sont exacerbées par divers facteurs de risque tels que le surpoids, la grossesse, la consommation d’alcool et de tabac, ainsi que certains médicaments tels que la théophylline, les inhibiteurs calciques, les dérivés nitrés et la progestérone, entre autres. De plus, des facteurs fonctionnels, tels qu’une hernie hiatale ou des altérations de la jonction œsogastrique, qu’elles soient constitutionnelles ou résultant d’une intervention chirurgicale comme la sleeve gastrectomie, peuvent favoriser l’apparition du RGO.

 

TLM : Comment pose-t-on le diagnostic ?

Pr Robert Benamouzig : Le diagnostic est simple lorsque les symptômes sont typiques : épigastralgie avec pyrosis remontant derrière le sternum pouvant aller jusqu’à la régurgitation. Il existe toutefois des manifestations atypiques : signes pulmonaires (toux persistante, crises d’asthme), signes ORL (pharyngite, laryngite), douleurs thoraciques, enrouement, érosion dentaire, insomnie… Dans ces cas, le diagnostic nécessite des examens complémentaires pour envisager ou non un traitement adapté. Il s’agit de l’endoscopie digestive haute et de la pH-impédancemétrie. L’endoscopie digestive haute se justifie aussi en cas de signes d’alarme (dysphagie, anémie, vomissements, perte de poids…). Elle est enfin indiquée dans les formes réfractaires pour rechercher un œsophage sensible ou une œsophagite à éosinophiles.

 

TLM : Quelles sont les complications du RGO ?

Pr Robert Benamouzig : La principale complication du reflux gastro-œsophagien est l’endobrachyœsophage (EBO), qui peut évoluer en adénocarcinome du bas œsophage. Il nécessite un suivi spécialisé régulier, dont la fréquence dépend de son étendue et du grade de dysplasie. L’EBO résulte de l’exposition répétée de la muqueuse œsophagienne à du liquide gastrique, et son diagnostic se fait par endoscopie. Les patients ayant subi une sleeve gastroplastie pour obésité morbide présentent un risque élevé de RGO associé à un EBO, justifiant une surveillance endoscopique régulière.

 

TLM : Quelles sont les modalités de la prise en charge ?

Pr Robert Benamouzig : Le traitement du RGO varie selon la sévérité des symptômes et la présence d’une éventuelle œsophagite. Les antisécrétoires sont la base du traitement, mais les antiacides peuvent être utilisés en première intention pour soulager les symptômes typiques de manière rapide. Ils sont également utiles en complément des traitements antisécrétoires, en attendant un diagnostic — endoscopie digestive haute ou test diagnostique— ou en cas de RGO réfractaire. Les règles hygiéno-diététiques, telles que la perte de poids et l’évitement de certains comportements alimentaires peuvent aider mais ont un effet limité. En cas de reflux faible et peu fréquent, les alginates peuvent suffire, tandis que pour des reflux fréquents et gênants avec des brûlures d’estomac, les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) sont prescrits pour une durée de 7 à 14 jours. Ils peuvent ensuite être pris à la demande en cas de récidive. Pour les cas persistants, un traitement au long cours peut être nécessaire, éventuellement à demi-dose. Lorsqu’une œsophagite est présente — elle est diagnostiquée par endoscopie —, le traitement consiste alors à prescrire des IPP pendant quatre à huit semaines pour cicatriser les lésions. Environ 10 à 30 % des patients demeurent symptomatiques malgré un traitement adéquat. Dans ces cas, des médicaments prokinétiques peuvent être prescrits pour augmenter la motricité du bas œsophage, bien que leur utilisation soit limitée en raison de leurs effets secondaires cardiaques potentiels. Des mesures hygiéno-diététiques doivent également être prises et, dans certains cas rares, l’association d’anti-IPP avec des anti-H2 peut être envisagée, bien que cela ne soit pas recommandé par l’ANSM.

 

TLM : Quelle est la conduite à tenir lorsque le patient n’est pas suffisamment soulagé ?

Pr Robert Benamouzig : Dans ce cas, un dispositif médical à base d’acide hyaluronique (Esoxx One) pourra être utilisé. Il peut l’être aussi en cas de RGO occasionnel, fréquent ou nocture. Ce produit, qui soulage, protège et répare la muqueuse œsophagienne, est administré par voie orale sous forme de topique sur une période de deux semaines. Il peut être prescrit en association avec les IPP.

 

TLM : Que conseiller à un généraliste face à un patient atteint de RGO ?

Pr Robert Benamouzig : Il est essentiel, d’une part, de cesser les traitements par antisécrétoires qui ne sont pas justifiés. D’autre part, il est important de dépister le RGO chez les patients qui se plaignent de symptômes ou présentent des facteurs de risque associés. Une enquête a en effet montré que la moitié des prescriptions d’antisécrétoires ne sont pas justifiées, tandis que la moitié des patients nécessitant ce traitement ne le reçoivent pas.

Propos recueillis

par Elvis Journo

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