Pr Serge Gilberg : Vaccination des enfants : Des progrès sont encore possibles
Discipline : Infectiologie
Date : 10/04/2025
Si la couverture vaccinale est satisfaisante pour les premières injections chez les nourrissons, des progrès peuvent être réalisés pour les secondes doses de ROR et pour les rappels, estime le Pr Serge Gilberg, responsable du groupe Vaccination du Collège de la médecine générale (CMG), expert en vaccinations. Cela nécessite d’améliorer l’information des médecins et celle des parents.
TLM : Pouvez-vous nous rappeler les vaccinations obligatoires pour les nourrissons ?
Pr Serge Gilberg : En France, il est obligatoire de vacciner tous les enfants contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, la coqueluche, l’infection à Haemophilus influenzae b (Hib) et l’hépatite B ; on utilise pour cela un seul et même vaccin dit hexavalent. La vaccination contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) est aussi toujours obligatoire. Depuis le 1 er janvier 2025, les petits Français doivent également être vaccinés contre les méningites à méningocoques des sérogroupes A, C, W et Y à l’aide d’un vaccin tétravalent et contre celle due au sérogroupe B. Enfin, depuis 2018, il est aussi obligatoire de vacciner les enfants contre les infections à pneumocoques, impliqués dans les infections invasives (pneumonies, méningites), et aussi responsables d’otites.
TLM : Les vaccins antipneumococciques sont-ils associés à des risques et à des effets indésirables particuliers ?
Pr Serge Gilberg : On ne leur connaît pas de risques spécifiques graves ; comme tout vaccin, ils peuvent entraîner une légère douleur à l’injection et une réaction locale.
TLM : Quid des vaccins contre les méningocoques ?
Pr Serge Gilberg : Ces derniers entraînent une réaction plus forte, avec potentiellement de la fièvre. On conseille de donner systématiquement du paracétamol en prévention.
TLM : À quels âges les enfants doivent-ils se faire vacciner ?
Pr Serge Gilberg : Les injections du vaccin hexavalent doivent se faire à deux et quatre mois, avec un rappel à 11 mois ; il en est de même pour le vaccin antipneumococcique. Un rattrapage est possible pour les nourrissons de plus de six mois non vaccinés antérieurement, selon le schéma de vaccination suivant : pour les enfants de 7 à 11 mois : deux doses à deux mois d'intervalle, suivies d'un rappel un an après ; pour les enfants de 12 à 23 mois : deux doses à au moins deux mois d'intervalle. Les médecins ont le choix entre deux vaccins : l’un contre 13 sérotypes, l’autre contre 15 sérotypes. Les études ont montré que ce dernier confère une protection supplémentaire de 10 % chez les enfants de zéro à deux ans, et de 5 % chez ceux de deux à cinq ans. Néanmoins, la Haute Autorité de santé laisse le choix à l’appréciation des prescripteurs. Deux injections sont nécessaires pour protéger contre les infections ROR, à 12 mois, puis entre 16 et 18 mois. Enfin, la vaccination contre le méningocoque B comporte deux doses qui doivent être injectées à trois et cinq mois, et un rappel à 12 mois. Celle contre les sérogroupes ACWY comporte une dose à six mois, suivie d’un rappel à 12 mois.
TLM : La HAS a révisé dernièrement les recommandations sur le rattrapage de la vaccination contre les méningocoques B et ACWY. Que préconise-t-elle ?
Pr Serge Gilberg : La HAS propose d'étendre la vaccination obligatoire ACWY aux nourrissons jusqu’à l’âge de deux ans, comme pour le sérogroupe B. En parallèle, elle recommande d’initier une campagne de rattrapage pour les enfants jusqu'à leurs trois ans. Cette mesure transitoire concerne ceux qui n’ont jamais été vaccinés contre les sérogroupes ACWY, y compris ceux ayant reçu deux doses du vaccin contre le sérogroupe C. Pour les enfants qui n’ont jamais été vaccinés contre le sérogroupe B, la HAS recommande de manière transitoire une stratégie de vaccination de rattrapage entre deux et cinq ans.
TLM : De manière générale, sur quoi reposent les stratégies vaccinales ?
Pr Serge Gilberg : Elles s’appuient sur les dernières données épidémiologiques des infections et sur la balance bénéfices/risques des vaccinations. L’obligation de vacciner les nouveau-nés contre les infections invasives à méningocoques des sérogroupes ACWY en remplacement de celle contre le seul sérogroupe C a, par exemple, été justifiée par la HAS par la recrudescence des cas dus aux sérogroupes W et Y.
TLM : La couverture vaccinale des jeunes Français est-elle satisfaisante ?
Pr Serge Gilberg : Elle atteint 96 % pour l’hexavalent et le pneumocoque. Toutefois certains collègues évoquent la suspicion de « faux ». Ce phénomène considéré comme très minoritaire concernerait des parents hostiles à la vaccination, susceptibles d’acheter les vaccins, coller les étiquettes et ne pas faire vacciner leurs enfants. Le taux d’injection de la seconde dose du vaccin ROR est plus faible.
Même si elle a augmenté, elle plafonne à environ 92%. On observe également quelques retards concernant les rappels qui doivent être faits à six ans. Concernant ceux de la diphtérie et de la coqueluche, les praticiens doivent garder à l’esprit que l’injection à six ans doit être réalisée avec une dose entière, et donc avec les mêmes vaccins que ceux utilisés pour les premières doses.
TLM : Comment améliorer l’adhésion à la vaccination ?
Pr Serge Gilberg : L’adhésion des personnes est bonne dès lors qu’elles en comprennent les enjeux : il faut donc prendre le temps de bien les leur expliquer. On doit également renforcer la sensibilisation des femmes enceintes à la vaccination contre la coqueluche et contre les infections à VRS ; une stratégie vaccinale très efficace, et a priori sans risque, pour protéger les nourrissons pendant leurs premiers mois de vie, période pendant laquelle ils sont très vulnérables. De leur côté, les autorités de santé gagneraient à bien informer les médecins des raisons qui les amènent à modifier leurs recommandations.
Propos recueillis
par Charlotte Montaret ■





