Pre Marie Beylot-Barry Diagnostic et traitements de l’acné vulgaire du visage et du tronc
Discipline : Dermatologie
Date : 10/04/2024
L’acné désigne des lésions folliculaires liées à la fois à l’hyperséborrhée, la kératinisation de l’épithélium du canal du follicule pilo-sébacé et l’inflammation au sein et autour de la glande sébacée. Des outils ont été développés par la Société française de dermatologie (SFD) pour en faciliter le diagnostic et la prise en charge. Les explications de la Pre Marie Beylot-Barry, chef du service de Dermatologie au CHU de Bordeaux, secrétaire du groupe Dermatoses faciales de la SFD et vice- présidente du Centre de Preuves.
TLM : Quelle est la prévalence de l’acné vulgaire ?
Pre Marie Beylot-Barry : L’acné est une pathologie cutanée très fréquente puisqu’elle touche environ 80 % des adolescents des deux sexes. Si la plupart d’entre eux présentent des formes légères à modérées, on estime qu’entre 15 et 20 % des adolescents développent une forme sévère. Par ailleurs, l’acné peut persister ou apparaître à l’âge adulte, en particulier chez la femme, elles sont 30 à 40 % concernées à la quarantaine. La localisation de l’acné diffère en fonction de l’âge puisque celle des adolescents est généralement médio-faciale (front, menton, nez) alors que l’acné de la femme adulte se situe préférentiellement au niveau du menton, du bas du visage et haut du cou. Cette dernière est souvent difficile à traiter.
TLM : Des facteurs aggravants ont-ils été identifiés ?
Pre Marie Beylot-Barry : Un terrain génétique peut être soupçonné dans certaines familles, notamment en cas d’acné sévère. On retrouve parfois une hyperandrogénie sous-jacente chez la femme, soit liée à une hypersensibilité des récepteurs, soit due au syndrome des ovaires polykystiques. Par ailleurs, la prise d’anabolisants et de certains médicaments figurent parmi les facteurs de risque identifiés. Contrairement aux idées reçues, s’il est toujours recommandé d’opter pour une alimentation équilibrée, aucun régime spécifique ou d’éviction n’est indiqué dans la prise en charge de l’acné. Enfin, un autre type d’acné est récemment signalé chez les personnes transgenres : des hommes nés femmes recevant des traitements hormonaux au cours de leur processus de transidentité peuvent souffrir d’acné.
TLM : Comment s’établit le diagnostic ?
Pre Marie Beylot-Barry : Le diagnostic de l’acné est purement clinique. Il est rapidement posé en présence de papules, de pustules et de comédons. Les diagnostics différentiels restent rares dans cette affection, même si en cas d’acné très sévère, en particulier sur le visage avec une évolution cicatricielle très importante et des lésions sur le tronc, la maladie de Verneuil pourra être envisagée. Par ailleurs, la rosacée est une autre dermatose faciale mais elle présente uniquement des papules et des pustules sans comédons et concerne généralement des patients plus âgés.
TLM : Quelles solutions thérapeutiques envisager en 2024 ?
Pre Marie Beylot-Barry : Identifier le type d’acné est primordial pour mettre en place le traitement adapté. Est-on en présence d’une acné rétentionnelle ou d’une acné inflammatoire ? Est-elle de forme légère, modérée ou sévère ? Pour aider les professionnels de santé à établir leur diagnostic, la SFD a publié des recommandations comportant des vignettes cliniques qui permettent d’identifier très clairement le grade de sévérité de l’acné (https://reco.sfdermato.org/fr/recommandations-acn%C3%A9). Par ailleurs, toujours pour favoriser l’accès à cette information, la SFD a développé une application compatible avec les smartphones, « ChronoReco » (https://chronoreco.sfdermato.org/), un outil d’aide à la décision thérapeutique pour les dermatoses inflammatoires dont l’acné. Il suffit de renseigner l’âge, le sexe et le degré de sévérité de l’acné du patient pour obtenir le traitement de première intention. En tout état de cause, pour les acnés rétentionnelles modérées, on privilégiera les rétinoïdes locaux. En cas d’acné inflammatoire, le traitement local de première intention est le peroxyde de benzoyle. Les cyclines constituent le traitement de deuxième intention par voie orale sur trois ou quatre mois maximum, en association au traitement local dans la plupart des cas. De manière générale, l’utilisation des antibiotiques locaux est restreinte car ils peuvent favoriser des résistances. L’ensemble de ces traitements sont à appliquer le soir car ils sont photosensibilisants et nécessitent l’application quotidienne d’une crème hydratante le matin. Enfin, l’isotrétinoÏne est le seul traitement curateur des acnés sévères disponible à l’heure actuelle. Les règles de prescription sont extrêmement strictes et obligent à la mise en place d’une contraception, de délivrer une information détaillée aux patients et une consultation mensuelle sur toute la durée du traitement. La prescription initiale d’isotrétinoÏne est effectuée par le dermatologue mais le renouvellement peut être fait par le médecin généraliste.
TLM : Quelles sont les avancées thérapeutiques récentes ?
Pre Marie Beylot-Barry : Des essais thérapeutiques ont récemment été réalisés avec la spironolactone, un médicament antihypertenseur qui a aussi une action antiandrogène et qui présente sans doute un intérêt réel dans la prise en charge de l’acné chez la femme adulte. L’isotrétinoïne à très faible dose est aussi une piste dans la prise en charge de l’acné adulte car elle permettrait une meilleure tolérance et donc des traitements un peu plus longs. Plusieurs d’études devraient être menées prochainement pour permettre aux dermatologues de prescrire de manière plus large.
TLM : Le médecin généraliste a-t-il un rôle à jouer dans la prise en charge de l’acné vulgaire ?
Pre Marie Beylot-Barry : Le médecin généraliste joue un rôle essentiel dans la prise en charge globale de l’acné. Il met en place le traitement de première intention en cas d’acné légère à modérée et doit savoir adresser son patient au dermatologue en cas d’acné plus sévère. Il peut également travailler de concert avec le spécialiste dans le cadre des traitements par isotrétinoÏne pour passer le relais lors de la consultation mensuelle obligatoire.
Propos recueillis
par Marie Ruelleux ■